Etats-Unis: "Sur les embryons se joue le soutien catholique"

Entrevue avec le P. Neuhaus

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ROME, Vendredi 27 juillet (ZENIT.org) - "Sur les cellules souches, le président Bush pourrait jouer le soutien des catholiques américains, qu´il cherche avec une grande attention", estime le P. Richard John Neuhaus (RN), théologien de New York, dans les colonnes du quotidien italien d´inspiration catholique, L´Avvenire (A).



Le président des Etats-Unis doit en effet prendre ces jours-ci une décision sur les financements de la recherche, pour le moment bloqués, et le pape, dans son discours du 23 juillet à Castel Gandolfo, a répété la position catholique, opposée à la création d´embryons en vue de leur destruction en laboratoire -par le clonage - pour la production de cellules souches.

A. - Pourquoi le pape a-t-il accordé tant d´importance à ce thème?
R. N. - Parce que si le président levait l´interdiction des financements publics, le gouvernement donnerait pour la première fois l´autorisation officielle de détruire la vie dans un but scientifique. Dans ce sens, la question des cellules souches a assumé une importance historique, et elle est devenue le terrain de confrontation le plus chaud entre le mouvement "pro life" et ses opposants.

A. - Bush reçoit des pressions et des conseils contradictoires, même à l´intérieur de son parti où, par exemple, l´épouse de M. Reagan l´a invité à accorder ces fonds. Vous vous attendez à un compromis?
R. N. - Sur la base de ma connaissance du président et de ses convictions, j´espère qu´il va maintenir l´interdiction. Il faut rappeler que l´interdiction remonte à 1996, et par conséquent, il ne devrait pas changer la politique du gouvernement, mais seulement la confirmer. S´il cède, cela aura un effet négatif non seulement sur les catholiques, mais aussi sur tous les Américains confus et préoccupés par l´utilisation des êtres humains comme objet de recherche.

A. - C´est une décision qui a des implications politiques fortes, étant donné que la Maison Blanche cherche à gagner la majorité du vote catholique.
R. N. - Un observateur a dit que John Kennedy était un catholique du Massachusetts, qui est allé au Texas pour signifier clairement qu´il ne suivrait pas les ordres du pape, tandis que George W. Bush est un méthodiste du Texas qui est allé à Rome pour montrer qu´il l´écoutera. S´il continue ainsi, Bush devrait obtenir la majorité du vote catholique, mais les cellules souches pourraient être le facteur déterminant. J´ai été un peu surpris du renvoi de la décision à après la rencontre avec Jean-Paul II, parce que de cette façon, s´il maintient l´interdiction, le président s´expose à la critique d´avoir trop suivi le pape, et s´il la lève, il sera attaqué pour ne pas l´avoir assez écouté. Quoiqu´il en soit, j´espère qu´il prendra la décision juste.

A. - Comment jugez-vous l´attitude du chef de la maison Blanche sur l´avortement?
R. N. - J´ai contribué à former sa position lors de la campagne électorale: il s´est engagé à construire un pays où tous les enfants et les enfants à naître soient protégés par la loi et accueillis dans la vie. Pour retourner la sentence Roe vs Wade, par laquelle la Cour Suprême a légalisé l´avortement, il ne faut qu´un ou deux votes supplémentaires. Nous devons par conséquent nous préparer à une confrontation dure sur les nominations des futurs juges de la plus haute cour.

A. - Et sur la peine de mort?
R. N. - La majorité des Américains y restent favorables, même si les sondages indiquent un fléchissement. Mais sur ce thème, ce serait difficile qu´il y ait des changements.

A. - L´initiative de la Maison Blanche de financer le volontariat religieux vous satisfait?
R. N. - La loi approuvée pour le moment à la Chambre représente beaucoup moins que ce que Bush aurait voulu. Mais c´est important qu´elle passe aussi au Sénat, pour ouvrir une nouvelle voie.

A. - Le président a dit qu´avec le pape, il a beaucoup parlé de politique étrangère. Comment jugez-vous sa position sur des thèmes comme le Moyen Orient, le bouclier de missiles, et les aides aux pays les plus pauvres discutés pendant le G 8?
R. N. - Dans la mosaïque du Moyen Orient, il y a actuellement tant de morceaux épars, qu´il faudra attendre un peu avant d´exprimer des jugements, alors que sur le bouclier de missiles, un dialogue est en cours avec la Russie et les alliés européens. Ce que je trouve en revanche très positif, c´est l´approche du président sur la question de la pauvreté, qui montre combien il a fait siens les enseignements de l´encyclique Centesimus Annus. Le pape, dans ce document, soutenait que les pauvres ne sont pas tels parce qu´ils sont exploités, mais parce qu´ils sont exclus du cercle de la productivité et des échanges. Il me semble que le G 8 soit en train de chercher à mettre fin à cette exclusion.