Être l'Église ne signifie pas gérer, mais sortir, être missionnaires

Ad limina des évêques d'Autriche (texte intégral)

Rome, (Zenit.org) Pape François | 947 clics

"Être l’Église ne signifie pas gérer, mais sortir, être missionnaires, apporter aux hommes la lumière de la foi et la joie de l’Évangile", souligne le pape François dans son discours aux évêques autrichiens. Une allusion peut-être, dans cette formulation, au mouvement contestataire "Wir sind Kirche": "Nous sommes Eglise".

Le pape François a reçu les évêques de la conférence épiscopale d’Autriche, jeudi dernier, 30 janvier, à 11h30,après les avoir rencontrés personnellement les jours précédents pour leur visite « ad Limina Apostolorum ».

Voici notre traduction intégrale du message du pape à la Conférence épiscopale autrichienne.

Discours du pape François

Chers confrères,

Je suis heureux parce que cette rencontre intense avec vous, dans le contexte de votre visite ad Limina, me fait le don de quelques-uns des fruits de l’Église qui est en Autriche et me permet aussi, à moi, de donner quelque chose à votre Église. Je remercie votre président, le cardinal Schönborn, pour les paroles courtoises qu’il m’a adressées, et qui me donnent l’assurance que nous poursuivons ensemble le chemin de l’annonce du salut du Christ. Chacun de nous représente le Christ, l’unique médiateur du salut, et rend son action sacerdotale accessible et perceptible à la communauté, permettant ainsi à l’amour de Dieu d’être toujours présent dans le monde.

Il y a environ huit ans, à l’occasion de sa visite ad Limina, la Conférence épiscopale autrichienne est venue en pélerinage sur les tombes des apôtres Pierre et Paul et a rencontré la Curie romaine pour une consultation. À cette circonstance, la majeure partie d’entre vous a aussi rencontré mon vénéré prédécesseur Benoît XVI qui, à cette époque, ne portait cette charge que depuis quelques mois. Les années qui ont immédiatement suivi ont été marquées par une sympathie de la part des Autrichiens pour l’Église et pour le Successeur de Pierre. Cela s’est manifesté, par exemple, dans l’accueil cordial, malgré la rigueur du temps, qui lui a été réservé par la population pendant la visite papale à l’occasion du 850ème anniversaire du sanctuaire de Mariazell, en 2007. L’Église a ensuite traversé une phase difficile : la tendance à la baisse du nombre des catholiques, par rapport à la population totale en Autriche, continue depuis désormais plusieurs décennies, est symptomatique. Une telle évolution ne doit pas nous laisser inertes, mais au contraire, doit stimuler nos efforts pour une nouvelle évangélisation toujours nécessaire.

On note, par ailleurs, une plus grande disponibilité à la solidarité, la Caritas et d’autres œuvres d’entraide recevant de généreuses donations. La contribution des institutions ecclésiastiques dans les champs de l’éducation et de la santé est très appréciée par tous et constitue une partie incontournable de la société autrichienne.

Nous pouvons remercier Dieu pour ce que fait l’Église qui est en Autriche pour le salut des fidèles et pour le bien de tant de personnes, et je voudrais exprimer ma gratitude à chacun de vous et, à travers vous, aux prêtres, aux diacres, aux religieux, aux religieuses et aux laïcs engagés qui travaillent avec disponibilité et générosité dans la vigne du Seigneur. Mais nous ne devons pas seulement administrer ce que nous avons obtenu et qui est à notre disposition, le champ de Dieu doit être travaillé et cultivé continuellement pour pouvoir porter du fruit dans l’avenir aussi. Être l’Église ne signifie pas gérer, mais sortir, être missionnaires, apporter aux hommes la lumière de la foi et la joie de l’Évangile. N’oublions pas que l’impulsion de notre engagement en tant que chrétiens dans le monde n’est pas une idée philanthropique, d’un vague humanisme, mais un don de Dieu, c’est-à-dire le cadeau de la filiation divine que nous avons reçu au baptême. Et ce don est en même temps une tâche. Les enfants de Dieu ne se cachent pas, au contraire, ils apportent la joie de leur filiation divine au monde. Et cela signifie aussi s’engager à mener une vie sainte. En outre, c’est pour nous un devoir vis-à-vis de l’Église qui est sainte, comme nous le professons dans le Credo. Certainement, « l’Église compte des pécheurs en son sein », comme l’a affirmé le concile Vatican II (Lumen gentium, 8). Mais le Concile dit, dans le même passage, que nous ne devons pas nous résigner au péché, c’est-à-dire que « Ecclesia sancta simul et semper purificanda » - la sainte Église a toujours besoin de purification. Et cela signifie que nous devons être toujours engagés pour notre purification, à travers le sacrement de la réconciliation. La Confession est le lieu où nous faisons l’expérience de l’amour miséricordieux de Dieu et où nous rencontrons le Christ, qui nous donne la force de la conversion et d’une nouvelle vie. Et comme pasteurs de l’Église, nous voulons aider les fidèles avec tendresse et compréhension à redécouvrir ce merveilleux sacrement et leur faire expérimenter précisément, dans ce don, l’amour du Bon pasteur. Je vous prie donc de ne pas vous lasser d’inviter les hommes à rencontrer le Christ dans le sacrement de la pénitence et de la réconciliation.

Un champ important de notre action, comme pasteurs, est la famille. Elle est au cœur de l’Église évangélisatrice. « La famille chrétienne, en effet, est la première communauté appelée à annoncer l'Evangile à la personne humaine en développement et à conduire cette dernière, par une éducation et une catéchèse progressives, à sa pleine maturité humaine et chrétienne » (Familiaris consortio,2). Le fondement sur lequel peut se développer une vie familiale harmonieuse, est surtout la fidélité matrimoniale. Malheureusement, à notre époque, nous voyons que la famille et le mariage, dans les pays du monde occidental, subissent une crise intérieure profonde. « Dans le cas de la famille, la fragilité des liens devient particulièrement grave parce qu’il s’agit de la cellule fondamentale de la société, du lieu où l’on apprend à vivre ensemble dans la différence et à appartenir aux autres et où les parents transmettent la foi aux enfants » (Evangelii gaudium, 66). La globalisation et l’individualisme postmoderne favorisent un style de vie qui rend beaucoup plus difficile le développement et la stabilité des liens entre les personnes et ne favorise pas la promotion d’une culture de la famille. Il s’ouvre ici un nouveau champ missionnaire pour l’Église, par exemple dans les groupes de familles dans lesquels un espace se crée pour les relations interpersonnelles et avec Dieu, dans lesquels peut grandir une communion authentique où tous sont accueillis de la même façon et où l’on ne se renferme pas dans des groupes élitistes, qui soigne les blessures, construit des ponts, part à la recherche de ceux qui sont loin et aide à « porter les fardeaux les uns des autres » (Ga 6,2).

La famille est donc un lieu privilégié pour l’évangélisation et pour la transmission vitale de la foi. Faisons tout notre possible pour que l’on prie dans nos familles et que la foi y soit expérimentée et transmise comme partie intégrante de la vie quotidienne. La sollicitude de l’Église pour la famille commence par une bonne préparation et un accompagnement adéquat des époux, ainsi que par l’exposition fidèle et claire de la doctrine de l’Église sur le mariage et la famille. Le mariage comme sacrement est un don de Dieu et en même temps, un engagement. L’amour de deux époux est sanctifié par le Christ et les époux sont appelés à témoigner et cultiver cette sainteté à travers leur fidélité l’un envers l’autre.

De la famille, église domestique, nous passons rapidement à la paroisse, au grand champ que le Seigneur nous a confié pour qu’il devienne fécond par notre travail pastoral. Les prêtres, les curés devraient être toujours conscients que leur tâche de gouvernement est un service profondément spirituel. C’est toujours le curé qui guide la communauté paroissiale, comptant en même temps sur l’aide et la contribution efficace de ses différents collaborateurs et de tous les fidèles laïcs. Nous ne devons pas courir le risque de ternir le ministère sacramentel du prêtre. Dans nos villes et nos villages, il y a des hommes courageux et d’autres qui sont timides, il y a des chrétiens missionnaires, et d’autres qui sont endormis. Et il y a tous ceux qui sont en recherche, même s’ils ne le reconnaissent pas. Chacun est appelé, chacun est envoyé. Mais il n’est pas dit que le lieu de l’appel soit seulement le centre paroissial ; il n’est pas dit que le moment soit nécessairement un événement paroissial sympathique, mais l’appel de Dieu peut nous rejoindre sur la chaîne de montage et au bureau, au supermarché, dans le brouhaha des escaliers, c’est-à-dire dans les lieux de notre vie quotidienne.

Parler de Dieu, apporter aux hommes le message de l’amour de Dieu et du salut en Jésus-Christ est la tâche de tout baptisé. Une telle tâche consiste non seulement à parler en paroles, mais cela comprend tout l’agir et le faire. Tout notre être doit parler de Dieu, y compris dans les choses ordinaires. C’est ainsi que notre témoignage est authentique, c’est ainsi qu’il sera aussi toujours nouveau et frais, dans la force de l’Esprit-Saint. Pour que cela réussisse, parler de Dieu doit avant tout consister à parler avec Dieu, être une rencontre avec le Dieu vivant dans la prière et les sacrements. Dieu non seulement se laisse trouver, mais il se met en mouvement par amour pour aller à la rencontre de celui qui le cherche. Celui qui se confie à l’amour de Dieu sait ouvrir les cœurs des autres à l’amour divin pour leur montrer que la vie en plénitude ne se réalise qu’en communion avec Dieu. Précisément à notre époque, où il semble que nous soyons devenus le « petit troupeau » (Lc 12,32).

Que la sainte Vierge Marie, qui est notre mère et que vous vénérez tout particulièrement comme Magna Mater Austriae, nous aide à nous ouvrir totalement au Seigneur, comme elle, et ainsi à être capables de montrer aux autres le chemin vers le Dieu vivant qui donne la vie.

Traduction de Zenit, Hélène Ginabat