Europe : déchristianisation et signes d'espérance

Diagnostic du card. Erdö

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Anita Bourdin

ROME, mardi 9 octobre 2012 (ZENIT.org) – « En Europe, du fait de la baisse démographique et du vieillissement de la population (…), de la crise économique et de l’affaiblissement de l’identité culturelle et religieuse, la population a faim et soif d’espérance », constate le cardinal Erdö.


Le cardinal Peter Erdö, archevêque d'Esztergom-Budapest, président de la Conférence épiscopale hongrois et président du Conseil des Conférences Épiscopales d'Europe (CCEE) a fait devant l’assemblée synodale un état des lieux de l’Eglise et de la nouvelle évangélisation en Europe, lundi 8 octobre, dans l’après midi, lors de la deuxième congrégation générale du synode, consacrée à la situation dans les différents continents.

La déchristianisation avance

Sans ambages, le cardinal Erdö a diagnostiqué: « L’Europe doit être évangélisée. Elle en a besoin ».

Il a rappelé que le continent a fait l’objet de deux synodes « après la chute du mur de Berlin, dans un climat d’enthousiasme », puis « en 1999, à l’aube du Grand jubilé » : une semblée couronnée par l’exhortation apostolique “Ecclesia in Europa” du bienheureux Jean-Paul II.

Et de poser les questions : « Presque 13 années se sont écoulées depuis. Les espérances se sont-elles réalisées? Les problèmes se sont-ils résolus ou au contraire aggravés ? »

Il a d’abord évoqué parmi « les éléments d’inquiétude »,  la “perte de la mémoire de l’héritage chrétien” (Ecclesia in Europa, 7), encore plus « évidente » ces dernières années : « l’ignorance à propos de la foi chrétienne se répand ».

Responsabilité des media

Les media, a-t-il ajouté présentent souvent la foi chrétienne et de l’histoire d’une façon « débordante de calomnies, désinformant le public aussi bien sur le contenu de notre foi qu’à propos de la réalité de notre Église ».

La catéchèse « est très limitée ». Le CCEE a en effet effectué une enquête dans tout le continent sur « la situation juridique, statistique, ecclésiale, et culturelle de l’enseignement de la religion ». Force est de constater que « dans les écoles publiques de beaucoup de pays, un enseignement sur la religion ou sur les religions est possible, mais pas pour la religion catholique », et que « cet enseignement de la religion, appelé neutre, comporte davantage une éducation au syncrétisme ou à l’indifférentisme ».

Attaques juridiques et discriminations

Il déplore également des « attaques juridiques répétées, et parfois physiques, contre la présence visible des manifestations de la foi ».


Des « signes préoccupants de l’hostilité systématique », sont relevés par l’Observatoire européen de la christianophobie , avec des « cas de discrimination et de violence contre les chrétiens dans presque tous les pays européens ».

Des tribunaux « refusent l’aide aux victimes chrétiennes de ces attaques ».

Et « l’écrasante majorité des cas de violence et de discrimination pour appartenance religieuse a lieu en Europe contre les chrétiens, surtout les catholiques », précise encore le cardinal hongrois.

Nouveaux « droits » de l’homme

De « nouveaux » droits de l’homme « de troisième et quatrième génération » apparaissent sans liens « avec la vision humaine et chrétienne du monde » ni avec « la moralité objective également exprimée dans les catégories du droit naturel ».

En revanche, leur base est souvent « d’ordre humain-positif, comme si l’homme, avec ses opinions et ses désirs était indépendant, même vis-à-vis de la réalité ».


La “disparition de la mémoire du christianisme” fait observer le président du CCEE, « va de pair avec les changements anthropologiques, qui sont la conséquence d’une culture audiovisuelle, mais qui affaiblissent les concepts clairs et le raisonnement logique ».

La société civile en danger

Le cardinal Erdö égrène les signes d’une situation à risque: « l’affaiblissement de l’état de droit » ; « la crise financière » qui a « contraint les politiques à prendre des mesures drastiques contraires à la volonté des électeurs » ; « l’impression que la démocratie traditionnelle est en train de perdre sa signification » ; « l’illusion selon laquelle il serait possible de gouverner la société et l’économie par les médias, en renonçant au droit et à la moralité ».

La population en Europe « a faim et soif d’espérance », ajoute le cardinal Erdö qui cite comme « signes d’espérance » et « d’efficacité missionnaire extraordinaire » les Journées mondiales de la jeunesse de Cologne et de Madrid, les visites pastorales de Benoît XVI.

« Le mouvement de foule, la participation des médias, les grandes célébrations ont touché le coeur des gens, particulièrement sensibles à ce langage de communication », a constaté l’archevêque.

Il en évoque certains fruits : vocations sacerdotales ou à la vie consacrée, encouragement des évêques.

Missions dans les villes européennes

Et la mission citadine - notamment à Paris et Budapest – et dans 12 ville d’Europe,  avec des «  résultats durables » : « prise de contact multiple avec la société non-croyante », redécouverte de la « vocation » des paroisses à la mission en direction des non-pratiquants et des non-croyants, des familles, un renouveau de leur « esprit d’initiative », et un stimulant pour la « formation » des laïcs.

Autres éléments positifs : « le rôle précieux de certainsmouvements de spiritualité » et « la présence active dans la mission de personnes provenant d’autres pays et continents ».

Le président du CCE mentionne ne outre « l’augmentation du volontariat dans les paroisses, surtout dans l’oeuvre caritative », et le rôle des retraités qui « font preuve d’une générosité émouvante et contribuent à renforcer la solidarité entre les générations ».

De plus, à côté des « tensions nationales et ethniques » qui persistent, comme la situation précaire des catholiques en Bosnie, les divers conflits liés au phénomène de l’immigration »,  requièrent un « témoignage équilibré » et un « service patient ». 


Réconciliation, dialogue, communion

Malgré tout, « la réconciliation entre les nations européennes s’est poursuivie » : les conférences épiscopales de la Slovaquie et de la Hongrie ont signé un acte de réconciliation en 2006 ; le patriarche orthodoxe de Moscou et de toute la Russie, Cyrille, a signé à Varsovie un acte de réconciliation avec le président de la Conférence épiscopale polonaise et « dans cet acte, les parties confirment par ailleurs leur intention commune de défendre et permettre l’accueil des valeurs humaines et chrétiennes en Europe ».

Le cardinal Erdö ajoute des « résultats œcuméniques » positifs, et une plus grande « collaboration » entre les chrétiens en Europe, en dépit de « quelques nouvelles communautés soient fortement anti-catholiques ».

Il cite le Forum catholique-orthodoxe européen « qui s’occupe des questions actuelles de morale et de doctrine sociale », les rencontres avec les représentants de toutes les Églises orthodoxes, avec un « très large consensus à propos de la famille et de la vie », les critères des rapports entre l’État et l’Église, de la crise économique : « L’esprit de fraternité et de solidarité s’accroît même avec les communautés protestantes en Europe ».

Enfin, se réjouit le cardinal hongrois, « la conscience de l’unité, de la fraternité et de la véritable communion se développe entre les évêques catholiques de rites latin et oriental ».