Europe/Evêques: Justice, responsabilité, et conversion des cœurs

Déclaration au lendemain des attentats

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ROME, Jeudi 20 septembre 2001 (ZENIT.org) - Voici la traduction intégrale de la déclaration de la présidence de la COMECE, au lendemain des attentats aux Etats-Unis: c´est un "appel à la justice, à la responsabilité, à la conversion des cœurs". L´original est en allemand.



- Déclaration -

1. Un profond deuil s’est abattu sur le monde depuis le 11 septembre. Il s’avère au début du nouveau millénaire que le mal reste un compagnon permanent de l’humanité. En Europe, la population a exprimé, de multiples façons sa compassion envers les parents des victimes et sa solidarité avec les Etats-Unis d’Amérique. Dans un grand élan de solidarité avec les Etats-Unis, l’Union Européenne s’est jointe à cette compassion.
2. En tant qu’évêques, nous sommes aux côtés de ceux qui sont endeuillés et désespérés. Sous la croix et face aux victimes, nous appelons à la prière et à la solidarité. La religion ou la foi ne peuvent en aucun cas justifier les attentats en Amérique. Celui qui vise la mort d’êtres humains, qui couvre ou qui tolère cette attitude ne peut pas prétendre agir au nom de Dieu. Ni dans le christianisme, ni dans l’islam ni dans le judaïsme existent de justification de violence et d’anéantissement. Il n’y a pas de théologie de la terreur. Nous condamnons ces actions.
3. En ce moment de profond deuil et de grandes préoccupations, nous nous tournons, en tant que présidence de la Commission des Episcopats de la Communauté Européenne (COMECE), vers les responsables politiques de l’Union Européenne et de ses Etats membres avec un triple appel à la justice, à la responsabilité et à la conversion des cœurs:
Justice

4. Tous ceux qui sont responsables des attentats doivent être identifiés et punis. Notre sentiment collectif de la justice serait bafoué, si face à la souffrance indicible, on ne demandait pas des comptes à ceux qui l’ont causé et y ont incité. Les critères habituels semblent inadéquats pour prendre la mesure des attentats terroristes de New York et de Washington. L’emploi massif de force doit être exclu comme réponse pour rétablir le droit et la justice. Les hommes d’Etat responsables se trouvent ici en face de questions de conscience des plus difficiles. C’est pourquoi nous prions les responsables politiques au sein de l’Union Européenne d’essayer de faire tout pour empêcher le début d’une spirale de revanche et de guerre.
5. Une injustice terrible et inouïe a été commise. Mais d’autres injustices existent aussi dans le monde entier; elles sont la cause des conflits politiques et sociaux. La division du monde se manifeste avant tout entre la richesse et la pauvreté, et ne pas entre les religions et les cultures. La réponse à l’enjeu actuel est une nouvelle politique du développement des pays plus pauvres. Une des voies vers de nouvelles structures mondiales plus justes et vers la réduction des l’inégalités matérielles peut être trouvée dans la recherche de nouvelles formes de gouvernance mondiale. Le plus grand danger serait de renoncer à la vision d’un monde juste et réconcilié. Le but de la mondialisation n’est pas le bien-être de quelques-uns, mais la justice pour tous.
Responsabilité

6. Nous mettons en garde contre toute accusation collective. Les attaques en Amérique ont été barbares – elles se dirigent en général contre la civilisation tout court qui est d’inspiration judéo-chrétienne et musulmane. Nous refusons avec force tout jugement global contre la foi islamique et sa culture. Notre solidarité dans la foi en un Dieu unique nous incite au dialogue entre chrétiens, juifs et musulmans. De nombreux musulmans résident en Europe, l’Islam fait aussi partie de l’héritage religieux de l’Europe.
7. Le terrorisme – peu importe sa motivation – est un danger réel et mortel. La communauté internationale doit collaborer en toute confiance pour endiguer la menace du terrorisme. Nous accueillons positivement l’annonce de la Commission européenne de soumettre dans les plus brefs délais sur la base d’une définition commune du terrorisme des propositions pour renforcer la coopération des polices et des tribunaux. Europol, la police de l’UE, a besoin de contributions plus énergiques de la part des Etats membres.
Conversion des coeurs

8. La puissance et la richesse occidentale et leurs symboles ont fait naître l’inimitié et la haine. Ces symboles de richesse et de puissance contrastent fortement avec la misère et l’impuissance de beaucoup d’hommes pour lesquels l’Occident semble avoir un cœur de pierre. C’est pourquoi nous sommes convaincus, qu’en dernier lieu, il n’y aura pas d’autres voies vers la paix qu’une conversion à la solidarité.
9. Nous proposons d’intensifier la coopération avec les pays de la Méditerranéenne au sein du « processus de Barcelone », qui doit absolument inclure Israël. Les efforts pour le dialogue interreligieux dans cette région doivent être intensifiés et méritent plus de soutien de la part des politiques. De plus, nous demandons à nos chefs d’Etats et de gouvernement de déterminer, lors du Conseil européen de Laeken en décembre prochain, une méthode et un calendrier pour atteindre l’objectif de consacrer 0,7 % du PIB pour l’aide au développement.
10. Notre communauté de valeurs universelles va bien au-delà de la richesse matérielle et de la force militaire, dont les symboles viennent d’être attaqués. Elle se fonde sur des valeurs communes qui sont fortement enracinés dans nos croyances et nos confessions. Un élément essentiel de ces valeurs est « d’exercer sincèrement la compréhension mutuelle, afin de défendre et de promouvoir ensemble, pour tous les humains, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté ». Nous nous tournons alors vers tous ceux qui, en tant que poètes ou penseurs, en tant qu’artistes, en tant qu’écrivains ou journalistes, en tant que théologiens ou chercheurs, portent une responsabilité dans l’expression des symboles qui signifient notre civilisation. Se tourner vers cette richesse spirituelle et l’exprimer est la conversion la plus importante.

11. Dans ces heures et ces jours sombres, de nombreux hommes et femmes se sont tournés vers Dieu dans une prière spontanée pour demander la consolation et la paix. Nous aussi nous prions pour que le Dieu de Jésus-Christ « aide l’homme à ne pas succomber à la tentation de la haine et de la violence, mais d’œuvrer au service de la justice et de la paix » .

Bruxelles, le 17 septembre 2001
Mgr Josef Homeyer,
Evêque de Hildesheim (Allemagne), Président de la COMECE
Mgr Adrianus van Luyn,
Evêque de Rotterdam (Pays Bas), Vice-président de la COMECE
Mgr Attilio Nicora,
Conférence épiscopale italienne, Vice-président de la COMECE
Mgr Noël Treanor,
Secrétaire général de la COMECE