Europe : l'économie a besoin des migrants

Mgr Tomasi dénonce un "dysfonctionnement" dans l'accueil

Rome, (Zenit.org) Anne Kurian | 449 clics

Les migrants sont « indispensables pour l’économie des pays développés », affirme le Saint-Siège qui appelle l'Europe à promouvoir « des canaux légaux pour leur arrivée » mais aussi à travailler au développement des pays d'origine des émigrés.

Mgr Silvano M. Tomasi, observateur permanent du Saint-Siège à l’ONU à Genève, dénonce un « dysfonctionnement » dans l'accueil européen, à en juger par les 23.000 émigrés « anonymes », « ensevelis dans le cimetière silencieux qu’est devenue la Méditerranée » entre 2000 et 2013.

Il exhorte à « vaincre la mondialisation de l’indifférence » en appelant « par leur nom ces personnes », qui ont « un visage, un sourire, des aspirations », et en refusant de « faire des émigrés le bouc émissaire des frustrations sociales » ou de « les instrumentaliser pour des objectifs électoraux ».

Loin d'être « des personnes de seconde classe », il souligne l'apport de ces émigrés, « indispensables pour l’économie des pays développés » : l’Europe « devra prendre des mesures plus raisonnables pour permettre aux migrants de venir légalement et de manière ordonnée, parce qu'elle a besoin d’eux. Les projections démographiques montrent qu’en 2060, la population active de l’Union européenne sera réduite de plus de 10%, soit 50 millions de personnes, alors que le nombre des retraités passera de 84,6 à 151,5 millions », constate-t-il au micro de Radio Vatican.

Les émigrés tentant de franchir la Méditerranée « ont un droit d’asile, ont droit à un accueil coordonné par l’Union européenne », souligne Mgr Tomasi : « La solidarité ne peut pas n’être qu’une théorie. »

Il s'agit non pas de « renforcer les contrôles ou de militariser les frontières », ce qui « pousse les migrants à prendre des chemins plus dangereux ou à s’en remettre à des marchands de chair humaine », mais de promouvoir « des canaux légaux pour leur arrivée ».

Pour l’archevêque, cela consiste à « mettre en œuvre la Politique commune en matière d’asile, soutenir les pays sous pression à cause de nouveaux arrivants, former des fonctionnaires sensibles aux motivations des demandeurs d’asile, punir sérieusement les trafiquants de personnes ».

Le Saint-Siège plaide aussi pour « le respect des instruments de protection en vigueur, dont les conventions de l’Organisation internationale du travail et la Convention internationale sur la protection des travailleurs migrants et de leurs familles, approuvée par les Nations-Unies en 1990 ».

Mais par dessus-tout, l'Europe est appelée à s'engager pour « permettre aux pays d’origine des émigrés, l’accès aux marchés, la création d’emplois, la stabilité politique » : « la coopération avec l’Afrique du nord devra s’intensifier pour l’aider à développer la démocratie et le pluralisme, l’État de droit, la liberté religieuse et une économie stable ».

Avec une traduction de Constance Roques