Europe : la bonne gouvernance selon le Saint-Siège

Intervention de Mgr Mamberti à l'OSCE

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Anne Kurian

ROME, lundi 10 décembre 2012 (Zenit.org) – Le Saint-Siège indique ce qu’est une « bonne gouvernance », en soulignant notamment qu’elle doit promouvoir « une culture de vie ».

Mgr Dominique Mamberti, Secrétaire pour les rapports avec les Etats de la Secrétairerie d’Etat, est intervenu au cours de la 19e réunion du Conseil des ministres de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), à Dublin (6-7 décembre 2012) sur la reconnaissance publique de la liberté de religion.

L’archevêque a évoqué les trois dimensions de l’engagement de l’OSCE : dimension politico-militaire, dimension économique et environnementale et dimension humaine. Il s’est arrêté plus particulièrement sur la dimension économique et environnementale, rappelant qu’elle avait été soulignée récemment par « des discussions de fond sur la bonne gouvernance ».

Vadémécum de la bonne gouvernance

Pour le Saint-Siège, a-t-il expliqué, une « bonne » gouvernance doit « prendre en compte le bien commun, à savoir, le bien de toutes les personnes et de toute la personne ». En ce sens, le développement économique et social « doit être mesuré et mis en œuvre en posant la personne humaine au centre de toutes les décisions ».

« La bonne gouvernance devrait promouvoir une «culture de vie» pour tous les peuples », et elle doit « suivre la loi naturelle qui est écrite dans le cœur de chaque être humain », a-t-il poursuivi.

Dans un bon gouvernement, a encore dit l’archevêque, « les autorités politiques n'oublient pas ni ne sous-estiment la dimension morale de la représentation politique ». Finalement, a-t-il estimé, « la bonne gouvernance n'est pas seulement une question technique, mais plus fondamentalement une question de moralité ».

Citant Benoît XVI, l’archevêque a fait valoir que la paix elle-même dépendait de ces critères de bonne gouvernance, car « l’efficacité de l’engagement pour la paix dépend de la conception que le monde peut avoir de la vie humaine. Si nous voulons la paix, défendons la vie ! Cette logique disqualifie non seulement la guerre et les actes terroristes, mais aussi toute atteinte à la vie de l’être humain. »

Le Saint-Siège a également dénoncé la corruption comme « un grave danger pour la bonne gouvernance », qui cause des dommages graves non seulement du point de vue « matériel » sur la croissance économique, mais a des effets « encore plus négatifs (…) sur les biens immatériels, plus étroitement liés à la dimension qualitative et humaine de la vie en société ».

Pour le Saint-Siège, « la bonne gouvernance est encouragée et la corruption est réduite » lorsqu’il y a « le respect des libertés fondamentales et des droits de l'homme, y compris la liberté de religion ».

Appel à lutter contre la discrimination contre les chrétiens

Evoquant à ce propos la « dimension humaine », de l’OSCE, le Saint-Siège a affirmé soutenir « fermement la liberté des médias, la liberté d'expression et le libre échange des idées », mais a aussi rappelé que « le droit à la liberté d'expression comporte aussi des responsabilités ».

Invitant à « renforcer les efforts de l'OSCE pour lutter contre le racisme et la xénophobie » il a insisté particulièrement sur « le droit à la liberté de religion » car « on ne peut pas nier la contribution que les communautés religieuses apportent à la société », non seulement sur le plan « caritatif » mais aussi « éthique ».

Mgr Mamberti a dénoncé le fait que « les chrétiens sont parmi les plus discriminés » dans le monde, citant notamment « des interférences illégitimes dans le domaine de leur autonomie organisationnelle », ou des « pressions sur ceux qui travaillent dans l'administration publique, pressions contraire aux impératifs de leur conscience », ou encore « des programmes éducatifs qui ne respectent pas l'identité des chrétiens » et enfin « des préjugés et des menaces de violence, en raison de leur participation active dans des conversations publiques pour former des sociétés plus respectueuses de la vie humaine »

Selon l’archevêque, « les médias et le discours public » participent parfois à ces « attitudes d'intolérance et de dénigrement réelle des chrétiens et des membres d'autres religions ».

C’est pourquoi il a appelé l'OSCE à « accorder une attention particulière » à ce phénomène et à « élaborer des propositions efficaces pour lutter contre l'intolérance et la discrimination contre les chrétiens ».

Le Saint-Siège a souligné que « la pleine garantie de la liberté religieuse ne peut se limiter uniquement au libre exercice du culte, mais doit prendre en considération la dimension publique de la religion, et donc la possibilité pour les croyants de participer à la construction de l'ordre social », ce qui n’est pas « une discrimination vis-à-vis de ceux qui n’en partagent pas la croyance », mais plutôt « renforce la cohésion sociale, l’intégration et la solidarité ».