Europe : Les évêques invitent à « un espace de générosité »

Pour un marché libre, enraciné dans une tradition humaniste

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ROME, vendredi 13 janvier 2012 (ZENIT.org) – « Une société a besoin d’un espace de générosité », affirment les évêques de la Commission des Episcopats de la Communauté Européenne (Comece). Pour cela, ils invitent à reconsidérer l’évolution de l’Europe sur son économie sociale de marché, en retrouvant sa tradition humaniste et en respectant le principe de subsidiarité.

Le cardinal Reihnard Marx, archevêque de Munich et Freising, vice-président de la Comece, a présenté hier, jeudi 12 janvier, à Bruxelles le document “Une communauté européenne de solidarité et responsabilité”.

Nécessité d’un espace de générosité

Dans ce document, les évêques affirment qu’« une société ne peut pas fonctionner seulement avec le droit de faire du profit, mais a besoin d’un espace de générosité ».

Mgr Gianni Ambrosio, évêque de Piacenza–Bobbio, délégué de la Conférence épiscopale italienne à la Comece, donne quelques éclairages sur le document en question, interrogé par Radio Vatican.

Le document doit être une « aide » pour l’Union Européenne, « pour que d’un côté la liberté de marché s’affermisse, et que de l’autre cette liberté ne soit pas corrompue ». Qu’elle ne soit pas, précise l’évêque, une liberté « indépendante de l’éthique, indépendante des valeurs de solidarité qui sont fondamentales ». Dans le même temps, poursuit-il, il faut aussi « faire ressortir tout l’espace de générosité, de don qui doit être présent dans le système économique et social européen ».

Mgr Ambrosio fait remarquer en outre que le pape a abordé cette question dans son encyclique Caritas in veritate, insistant sur « la force du don, de la gratuité » justement « pour que le système économique et social soit un système équilibré ».

Un modèle d’économie en quatre points

C’est pourquoi la Comece encourage l’Europe à adopter un modèle d’économie qui établisse « un lien entre la liberté de marché, le principe de la justice et le commandement de la charité », a expliqué le cardinal Marx durant la présentation devant l’Union Européenne.

Ce modèle se décline en quatre points-clés : une action libre et gratuite, qui a une grande signification pour la cohésion sociale ; une compétitivité saine, sans distorsion de marché, pour pouvoir supprimer taxes et impôts et donc réduire la dette et financer les dépenses courantes ; une politique sociale capable de garantir protection sociale et justice participative à tous ceux qui sont dans le besoin ; une meilleure gestion des ressources naturelles et de la lutte contre les conséquences du bouleversement climatique.

La tradition humaniste de l’Europe

Le document de la Comece aborde également la question des racines de l’Europe : il invite l’Europe à remettre au premier plan les principes philosophiques et juridiques de l’antiquité gréco-romaine, mais aussi la théologie biblique, « notre patrimoine », souligne Mgr Ambrosio pour Radio Vatican. En effet, la tradition biblique « donne le sens de la solidarité » encourage à regarder « plus haut », en reconnaissant que « nous ne sommes pas les créateurs du monde ».

D’un autre côté, la philosophie grecque et romaine donne « le sens de la justice, qui a été bien mis en lumière par la tradition romaine ».

Pour l’évêque, tous ces aspects constituent « l’humanité de l’Europe ». Sans eux, poursuit Mgr Ambrosio, l’Union européenne fait ses choix « en seule référence à l’euro ou à quelque décision de type financier » et ces décisions « n’ont pas de débouché et sûrement pas de futur ». Retrouver cette « tradition humaniste » sera d’une « grande aide pour l’avenir de l’Europe », et même, rajoute l’évêque, « du monde entier ».

Respect du principe de subsidiarité

Le document encourage par ailleurs à repenser la répartition des compétences entre l’Union Européenne et les Etats membres. Mgr Ambrosio rappelle que le « principe de subsidiarité » est « décisif » dans la construction de l’unité européenne.

Lorsqu’une question concerne de près une population donnée, « elle doit être traitée de manière responsable par l’Etat en question », explique-t-il. Puis, dans un second temps, il « faut concerter les décisions » : c’est alors le devoir des Commissions, de l’Union européenne dans son ensemble.

Il faut toujours respecter « le principe de subsidiarité et les traditions des peuples particuliers », souligne l’évêque : l’Europe ne peut pas être à sens unique. Elle n’existerait pas sans les pays de la Méditerranée, mais « elle ne peut pas être considérée seulement du point de vue méditerranéen », insiste l’évêque, parce qu’il y a aussi tout le nord de l’Europe.

La Comece, créée depuis 1980, est l’instrument de liaison entre les Conférences épiscopales et la Communauté européenne. Elle est constituée de 24 évêques délégués par les Conférences épiscopales de l'UE.

Anne Kurian