Europe: les vraies racines de la crise économique et financière

2e journée de l'assemblée du CCEE, synthèse de Mgr Léonard

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A. Bourdin

SAINT-GALL, samedi 29 septembre 2012 (ZENIT.org) – Les racines de la crise économique et financière de l’Europe sont plus profondes qu’on ne croit, estiment les évêques d’Europe : elles sont d’ordre philosophique et spirituel. « Si l’Europe est en crise au plan financier, monétaire, économique, c’est peut-être parce qu’elle n’a pas suffisamment enraciné son projet spirituellement », a résumé Mgr Léonard.

Mgr André-Joseph Léonard, archevêque de Malines-Bruxelles, a en effet résumé pour la presse, en fin de matinée, vendredi 28 septembre, les trois interventions qui ont nourri la réflexion des 11 cardinaux et 33 évêques présents à l’assemblée plénière du Conseil des conférences épiscopales d’Europe, en Suisse, à Saint-Gall (27-30 septembre). Voici notre transcription de sa synthèse.

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Pour affronter cette question des défis à la fois culturels, sociaux et spirituels de l’Europe, nous avons entendu ce matin trois interventions : une de M. Kuno Schedler, professeur d’économie d’entreprise à l’université de Saint-Gall, sur les enjeux surtout de l’ordre de économique ; ensuite une intervention de Mme Marta Cartabia, qui est professeur de droit et juge à la Cour constitutionnelle en Italie ; et ma propre intervention sur le point de vue philosophique et théologique.

Une crise philosophique et spirituelle

Et malgré les trois approches fort différentes, il y avait une grande convergence puisque l’économiste qui a pris la parole, M. Schedler, a souligné comment derrière la crise économique et financière qui touche l’Europe actuellement, il y a un enjeu plus profond, un enjeu qui est de l’ordre philosophique, d’ordre spirituel. Si l’Europe est en crise au plans financier, monétaire, économique, c’est peut-être parce qu’elle n’a pas suffisamment enraciné son projet spirituellement, comme c’était le cas pour les grands fondateurs de l’Europe qui étaient des hommes doués d’une forte spiritualité. Je prends un exemple qu’il a cité : on a peut-être trop vite fait l’Europe monétaire, autour de l’euro, avant d’avoir approfondi l’unité politique de l’Europe et aussi son unité spirituelle.

Les « nouveaux droits »

La seconde intervention, de Mme Marta Cartabia, se plaçait d’un point de vue juridique. Je dois dire que j’ai beaucoup apprécié son intervention parce que elle a mis le doigt sur un problème assez grave dans l’Europe d’aujourd’hui, à savoir qu’on se sert des formules juridiques, des modèles juridiques,  pour créer toute une série de « nouveaux droits » qui sont d’inspiration individuelle, des droits nouveaux qui rejoignent des situations individuelles, personnelles, et qui par là même privatisent le droit. En utilisant pour des situations particulières d’individus ou de groupes, des concepts qui ont à l’origine une vocation universelle.

Les législations et le dictionnaire

Je prends un des exemples qu’elle a mentionnés : quand une législation prévoit d’appeler du même nom « mariage », l’union de deux hommes, de deux femmes, alors que dans tous les dictionnaires du monde et dans toutes les législations, le mot mariage désigne l’union stable et reconnue d’un homme et d’une femme. On utilise un cadre juridique général pour légitimer des situations particulières auxquelles on pourrait offrir, par d’autres voies, des garanties de stabilité, de protection, au plan fiscal, économique.

J’ai trouvé son analyse de ce surgissement de beaucoup de droits individuels qui ne respectent pas l’esprit du droit particulièrement éclairante.

L’ouverture à une autre dimension

Dans mon intervention, je me suis situé sur un plan philosophique : l’homme ne peut se comprendre lui-même et ne peut comprendre la transcendance de Dieu ou d’autres formes de transcendance que s’il ne se comprend pas lui-même uniquement à partir de ses conditionnements, sociaux, historiques, économiques, et pas non plus à partir de sa propre intériorité, de son dynamisme intérieur, de sa liberté, mais s’il s’ouvre à une dimension qui le dépasse.

Si l’homme se comprend uniquement à partir de son environnement cosmique et historique, il va perdre un aspect de sa grandeur, de sa dignité. S’il se comprend uniquement à partir de sa liberté, ce qui est la  tentation de toutes les formes d’existentialisme – même si cette démarche a de la valeur –, il va aussi manquer un aspect essentiel de la vocation humaine. On va privilégier la subjectivité aux dépens de ce qui est objectif. Et il y a un sens de la personne, un sens de Dieu qui ne peuvent naître que si l’on s’ouvre à une réalité qui nous dépasse, qui dépasse l’ordre de ma liberté et qui atteste qu’il y a quelque chose, éventuellement quelqu’un, avant nous, qui nous précède et qui nous porte.