Euthanasie : le Card. Simonis des Pays-Bas parle à cœur ouvert

La "mort douce" : une terrible pression pour les personnes âgées

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ROME, mercredi 6 déc. (ZENIT.org/AVVENIRE) - "J’ai encore l’espoir que le Sénat n’approuve pas cette loi de l’euthanasie", a déclaré le Cardinal Adrian Simonis. Interrogé par le quotidien italien "Avvenire" depuis son domicile à Maliebaan, le Cardinal Simonis, qui est en quelque sorte la conscience souvent ignorée des Pays-Bas, explique les conséquences de la loi sur l’euthanasie.



"Le Conseil de l’Europe a fait savoir à la Hollande que la loi sur l’euthanasie est en contradiction avec les droits de l’homme. La loi n’est passée qu’au parlement ; j’espère que les conséquences de cette loi feront réfléchir", a-t-il déclaré.

Le 28 novembre dernier le parlement hollandais approuvait par 104 voix contre 40 la loi concernant l’euthanasie, même pour les enfants à partir de 12 ans avec l’accord du père ou de la mère. C’est la première fois qu’un pays va aussi loin dans la légalisation de la "mort douce".

Q : Les sondages montrent que 80 % des néerlandais sont en faveur de l’euthanasie.

Cardinal Simonis : Il faut bien analyser ces sondages. La mentalité qui règne en ce moment est celle de l’autonomie, du droit absolu à disposer de soi-même. Si les gens sont en faveur de l’euthanasie c’est à cause d’un malentendu concernant la liberté. Ils disent qu’ils ne demandent pas l’euthanasie pour eux-mêmes mais qu’on ne peut pas la refuser à ceux qui la désirent. C’est la question soulevée par "Veritatis Splendor", la question de la maladie moderne de l’homme qui n’accepte plus la vérité objective mais la subjectivité des sentiments. Dans le raisonnement commun, la vérité disparaît, et il ne reste que ce que l’on ressent. On ne s’intéresse pas à ce qui est vrai mais uniquement à ‘ce que je ressens comme vrai’.
Le pape a parfaitement raison, et ce qu’il dit dans "Veritatis Splendor" est vrai.

Q : On dit aussi que beaucoup de malades en phase terminale demandent l’euthanasie.

Cardinal Simonis : Je me souviens de la dernière semaine de ma mère, avec nous, ses onze enfants, autour de son lit. Elle n’arrêtait pas de dire : ‘je suis un tel poids pour vous ! Comment est-ce que vous allez faire pour aller en vacances ?’ Les personnes âgées ont l’impression d’être un poids. Elles demandent l’euthanasie pour ne pas être un poids pour les autres, dans cette société qui ne vit que pour le bénéfice, où personne n’a le temps. Ainsi, cette loi, qui prétend donner une nouvelle ‘liberté’, impose en fait tout le contraire. Elle oublie ceux qui ont le plus besoin de solidarité humaine. Maintenant il y a une loi qui ‘permet’. Et dans un environnement qui n’a aucun respect pour la dignité de ceux qui souffrent, pour la vieillesse, pour l’agonie, dans un pays où la moitié de la population déclare ne croire en rien, cette loi devient une pression pour les personnes âgées : on peut, c’est ‘licite’, et donc, cesse d’être un poids ! Mais la demande d’euthanasie est presque toujours uniquement une demande d’aide. Il n’y a qu’une société cruelle, qui ne pense qu’à l’argent et aux affaires, à ne pas pouvoir comprendre cela.

Q : Il y a déjà eu des cas de demandes d’euthanasie de la part de malades souffrant d’une pathologie mentale qui l’entraîne précisément vers le suicide. L’État assiste-t-il ces personnes dans le suicide ?

Cardinal Simonis : L’État a le devoir de défendre ses citoyens, tous ses citoyens, même en allant contre eux-mêmes. C’est un raisonnement en accord avec le droit et la raison. Combien de fois avons-nous utilisé ces arguments philosophiques, rationnels, contre les attentats à la vie, nous les évêques des Pays-Bas ? Les protestants, les évangéliques nous reprochent même d’utiliser des arguments trop ‘rationnels’, trop philosophiques et purement humains, trop laïcs.

Q : Quels arguments utilisent les pasteurs protestants ?

Cardinal Simonis : Uniquement des arguments pris dans les Écritures. Mais ce n’est pas notre ligne à nous : ‘gratia supponit natura’, la grâce ne remplace pas la nature. Nous nous sommes aventurés dans le domaine technique, nous avons signalé les nouvelles thérapies contre la douleur. Nous avons dénoncé les pressions des lois actuelles sur les médecins qui finissent souvent par se trouver en difficulté pour avoir refusé l’euthanasie, comme si cela était un droit…

Q : Y a-t-il des résultats ?

Cardinal Simonis : L’abondance de nos documents et de nos déclarations finit même par être contre-productive. La presse contre-attaque : voilà les éternels évêques qui interdisent tout… Les media ont une grande responsabilité. Ils ont changé la mentalité des gens, tout doucement, année après année.

Q : Et les magistrats ? Et les hommes politiques ?

Cardinal Simonis : La porte a été ouverte par l’avortement. La légalisation de l’avortement a été difficile. La loi est passée à une voix près. Déjà à l’époque nous avions lancé un avertissement : ‘vous finirez par autoriser l’euthanasie. Vous êtes sur la pente…’. Ils ne nous ont pas écoutés. Et maintenant l’euthanasie est légale.

Q : Est-il exact que Mgr Roermond a interdit de donner l’extrême onction aux personnes ayant donné leur consentement préventif à leur propre euthanasie ?

Cardinal Simonis : C’est vrai et c’est juste. On ne peut quand même pas demander à l’Église de bénir par un sacrement un acte de suicide !