« Evangéliser les cultures, mission de l’Eglise dans l’histoire », par le card. Poupard

Un séminaire de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples

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ROME, Lundi 18 septembre 2006 (ZENIT.org) – Le ministère de l’évêque en relation avec l’évangélisation des cultures : c’est le thème de l’intervention du cardinal Paul Poupard, président des conseils pontificaux de la Culture et pour le Dialogue interreligieux, le 13 septembre, dans le cadre du séminaire pour les évêques de nomination récente, organisé par la congrégation pour l’Evangélisation des Peuples. Une synthèse de Fides, organe de ce dicastère.



Dans « Evangelii nuntiandi », le pape Paul VI a dit clairement que l’évangélisation part toujours de personnes et s’adresse toujours à des personnes. Mais les évangélisateurs dépendent de leur culture et les évangélisés sont immergés dans les leurs. Ces cultures peuvent être un soutien ou un obstacle à l’annonce de l’Evangile. « Un des plus grands défis que l’Eglise doit affronter aujourd’hui et qui revient régulièrement à chaque Synode des Evêques auquel j’ai participé depuis 25 ans, est celui de l’inculturation de l’Evangile » a dit le card. Poupard.

« Evangéliser les cultures est la mission de l’Eglise dans l’histoire, l’œuvre qu’elle a toujours réalisé à travers ses membres et qu’elle entend continuer av! ec le souffle de l’Esprit de Jésus-Christ, avec les joies et les espérances, mais aussi les tristesses et les angoisses que suscitent les développements de la société dans de début de troisième millénaire, pour plus de six milliards d’hommes qui vivent aujourd’hui dans notre monde contrasté ».

Le card. Poupard a ensuite souligné combien le domaine de la culture était vaste et complexe, et que les définitions mêmes de la culture sont innombrables, combien ce concept « reste un phénomène complexe qui ne se laisse pas enfermer dans les catégories d’un dictionnaire ». Il se réfère ici à une série d’éléments qui caractérisent un peuple et définissent son identité : la langue, les us et coutumes, le degré d’instruction, le comportement, le patrimoine hérité au cours des années, l’art, l’architecture, la littérature… La grande vision de l’homme apportée par le Christ et proposée par l’Eglise ne peut mettre en crise les cultures qui s’ouvrent à l’Evangile. Toute l’histoire de l’Alliance enseigne que Dieu « parle aux h! ommes à travers les langues qu’ils peuvent comprendre. De la même façon l’Eglise, pour faire entendre et comprendre la bonne nouvelle du Christ, doit se faire entendre et comprendre, puis parler les langues des hommes pour leur faire comprendre la langue de Dieu ».

Pour évangéliser les cultures il faut identifier et discerner les grands défis qui se posent aux évangélisateurs dans ce début de troisième millénaire. Parmi ces défis le Président du Conseil Pontifical de la Culture et du Conseil Pontifical pour le Dialogue interreligieux a cité la mondialisation, qui présente certainement des aspects positifs mais aussi des aspects négatifs contre lesquels l’évangélisation des cultures doit lutter (« l’homme n’est plus considéré comme le but de l’économie et des finances, des progrès de la science et de la technique, de l’éducation et de la politique… »). Ce phénomène pose le problème de l’identité des peuples et de leurs légitimes différences culturelles, et peut conduire à rejeter l’Eglise c! omme l’expression d’une culture étrangère, et c’est sans doute un autre grand défi pour l’évangélisation. A celui-là s’ajoute le défi du pluralisme culturel, qu’accompagne le vaste phénomène d’urbanisation dont jaillissent de nouvelles formes de culture.

Un autre défi concerne le rapport avec l’Islam. Il « conduit les chrétiens à une conscience renouvelée de la joie d’être chrétiens, adorateurs du Dieu unique qui n’est pas un point solitaire mais une source dont jaillit éternellement et infiniment l’amour trinitaire du Père, du Fils et de l’Esprit… Le dialogue avec l’Islam doit nous aider à avoir une plus grande conscience de la beauté de notre foi chrétienne fondée sur l’Incarnation d’un Dieu qui s’est fait homme pour que l’homme se fasse Dieu ».

Le card. Poupard a conclu par ces paroles : « L’inculturation est au cœur de la mission. L’Evangile est créateur de culture. Et une foi qui devient culture est une foi qui devient Eglise, dans la joie nouvelle de Noël, la lumière rédemptrice de Pâque et le feu créateur de la Pentecôte ».