Evénement dans le paysage de la BD : « Paul de Tarse, le chemin de Damas »

Entretien avec l’auteur, Dominique Bar

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ROME, Mardi 16 mai 2006 (ZENIT.org) – Le dessinateur et scénariste liégeois, Dominique Bar s’est surtout fait connaître avec sa série sur le pape Jean-Paul II. Il vient de publier aux Editions CLD une nouvelle bande dessinée sur saint Paul. Une BD moderne et bien documentée, pour faire découvrir aux jeunes et aux adolescents un personnage clé de l’aventure chrétienne : « Paul de Tarse, le chemin de Damas », en libraire depuis le 11 mai 2006, pour les jeunes de 8 à 88 ans !



Zenit : Dominique Bar, vous venez de publier, aux Editions CLD, un premier tome d’une bande dessinée sur saint Paul, dont le titre est « Paul de Tarse, Le Chemin de Damas »…

D. Bar : Oui, c’est une coédition avec les Editions Halewijn d’Anvers avec le soutien de la Fondation St Paul.

Zenit : Ce n’est pas votre première BD chrétienne ?

D. Bar : Non, j’ai dessiné auparavant un album sur les apparitions de Beauraing ainsi que trois tomes sur Jean-Paul II. Le troisième tome « Avec Jean-Paul II et Benoît XVI » est sorti début avril pour le premier anniversaire du décès de Jean-Paul II. J’ai aussi dessiné une vie du père Werenfried Van Straaten , fondateur de « l’ Aide à l’Eglise en Détresse ».

Zenit : Avez vous fait d’autres BD ?

D. Bar : Un album de fiction d’un style plus humoristique intitulé « Les Secrets du Marquis » ayant pour personnage principal un adolescent nommé Christian Persil. Personnage que j’avais créé, il y a pas mal d’années pour l’éphémère revue « TINTIN-Reporter ».

Zenit : Ce n’est pas la première BD sur saint Paul ?

D. Bar : On peut effectivement trouver d’autres albums BD sur saint Paul. Il y a, notamment « saint Paul, le voyageur » de Benoît Marchon et Dominique Cordonnier et « L’Apôtre Paul, l’homme mis à part » de Didier Eberlé ainsi que les « Actes des Apôtres », par Jean-François Kieffer pour les plus petits.

Zenit : Alors, pourquoi une nouvelle BD sur Paul ?

D. Bar : Ce sont, chaque fois, des approches différentes. Les différentes visions peuvent être regardées comme complémentaires les unes des autres. Personne ne s’étonne qu’il existe de nombreuses bandes dessinées sur Jésus. Et Paul est un personnage essentiel du christianisme naissant. Ses écrits ont suscité, à toutes les époques, une littérature énorme. C’est sur les lettres de Paul que, notamment, Luther s’est basé pour argumenter sa rupture avec Rome.

Zenit : Comment les distingueriez-vous l’une de autre ?

D. Bar : Benoît Marchon, par exemple, a fait une excellente synthèse. Sur 32 planches ce ne peut-être qu’un rapide survol des quelques trente-cinq années d’activités apostoliques de Paul. Mais ça correspond exactement à l’attente d’une partie des lecteurs. Mon projet, c’est plutôt de prendre le temps pour qu’on soit vraiment avec le personnage. Quand on compare avec les séries BD de fiction « à suites », celles-ci étalent parfois sur plus de dix tomes une même aventure à rebondissements. Donc deux tomes de 45 planches pour arriver à être avec le « héros », ce n’est pas énorme, mais ça permet déjà d’en dire un peu plus.

Zenit : D’autres différences, que la pagination ?

D. Bar : Bien sûr, il y a aussi les différences d’interprétation des textes de références. La partie des Actes des Apôtres relatant les activités de Paul est relativement brève. Donc, à partir des mêmes phrases, on peut en arriver à des reconstitutions assez différentes. De plus, les allusions à des faits précis dans les épîtres sont sujettes à débats. Si on reconnaît ou non les lettres à Timothée comme authentiques, on fait un récit différent de la fin de sa vie. S’est-il rendu en Espagne ou pas ? Et aussi des sensibilités différentes développeront telle partie plutôt que telle autre. Les caractères des personnages peuvent être vus fort différemment d’un auteur à l’autre

Zenit : A propos de caractères, le personnage n’est-il pas fort austère ?

D. Bar : Les lectures de petits passages, durant les Eucharisties, peuvent donner une idée faussée de ce qu’il a réellement été. On peut avoir l’impression que c’est un moraliste étroit qui énumère ce qu’il faut faire et ne pas faire. Alors que le centre de son message, c’est que le Christ par sa venue parmi nous, libère des contraintes de la Loi mosaïque et devient la nouvelle référence du croyant.

Zenit : Il véhicule pourtant une image assez intransigeante ?

D. Bar : C’est un fait que Paul devait être un personnage assez entier. C’est du moins ce qui transparaît de ses écrits. Et il n’a sans doute pas été des plus faciles à vivre pour ceux qui ont voyagé avec lui. Mais il fallait beaucoup de détermination pour faire tout ce qu’il a fait avec l’opposition qu’il a rencontrée.

Zenit : Avez-vous voulu faire une reconstitution fidèle ?

D. Bar : Je me suis quand même pas mal renseigné. Mais si j’avais voulu être d’une historicité absolue, j’aurais sans doute fait quelque chose d’assez hermétique pour le lecteur d’aujourd’hui. On peut être rigoureux pour certains détails et un peu moins pour d’autres. Mel Gibson, dans son film ( controversé) sur la Passion a voulu, par souci d’authenticité, faire parler en Araméen et en Latin mais a, par ailleurs pour les images, été influencé par une esthétique « d’Héroic-Fantasy ».

Zenit : Il vous est arrivé de prendre certaines libertés avec le récit biblique ?

D. Bar : Mais, chaque fois, dans un but précis. J’ai, par exemple, fait porter la croix entière par Jésus, ce qui correspond à l’imagerie la plus répandue. Cela pour qu’il soit instantanément reconnaissable, vu qu’il apparaît très brièvement. Alors qu’un condamné à la crucifixion ne portait que le « patibulum », c’est-à-dire, la traverse horizontale de la croix.

Zenit : Vous avez d’autres exemples ?

D. Bar : Un moment, je fais dire par Képhas-Pierre, à l’oreille de Shaoul-Paul, concernant Yacob-Jacques, « le frère du Seigneur », qu’on qualifie ainsi les cousins aussi. Alors que pour les Juifs de cette époque, c’était d’une telle évidence que ça ne posait même pas question.

Zenit : Et pour les costumes ?

D. Bar : Les Juifs de l’époque devaient avoir plus souvent quelque chose sur la tête, genre voiles foulard, etc. que ce que j’ai montré. Sans dire qu’on aurait vu que le bout de leur nez, je craignais quand même que ça ne crée une distance de voir systématiquement des visages en partie dissimulés.

Zenit : C’est quand même une histoire où il n’y a pas que des Juifs !

D. Bar : C’est vrai ! Pour les Romains, au début de l’album, quand Shaoul-Paul étudie à Jérusalem, j’ai évité de montrer des cuirasses articulées, avec lesquelles on représente classiquement les légionnaires mais qui ne sont apparues que quelques années après la vie (terrestre) de Jésus.
Pourtant le cinéma et la télé nous montrent souvent les soldats de Jules César ainsi équipés, ce qui est un anachronisme délibéré.

Zenit : Les noms que vous leur avez donnés veulent apparemment se rapprocher des noms authentiques.

D. Bar : Ce n’est pas dans un but « intellectualisant » mais pour que le lecteur, quand il voit apparaître un personnage, prenne le temps de le découvrir avec un regard neuf. Et qu’il réalise progressivement qui il est sans avoir plaqué tout de suite dessus toutes les images qu’il en a déjà. Du style : « Ah oui, saint Pierre, le premier pape », etc.
C’est moins le cas pour les noms des villes pour ne pas devoir ajouter d’astérisques renvoyant en bas de page. Ce qui fait tout de suite plus didactique.

Zenit : A côté du Nouveau Testament, quelles sont vos sources ?

D. Bar : J’ai d’abord lu, comme beaucoup le livre d’Alain Decaux : « L’Avorton de Dieu » qui, si ce n’est pas un livre d’historien, à le mérite d’être un récit vivant. Mais j’ai lu aussi Paul Dreyfus, Norbert Hugédé, et surtout Jérôme Murphy-O’connor.
Mais ce qui m’a d’abord donné l’envie de faire cette BD, c’est un cycle de conférence principalement sur saint Paul, données par un dominicain liégeois, le père Raphaël Devillers.
C’est lui qui, le premier, m’a appris à apprécié ce personnage hors-normes qui jusque là ne m’inspirait guère. Et cela parce qu’il arrive à traiter un thème, qui à priori ne semble guère s’y prêter, avec pas mal d’humour. Ce que j’ai essayé de faire, par moments, un peu aussi...