Evêques d’Europe et d’Afrique unis contre les « nouveaux esclavages »

Conclusions du séminaire commun organisé au Ghana sur la question

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ROME, Vendredi 23 novembre 2007 (ZENIT.org) – Le séminaire sur l’esclavage d’hier et d’aujourd’hui, organisé à Cape Coast (Ghana) du 13 au 18 novembre dernier par le Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM) et par le Conseil des conférences épiscopales d’Europe (CCEE), s’est achevé sur une forte détermination à lutter contre les nouvelles formes d’esclavage qui envahissent aujourd’hui la société.

Ce séminaire, qui commémorait les 200 ans de l’abolition de l’esclavage en Afrique et auquel quelque 30 évêques, membres de dicastères et organismes de solidarité, participaient, a lancé un appel à accorder plus d’attention aux nouvelles formes d’esclavage, probablement pires que celles d’autrefois.

Trafic humain, travail forcé, enfants-soldats, prostitution, lit-on dans le communiqué final, sont ces nouvelles formes d’esclavage « dues principalement à l’énorme fossé économique qui sépare les pays riches des pays pauvres dans toutes nos sociétés »

Pour combler ce ces disparités, signalent les évêques, de nouvelles mesures doivent être mises en œuvre « pour instaurer un nouvel ordre économique mondial qui garantisse une distribution plus équitable des ressources mondiales » tout comme il est nécessaire que « soit banni tout désir de dominer les autres, de même que la culture de l’esclavage et la servitude ».

Le séminaire, qui avait pour thème : « Je connais les souffrances de mon peuple (Ez 3,7). L’esclavage et les nouveaux esclavages », avait été ouvert par les cardinaux Josip Bozanic, de Croatie et Theodore Adrien Sarr, du Sénégal, respectivement vice-présidents du CCEE et du SCEAM.

Aujourd’hui, a relevé le cardinal Bozanic, un nombre important de personnes, en Afrique et en Europe, sont encore esclaves de la pauvreté et des injustices en raison d’une distribution non équitable des ressources de la terre.

Plusieurs formes d’esclavage, a-t-il expliqué, trouvent leurs origines dans la culture postmoderne, dans la sécularisation qui relègue Dieu à la sphère privée de l’existence humaine et dans le fondamentalisme religieux accru qui essaie de s’imposer par la force.

Mgr Giordano Aldo, secrétaire général du CCEE, a pour sa part affirmé qu’il voyait en ce séminaire « une nouvelle démonstration de la collaboration croissante entre évêques d’Europe et évêques d’Afrique, orientée vers un approfondissement de leur responsabilité mutuelle en vue de l’évangélisation et de la promotion de bonnes relations entre leurs deux continents ».

Mgr Josef Sayer, président de la mission catholique MISEREOR, a quant à lui cité un des exemples les plus graves d’esclavage moderne, la plaie des enfants-soldats, dont le nombre s’élève à au moins 300.000 dans le monde, surtout en Afrique et en Amérique latine.

Dans la plupart des cas, précise le communiqué « ces jeunes garçons et filles sont continuellement victimes d’abus et utilisés dans les opérations d’espionnage, dans les repérages de mines, ou envoyés en première ligne lors d’affrontements ».

Le séminaire a par ailleurs soulevé le problème des migrations, en analysant les perspectives théologiques et pastorales qui favoriseraient une culture de la vie et de la famille, et en proposant des voies qui porteraient à une meilleure collaboration entre les Eglises africaines et européennes.

Parmi les questions constituant un frein au développement de l’Afrique, et qui obligent le plus souvent ses habitants à émigrer, le congrès a mentionné « l’existence de systèmes commerciaux injustes entre l’Afrique et le reste du monde », « le fardeau de la dette qui devrait être annulé par les pays industrialisés », « le trafic d’êtres humains et de stupéfiants ; l’exploitation sexuelle ; le travail forcé ; la prostitution forcée ; les enfants-soldats et les enfants de la rue ».

Les évêques ont quitté les travaux du séminaire en adressant, par le biais de leurs conférences épiscopales, un message à leurs gouvernements, dans lequel ils exposent toutes les questions qu’ils souhaiteraient voir traitées lors du prochain sommet de l’Union européenne et de l’Union africaine, prévu au mois de décembre à Lisbonne (Portugal).

Tous les soirs, durant les travaux du séminaire, les évêques ont célébré la messe dans différentes paroisses de Cape Coast. Ils ont également visité le château d’Elmina, où les esclaves étaient jadis sélectionnés avant d’être embarqués vers l’Europe et vers les Amériques.

Le Conseil des conférences épiscopales d’Europe (CCEE) regroupe les présidents des 36 conférences épiscopales d’Europe. Le président actuel est le cardinal Péter Erdő, archevêque d’Esztergom-Budapest et primat de Hongrie.

Le Symposium des conférences épiscopales d’Afrique (SCEAM) comprend les 39 conférences épiscopales nationales et les 9 conférences épiscopales régionales d’Afrique. Il est présidé par le cardinal Polycarp Pengo, Archevêque de Dar-Es-Salaam (Tanzanie).