« Exorcisme et prière de libération » : cours à l’Université pontificale Regina Apostolorum

Entretien avec Carlo Climati

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ROME, lundi 10 janvier 2005 (ZENIT.org) – Certains épisodes de faits divers qui ont remplis les pages des journaux en Italie, sont une sonnette d’alarme pour prendre au sérieux un problème encore sous-évalué: la croissance de l’intérêt à l’égard du satanisme et de l’occultisme, surtout de la part des jeunes.



C’est pour cette raison que l’Université pontificale Regina Apostolorum et le GRIS ont organisé lors des mois de février, mars et avril un cours intitulé « Exorcisme et prière de libération », pour mieux connaître le phénomène du satanisme et le ministère de l’exorcistat, réservé aux prêtres et aux étudiants en licence de théologie qui se préparent au sacerdoce.

Zenit a rencontré l’un des professeurs qui assureront ce cours, Carlo Climati, auteur du livre « Les jeunes et l’ésotérisme » traduit dans différentes langues.

Zenit : Comment est née l’idée de ce cours sur le satanisme et l’exorcisme ?

Carlo Climati : L’idée est née du contact avec de nombreux prêtres, qui ont manifesté l’exigence d’une meilleure information sur ces thèmes. Dans leur activité pastorale, les prêtres reçoivent de plus en plus souvent des demandes d’aide de la part de parents, ou sont confrontés à des cas délicats de jeunes enrôlés dans des sectes sataniques ou impliqués dans la pratique de l’occultisme.

Le problème le plus grave est représenté notamment par le nihilisme qui caractérise certains phénomènes. Les jeunes sont désorientés, poussés à confondre le bien avec le mal et à refuser toutes barrières morales.

Zenit : Comment se nourrit l’intérêt à l’égard du monde de « l’occulte » ?

Carlo Climati : Le point de départ est une certaine tendance au néo-paganisme, souvent masqué d’une manière apparemment innocente. Pensons à ce qui se passe depuis un certain nombre d’années, à l’occasion de la fête d’Halloween. On assiste à une multiplication de fêtes dans les discothèques sur des thèmes ésotériques.

Les jeunes peuvent danser mais aussi rencontrer des mages et des cartomanciens qui les invitent à se faire faire leur horoscope ou à interroger les tarots. Qui plus est, les kiosques sont envahis de revues pour adolescents qui diffusent des idées superstitieuses comme l’utilisation d’herbes magiques, les prétendus pouvoirs des pierres, la fabrication d’amulettes et jusqu’à l’adoration de la planète terre, comme si elle était une espèce de divinité.

Zenit : Pourquoi tant de jeunes ont recours aux rites de la magie ou aux rites sataniques ?

Carlo Climati : Parce qu’aujourd’hui on pense énormément au corps, et peu à l’âme. La magie et le satanisme représentent la recherche d’un pouvoir égoïste à exercer sur les autres pour obtenir des satisfactions matérielles et suivre les faux modèles proposés par certains moyens de communications.

C’est l’ère de l’apparence dans laquelle les programmes de télévision enseignent que la chirurgie esthétique est la solution à tous les problèmes. Ceux qui ne ressemblent pas à certains acteurs ou à certaines tops modèles, courent le risque de se sentir différents, inférieurs, limités. Ils commencent à se regarder dans un miroir, et à éprouver une sensation d’insécurité.

On a l’impression que les télévisions se battent pour présenter le plus de témoignages de familles en crises, de parents qui se disputent avec leurs enfants, de maris qui trahissent leurs femmes (et vice versa), qui s’insultent et qui se manquent de respect en public. Ce mécanisme engendre une grande peur de l’autre. Il interdit aux jeunes de croire dans la promesse d’un amour éternel.

Zenit : Les jeunes éprouvent-ils le besoin de retrouver la relation avec Dieu ?

Carlo Climati : Certainement. Mais malheureusement ils rencontrent beaucoup d’obstacles. Aujourd’hui on tend à créer une société athée, dominée par le relativisme moral. En Italie par exemple, de nombreuses polémiques ont éclaté à propos de la présence de crucifix sur les murs des écoles.

Le danger pour les jeunes est celui de se retrouver seuls dans un monde toujours plus matérialiste, privé de cette relation de filiation divine qui peut représenter « un plus » dans les moments difficiles.

Celui qui sait être fils de Dieu ne se sentira jamais abandonné face à ses problèmes. En conséquence il n’aura pas recours à l’échappatoire du satanisme ou aux religions néo-païennes.

Zenit : Quelle peut être la voie la plus juste pour éduquer les jeunes ?

Carlo Climati : Il est nécessaire de promouvoir une culture de l’engagement, qui valorise les petits efforts de la vie quotidienne. Si nous voulons conquérir une jeune fille, nous ne devons pas avoir recours à la magie ou aux rites sataniques. On lui offrira un beau bouquet de fleurs, on discutera, on cherchera à être gentil et sincère, on lui ouvrira notre cœur. En deux mots : on fera un effort.

En outre, il est opportun de promouvoir une saine culture des limites. Eduquer les jeunes à comprendre que dans la vie on ne peut pas tout avoir. Il faut savoir accepter ses propres limites. Pour être heureux il n’est pas nécessaire de ressembler aux tops modèles.

Il n’est pas nécessaire d’imiter les parfaits (mais irréels) acteurs de spots publicitaires et d’avoir toujours dans la poche le dernier modèle de téléphone portable. Il suffit d’être soi-même. Cela pourra éduquer les jeunes à une meilleure vision de la vie et également à accepter d’éventuels moments difficiles ou marqués par la souffrance.