Famille : une voie entre rigorisme et laxisme

Eclairage du card. Kasper

Rome, (Zenit.org) Anne Kurian | 600 clics

Le cardinal Kasper plaide pour « un juste milieu » dans la pastorale de la famille : « une voie au-delà du rigorisme et du laxisme ».

L'ouvrage « L’Évangile de la famille » (“Il Vangelo della famiglia”) du cardinal Walter Kasper, président émérite du Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens, vient d'être publié en italien.

Il s'agit du texte intégral de son intervention lors du Consistoire extraordinaire sur la famille (20-21 février 2014), à l'ouverture des travaux, le 20 février. Le cardinal allemand était intervenu à la demande du pape François.

Cette intervention a fait couler beaucoup d’encre et le pape lui-même a annoncé la publication du texte, apportant son soutien à ce qu’il qualifie de « théologie sereine » : « Le cardinal Kasper a fait une très belle et très profonde présentation qui sera bientôt publiée, et qui a abordé cinq points, le cinquième était celui des secondes noces... Les discussions fraternelles et ouvertes font grandir la pensée théologique et pastorale. Je n’en ai pas peur et même je le recherche » (cf. Zenit du 5 mars 2014).

Le cardinal explique le titre de son ouvrage au micro de Radio Vatican : « 'L’Évangile de la famille' signifie que Dieu aime la famille et que la famille est fondée par Dieu au début de la Création : c'est la plus ancienne institution de l’humanité. »

Il rappelle que « Jésus-Christ a fait son premier miracle durant les noces de Cana » et que le mariage est « un sacrement », c'est-à-dire que « l’amour entre l'homme et la femme est intégré dans l'amour de Dieu ».

Diagnostiquant aujourd'hui « une crise de la famille » il estime qu'il est nécessaire de « fortifier » la famille car « la grande majorité des jeunes veut une famille, une relation stable, pour toute la vie ».

Pour ce faire, le cardinal plaide pour « un juste milieu » dans la pastorale de l’Église : « une voie au-delà du rigorisme et du laxisme ».

Cette voie n'est ni plus ni moins que « le chemin de la morale traditionnelle de l’Église », fait-il observer, citant saint Alphonse de Liguori, « qui voulait cette voie entre les deux extrêmes », et saint Thomas d’Aquin dans sa “Somme Théologique”.

Cette voie ne se situe pas « contre la morale, ni contre la doctrine » mais plutôt « en faveur d'une application réaliste de la doctrine à la situation actuelle de la grande majorité des hommes », et « pour contribuer au bonheur des personnes » car « leur bonheur dépend aussi de la vie familiale », explique le cardinal.

Il estime que les deux prochains synodes pour la famille (2014 et 2015) ne seront pas « une révolution », mais « un approfondissement et un développement », car « la doctrine de l’Église est un fleuve qui se déroule ».

Il dresse un parallèle avec le Concile Vatican II, où l'on a conservé la doctrine tout en trouvant « une voie pour dépasser certaines positions de la Curie romaine contre l’oecumenisme et la liberté religieuse ». Ainsi le résultat ne sera pas tant « une nouveauté » qu'un « renouveau de la pratique de l’Église, qui est toujours nécessaire et possible ».

Pour le cardinal « un débat sera nécessaire » : « nous l'avons dit au pape qui a répondu : “C'est bien. Nous voulons un débat. Nous ne voulons pas d'une Église qui dorme, nous voulons une Église vivante”. Le résultat dépendra du synode et du pape, dans les deux prochaines années. »