Famine en Corée du Nord : Intervention de responsables religieux du Sud

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ROME, Vendredi 23 juillet 2010 (ZENIT.org) - Des leaders de différentes religions de Corée du Sud s'apprêtent à envoyer une aide humanitaire d'urgence à leur voisin du Nord, malgré l'aggravation récente de la crise entre les deux pays et les sanctions prises par la communauté internationale à l'encontre de Pyongyang, annonce « Eglises d'Asie » (EDA), l'agence d'information des Missions étrangères de Paris (Bulletin EDA n. 534).

Religious Solidarity for Reconciliation and Peace of Korea, un rassemblement interreligieux, a annoncé lors d'une conférence de presse le 19 juillet, qu'il avait l'intention de traverser la frontière et de distribuer le 26 juillet prochain, 300 tonnes de farine en Corée du Nord (1).

Ce projet se met en place alors que la tension entre les deux Corées est encore montée d'un cran ce 22 juillet, avec les dernières menaces de Pyongyang à l'encontre de Séoul et de Washington qui doivent débuter ensemble ce week-end des manoeuvres militaires en mer Jaune et mer du Japon. Cet exercice militaire commun est présenté par les deux pays comme un « message fort » envoyé à la Corée du Nord. Il s'inscrit également dans le cadre des sanctions exercées à l'encontre du pays stalinien depuis le torpillage le 26 mars dernier d'une corvette sud-coréenne, dont la responsabilité a été imputée à Pyongyang, deux mois plus tard, par une enquête internationale. La Corée du Nord qui nie toute implication dans l'affaire, menace de riposter militairement en réponse à ces « accusations mensongères » (2).

A la suite de cet incident, l'un des plus graves survenus entre les deux Corées depuis l'armistice de 1953, Séoul avait annoncé la suspension de la majeure partie de ses aides humanitaires apportées à la Corée du Nord (avec une exception pour celles destinées aux enfants).

De précédentes sanctions économiques et financières avaient déjà été prises par le gouvernement de Lee Myung-bak qui, depuis son arrivée au pouvoir en 2008, s'était toujours montré partisan d'une politique de fermeté envers Pyongyang. A plusieurs reprises, il avait rencontré sur ce sujet, l'opposition de l'Eglise catholique et de divers mouvements religieux et humanitaires qui avaient fait part de leur crainte que les populations civiles ne soient les principales victimes du conflit politique.

Religious Solidarity for Reconciliation and Peace of Korea (RSRPK) qui a annoncé le 19 juillet son intention d'apporter une aide alimentaire d'urgence en Corée du Nord n'en est pas à sa première démarche. Ce rassemblement interreligieux de bouddhistes, catholiques, protestants, adeptes du Cheondo-gyo (3) et du bouddhisme won - deux religions autochtones-, avait déjà demandé en juin dernier au gouvernement sud-coréen de renoncer aux sanctions économiques prises contre la Corée du Nord (4). Il avait rappelé l'issue dramatique prévisible que représenterait pour la population nord-coréenne, sous-alimentée depuis des années, l'arrêt d'une aide humanitaire dont elle était totalement dépendante.

Le 15 juillet dernier, Amnesty International a rendu un rapport accablant sur le système de santé du régime de Pyongyang et sur la lutte que doivent mener les Nord-Coréens pour leur survie (5). Selon les témoignages recueillis, plusieurs milliers de personnes seraient mortes de faim cet hiver, et ce dans une seule province. Depuis les années 1990, le gouvernement, incapable de résoudre la crise alimentaire mais refusant l'aide internationale, incite la population à se nourrir de plantes sauvages (racines, écorces, herbes), malgré le fait que bon nombre de ces plantes se révèlent toxiques et que leur consommation entraîne une augmentation des décès.

Pour son convoi d'aide alimentaire, le RSRPK a obtenu l'accord, indispensable, de son gouvernement. La distribution des sacs de farine devrait se faire à Kaesong, le complexe industriel commun aux deux pays et situé sur le territoire de la Corée du Nord, proche de la frontière. « Nous avons l'approbation du ministre de l'Unification », a déclaré à l'agence Ucanews le P. John Kim Hun-il, l'un des membres du groupe interreligieux. « Mais je regrette que notre gouvernement, qui dit chercher la réunification de la Corée, ait limité le nombre de ceux d'entre nous qui pourraient accompagner le convoi ». Le ministre a en effet refusé d'envoyer à Kaesong la trentaine de religieux qu'avait demandé le RSRPK pour distribuer l'aide alimentaire, préférant un accompagnement plus discret de 5 ou 6 responsables seulement.

« La route vers le Nord est bloquée. Tout ce que nous voulons, c'est distribuer notre farine et jouer un rôle dans la relance du dialogue et de la coopération avec le Nord », conclut le P. Kim Hun-il.

Notes

1. Ucanews, 21 juillet 2010

2. Le torpillage du Cheonan, corvette sud-coréenne le 26 mars 2010 a fait 46 morts et déclanché une crise diplomatique grave. La Corée du Sud et les Etats-Unis, s'appuyant sur les conclusions d'une enquête internationale rendue en mai dernier, ont accusé la Corée du Nord d'être responsable du tir de missile à l'origine du naufrage. Pyongyang qui nie toujours toute implication dans l'incident, a menacé la communauté internationale de « guerre totale » si les Nations Unies prenaient des sanctions à son encontre. Le 9 juillet dernier, le Conseil de sécurité de l'ONU s'est contenté de condamner « l'attaque » sans nommer directement les responsables.

3. Le Cheondo-gyo (ou Chodo-gyo) est une religion syncrétique locale à tendance patriotique et nationaliste. Elle serait inspirée d'une révolte paysanne qui a éclaté à la fin du XIXe contre le régime féodal.

4. Voir EDA 532

5. Ce rapport intitulé The crumbling State of Health Care in North Korea, s'appuie sur des témoignages récents de réfugiés et des entretiens avec des professionnels de santé qui ont fui la Corée du Nord. Alors que Pyongyang continue d'affirmer que les soins sont gratuits et parfaitement adapté aux besoins de la population, l'ONG décrit un système « à l'agonie », propice à « la propagation des épidémies » et rongé par la corruption. Amputations sans anesthésie, seringues non stérilisées, refus de soin, pénurie de médicaments, sont quelques-uns des exemples donnés par Amnesty International pour décrire les conditions sanitaires et médicales en Corée du Nord.