France : Eugénisme, le prof. Testart tire le signal d’alarme

Le Dépistage pré-implantatoire (DPI) en question

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ROME, Lundi 16 octobre 2006 (ZENIT.org) – La revue de presse de la Fondation Jérôme Lejeune fait état d’une nouvelle alerte de Jacques Testart sur le caractère eugénique du Dépistage pré-implantatoire (DPI).



Jacques Testart, directeur de recherche à l’Inserm, analyse comment le dépistage préimplantatoire (DPI) a glissé du dépistage de maladies monogéniques au dépistage de facteurs de risques, indique « Gènéthique » (www.genethique.org).

Il y a 20 ans, il avertissait déjà dans son livre « L’œuf transparent »* du risque « potentiellement eugénique » du DPI.

Les praticiens décident, au cas par cas, si tel handicap est « d’une particulière gravité » et justifie de ce fait un DPI. Seules les limites technologiques peuvent s’opposer à certaines demandes de parents. Pour J. Testart « la fabrique de l’enfant s’inscrit de plus en plus en mission responsable où on craint davantage la légèreté des géniteurs (consommation d’alcool ou de tabac par exemple) que les abus technologiques ».

Le DPI a été conçu pour éviter l’implantation d’embryons atteints de maladies monogéniques afin de ne pas pratiquer ultérieurement une interruption médicale de grossesse (IMG). Mais, pour Jacques Testart, le nombre élevé des critères de tri des embryons par DPI étend de facto les indications d’exclusion par rapport à celles de l’IMG. Le DPI a ensuite franchi une étape supplémentaire en dépistant des embryons porteurs de risques de cancers et d’autres « maladies à prédisposition génétique » au nombre potentiellement infini. Ainsi « certains praticiens revendiquent même le DPI pour sélectionner l’embryon ayant les meilleures promesses de QI ».

J. Testart montre que la sélection de l’enfant selon son sexe, acte « discret » en occident et « ouvertement revendiqué en Asie », est une « caricature dramatique de l’opinion médicale occidentale » qui s’arroge le droit d’identifier des vies « qui ne valent pas la peine d’être vécues ».

En France, les trois centres de DPI prévoient le dépistage de quarante anomalies génétiques différentes. J. Testart s’inquiète d’une pratique « qui, pour chaque embryon, cumulerait tous les marqueurs disponibles d’anomalies ou de risques d’anomalies afin de retenir l’embryon qui présenterait le meilleur profil génétique ». La limite technique d’un tel « DPI multipotent » est le nombre « limité d’embryons » disponibles (environ 10 embryons par couple) car étant donné la large palette des « exigences de normalité », il sera difficile sur 10 embryons d’en identifier 1 « entièrement normal ». Afin de permettre à un couple d’obtenir plus d’embryons sans passer la pratique contraignante de la stimulation ovarienne, plusieurs laboratoires tenteraient de « fabriquer » des ovules par des techniques impliquant la différenciation in vitro de cellules ovariennes immatures.

Pour éviter l’utopie de l’enfant parfait, Jacques Testart propose de poser des limites à l’extension du DPI. En 2000, date de l’introduction du DPI en France, avec Bernard Sèle (CHU Grenoble) il avait proposé « de limiter définitivement le DPI à l’établissement du caryotype et à la recherche d’un seul variant (gène) pathologique pour l’ensemble des embryons présents chez un même couple » afin d’éviter « le formatage d’un Homo geneticus universel ». Cette proposition n’avait rencontré qu’indifférence, voire hostilité …

* L’œuf transparent de J. Testart, Ed Flammarion, 1986.

© genethique.org

Source : Le Monde (Jacques Testart) 14/10/06