France: la Manif de l'intérieur, témoignages

Troisième mobilisation nationale contre la loi Taubira

Rome, (Zenit.org) Anne Kurian | 825 clics

Après le 13 janvier et le 24 mars, les opposants à la loi du « mariage pour tous », ou loi « Taubira », ont organisé leur troisième manifestation nationale hier, dimanche 26 mai 2013, à Paris. Un million de personnes, selon les organisateurs, venues de toute la France et de l’étranger (Belgique, Allemagne…) ont manifesté, dans le calme et la détermination.

Elisabeth, 19 ans, est partie de Lyon en car, à 6h pétante du matin, avec sa sœur et des amis. Aucun retard parmi les passagers, âgés de 13 à 83 ans. Sur la route, de nombreux autres véhicules, bus, berlines, monospaces, montent sur Paris, banderoles de la « Manif pour tous » au vent… les uns et les autres se lancent des signes de soutien mutuel, dans la bonne humeur d’un jour pas comme les autres.

La forte mobilisation est palpable dès le péage de l'autoroute à Saint-Arnoult, où les CRS escortent les cars par quinzaine, afin de gérer l’afflux. Arrivés à Paris, les cars sont conduits sur trois points de rendez-vous : Porte Dauphine, Porte de Saint-Cloud et gare d’Austerlitz.

13h30. Porte Dauphine, les Lyonnais piétinent une bonne heure, avant que le signal de départ ne soit donné. Qu’à cela ne tienne : l’ambiance ne faiblit pas : « Un père, une mère, c’est élémentaire », martèlent les participants, appuyant leurs slogans à coups de sifflets et de clameurs.

Dans la foule, certains arborent des emblèmes notables : un coq vivant, accompagné de l'affiche « pas de poussins heureux sans ma poule » ; des cloches de vaches jurassiennes qui sonnent à tout-va ; des pancartes faites maison telles « Maman j’ai un CDD – Utérus – 9 mois bien payés », ou encore « 26 mai 2013 : dernière fête des mères ». En France, c'était la fête de toutes les mamans.

Dans les haut-parleurs, les animateurs soulignent : « aujourd’hui est une journée historique ! » et ils entraînent le cortège à répéter : « on ne lâche… rien ». C’est le mot d’ordre de la foule, déterminée, mais paisible. « 1,2,3, silence ! », demandent les animateurs. Docile, la foule se tait, le silence plane sur des milliers de personnes… « On fait du bruit ! » et c’est le déchaînement, coups de sifflets, déchaînement de clameurs, les drapeaux sont secoués dans tous les sens: « Ça marche bien malgré le nombre ! », s’étonne Elisabeth.

Il y a aussi de fréquents appels à la non-violence : « Gardons notre calme car c’est la non-violence et la détermination qui désarmeront le gouvernement ». Dans la foule de tous âges, familles, enfants, personnes âgées, les conversations vont bon train. Une dame propose ses dragibus à la ronde, une jeune fille partage ses biscuits… Les manifestants piétinent mais « on ne se dégonfle pas… les gens restent patients, souriants », constate Elisabeth, qui elle-même ressent la fatigue, « mais c’est pour la bonne cause ».

Pourquoi est-elle là ? « Les manifestations, d’ordinaire je n’aime pas vraiment. Mais j’ai une petite nièce qui a à peine 7 mois, et en la voyant vivre, j’ai réalisé combien elle avait besoin de son papa ET de sa maman. Je fais ça pour elle », explique la jeune étudiante au Conservatoire.

Sur les façades, le long du parcours, des banderoles géantes et des draps colorés accompagnent et encouragent les manifestants : « Papa + maman parce que les enfants le valent bien ».

15h15. Le cortège s’ébranle enfin plus énergiquement. L’ambiance est toujours très joyeuse, la foule très animée, et les CRS eux-mêmes sont détendus : « CRS avec nous ! », leur crient les manifestants. « Avec plaisir ! », entendent-ils répondre de l’autre côté.

« Certains parmi nous sont des manifestants aguerris, plaisante Elisabeth : ils connaissent les meilleures techniques pour se procurer de l’eau, trouver des toilettes, ils ont prévu les boules Quies… ». Il en faut en effet pour les oreilles sensibles, entre la sonorisation, les trompettes, les cors de chasse. Sur le bord de la voie, un père de famille joue de la caisse claire, les applaudissements retentissent.

Certains scandent le slogan « on veut du boulot, pas du mariage homo » à leur façon : « on veut du gigot… on veut du porto… ». « C’est vraiment bon enfant », fait observer Marie, une étudiante de 26 ans, venue d’Angers avec d’autres amis.

La jeune fille, lasse de piétiner, décide de presser le pas. Elle se faufile entre les groupes jusqu’au pont de Bir Hakeim, d’où elle contemple la foule gigantesque, devant elle : « là, je réalise qu’on est vraiment nombreux », laisse-t-elle échapper, médusée.

Elle rejoint finalement les Invalides, où les manifestants sont assis sur les pelouses, au soleil. Chacun discute avec ses voisins, dans une ambiance détendue et joyeuse. Marie croise une famille de Valence, et une autre venue d’Avignon avec deux petites filles de 12 et 14 ans adoptées en Russie. Partis à l’aube, tous sont fiers d’être présents.

Au pied du podium, la foule est attentive, à l’écoute : « cela n’a rien d’un mouvement de masse impulsif, constate Marie, on sent presque une communion entre nous tous ». L’animateur rappelle la détermination du mouvement : « nous ne lâcherons pas… nous serons toujours là, partout, tout le temps », insiste-t-il sous les ovations.

17h30. Marie doit repartir, son train n’attendra pas. « Je suis particulièrement touchée par le témoignage du responsable de la délégation des Musulmans de France », confie la jeune fille : « il a exprimé l’opposition des musulmans, en tant que citoyens français, à cette loi contre-nature mais il a aussi dit ces paroles de paix que je garde au cœur : « Je ne cherche pas à vous convertir, ne cherchez pas à me convertir, nous sommes tous des frères ».

Une dame, âgée de plus de 80 ans, venue de Grenoble dans l’un des deux TGV réservés par le collectif de la « Manif pour tous », se prépare également à quitter les lieux : « On arrive à un million, vous verrez qu’on repartira seulement à 150.000 », ironise-t-elle avec une énergie débordante, avant d’ajouter, plus sérieuse : « nous sommes là pour redire vraiment le fondement de la civilisation humaine : la complémentarité homme/femme ! Est-ce qu’on pense à l’enfant ? Qui des deux hommes va-t-il appeler ‘maman’ ? ».

Un couple d’une cinquantaine d’années, du même groupe grenoblois, tire la conclusion de cette journée : « Ces manifestations ont le mérite de nous montrer que nous sommes très nombreux pour défendre la famille… et c’est encourageant. Mais on sent bien les limites de ce genre de mouvement face au déni du gouvernement. On ne peut pas convaincre, on est face à un mur de surdité. Il ne faut surtout pas arrêter la résistance mais il s’agit de trouver une autre forme. Sur la route, nous avons vu une banderole accrochée à une fenêtre, où il était écrit « dans les ténèbres du mensonge, nous veillons ». Les Veilleurs vont dans ce sens : c’est une façon de résister qui ne cherche pas la reconnaissance à tout prix et qui est totalement en accord avec notre conscience ».