France: la « Manif pour tous », un coup de jeune sur la politique (1)

7e manifestation

Rome, (Zenit.org) Monseigneur Tony Anatrella | 1656 clics

« La Manif pour tous » a organisé une 7e manifestation, à Paris, ce dimanche 26 mai 2013. Le peuple était au rendez-vous et l’ampleur des réactions, demandant le retrait de la loi permettant le mariage entre personnes de même sexe, ne fait qu’augmenter. Monseigneur Tony Anatrella continue de développer ses analyses pour les lecteurs de Zenit (voir aussi Zenit du 15 et 22 avril 2013). Il note en particulier que « La Manif pour tous donne un coup de vieux aux politiques » et que le « mariage » homosexuel est la décision la plus ringarde des idéaux de « Mai 68 » ! La Manif pour tous oblige à changer la politique.

Monseigneur Tony Anatrella, psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale, Consulteur du Conseil Pontifical pour la Famille et du Conseil Pontifical pour la Santé, a été parmi les premiers spécialistes au début des années 1990 à alerter l’opinion publique sur les revendications en faveur du «mariage » homosexuel et de l’adoption des enfants, et des dérives suscitées par l’idéologie du gender. À l’époque on croyait naïvement que cela n’arriverait jamais en France. Et pourtant, nous y sommes ! Il suffit de lire ou de relire les ouvrages de Mgr Anatrella pour y découvrir tous les arguments qui sont repris fort heureusement par ceux qui refusent cette loi du « mariage pour tous » : La différence interdite et Époux, heureux époux, chez Flammarion, La tentation de Capoue aux éditions Cujas et Le règne de Narcisse aux Presses de la Renaissance qui vient d’être réédité et qui est également édité en audiolivre aux éditions Saint-Léger-Production. Et enfin, rappelons le dossier Homosexualité et mariage, 9/2004, publié sous sa signature dans Documents Épiscopat et dans les mêmes Documents Le Pacte civil de solidarité 10/1998, et la publication récente du livre : Le Gender, la controverse, éditions Téqui.

Zenit - Quelles sont vos premières réflexions au lendemain de la Manifestation pour tous du dimanche 26 mai ?

Monseigneur Tony Anatrella - C’est un coup donné à la politique et à la famille. C’est également la force de ce rassemblement, le calme, la joie et l’intelligence des gens présents qui impressionnent. Enfin la force spirituelle qui se manifeste ici, à travers des participants qui s’éveillent politiquement pour le sens du mariage et de la famille, est prophétique face aux discours de malheur des ministres et des leaders de gauche et de droite. Le sursaut de la société passera par la culture de la famille.

Les gens sont foncièrement mobilisés et rien ne les découragera pour faire abroger la loi d’un lobby qui réduit la famille à ce qu’elle n’est pas. La loi Taubira est fondée sur une démission de la culture qui nous constitue et sur un double mensonge : celui d’un mariage infondé juridiquement et une fausse filiation avec laquelle on trompe des enfants. L’État n’a aucune légitimité pour redéfinir le mariage. C’est pourquoi la loi doit-être changée, d’autant plus que l’homosexualité n’a rien à voir avec l’hétérosexualité : la société ne peut-être qu’hétérosexuelle. Le reste est une affaire privée.

L’homosexualité fut considérée il y a quelques années comme une maladie et maintenant on passe à un autre extrême en voulant la situer à égalité avec l’hétérosexualité. On s’empêche ainsi de réfléchir sur la nature de l’homosexualité et de savoir situer les gens qui vivent ainsi dans la société. Certains, perdus avec eux-mêmes, ont été récupérés et manipulés par des lobbys qui les ont instrumentalisés en leur faisant croire que leurs problèmes étaient liés à la discrimination et aux « inégalités ». Le mariage est ainsi apparu comme un certificat de reconnaissance pour tous alors qu’il ne peut pas être un facteur d’intégration des orientations sexuelles, et pas davantage une « union civile ». Une cruelle illusion dans laquelle les gens découvrent qu’ils sont bernés et la société entraînée dans un univers irréel. De nombreux homosexuels ne veulent pas de ce mariage car ils savent ce qu’est la famille en vérité.

En même temps, des milliers de jeunes s’éveillent à une conscience politique pour lutter contre cette loi funeste et les « veilleurs » préparent dans le silence, la réflexion et la prière, l’avenir qui reste ouvert grâce à eux. Face aux bruits politico-médiatiques, leur silence est parlant, et c’est grâce à ce silence que des gens qui ne se parlaient pas jusqu’à présent peuvent commencer à le faire.

Quid de l'atmosphère de la Manif et des chiffres?

L’ambiance était foncièrement familiale, une majorité de jeunes étaient présents et les gens d’autant plus déterminés qu’ils ont été humiliés, insultés car présentés comme des casseurs, des extrémistes, et des révoltés face aux intimidations du pouvoir et des caricatures médiatiques. Les autorités civiles ont voulu faire peur, mentir et menacer pour éviter ce rassemblement, et annoncer à l’avance un chiffre de 200.000 manifestants alors que personne n’en savait rien sans avoir vu. La manifestation a été exemplaire et paisible malgré les catastrophes faussement annoncées par les autorités. L’autre enjeu est pour la police de minorer le nombre de manifestants comme on savait le faire à une autre époque dans certains pays. C’est vraiment prendre les gens pour des imbéciles quand on observait toutes les artères bondées des quartiers de Paris où circulait cette manifestation.

En réalité et une fois de plus les manifestants étaient, ce 26 mai, plus d’un million là où les services de police ont conclu à cent cinquante mille. Ce qui n’est pas sérieux ni crédible. Une telle manipulation des chiffres est scandaleuse alors que la place des Invalides était à 17h noire de monde, pendant que les cortèges continuaient à arriver de divers horizons. Tout a été fait pour minimiser et discréditer le phénomène. Ainsi, de nombreuses personnes n’ont pu se rendre aux divers points de rencontre à la suite de contraintes policières. Ces derniers jours, des arrestations arbitraires de la police ont eu lieu, comme par exemple celles de personnes qui portaient le teeshirt avec le sigle de la Manif pour tous ou qui prenaient des photos ou qui déployaient des drapeaux dans la rue. Il y a là une atteinte très grave à la liberté qui ne laisse pas indifférent le Parlement européen.

Des jeunes sont ainsi arrêtés et gardés à vue parce qu’ils font la promotion de la famille. Il faut néanmoins regretter et dénoncer les violences qui se sont produites tardivement après la manifestation avec des extrémistes, étrangers à la Manif pour tous. Mais là aussi un doute persiste au regard de ce qui s’est passé pour savoir quels étaient ces extrémistes et éventuellement, selon le scénario bien connu de longue date quel que soit le pouvoir en place, la présence de fonctionnaires de police en civil venus jouer un rôle d’agitateur ?

Les Français refusent cette loi sur le « mariage » homosexuel, mais son enjeu idéologique est tel que le pouvoir politique est prêt à prendre tous les moyens pour imposer cette réforme alors qu’il n’a pas été élu pour passer son temps à faire des réformes de civilisation pendant que la maison brûle.

Existe-t-il un "droit" au mariage? 

Les responsables politiques répètent souvent comme un leitmotiv le slogan LGBT qui leur a été servi clef en main et qu’ils énoncent comme des perroquets : « Pourquoi refuser pour certains des droits nouveaux alors que cela ne vous enlève rien ? » La réponse est simple : le mariage n’est pas un droit et il ne peut en aucun cas concerner des personnes homosexuelles. Sauf, bien sûr, si l’on veut jouer, dans ce cas, à l’homme et à la femme même si l’on s’en défend alors que ces personnes se définissant à partir d’une orientation sexuelle n’ont pas les compétences psychiques et sociales de la conjugalité. Cette confusion sociétale, fruit de la confusion des sexes et des sentiments, conduit à un détournement des réalités et à une impasse. Le « mariage » entre personnes de même sexe est simplement ridicule et l’acte n’inspire aucune estime puisqu’il ne contribue en rien au lien social. Pire même, ce type de « mariage » vole et s’attribue des symboles qui ne lui appartiennent pas. Dans ces conditions, comment ne pas comprendre que les gens soient révulsés par une telle injustice et n’aient pas envie de voir l’école de la République enseigner des contre-vérités sur la réalité à partir du primat des orientations sexuelles et des thèses extrêmes du gender.

La loi permettant à des personnes de même sexe de se marier a été votée le 23 avril 2012, le Conseil constitutionnel l’a validée le vendredi 17 mai et le Président de la république l’a promulguée le samedi 18 mai, alors pourquoi continuer à manifester ?

Cette manifestation n’est ni un baroud d’honneur, ni un dernier soubresaut mais la continuité d’une mobilisation des citoyens qui ne s’arrêtera pas. Le pouvoir politique a voulu accélérerla mise en place de cette loi face à la peur d’une prise de conscience des enjeux de la population et, de ce fait, de ses réticences. Il ne fallait pas que les gens réfléchissent trop à ce sujet. Cette précipitation signifie qu’il faut l’instaurer de force et au plus vite envers et contre tout. Le vote à main levé au Sénat avec la complicité de sénateurs de l’opposition est l’exemple le plus flagrant de la manipulation dans laquelle nous sommes. Les gens sont excédés par ce laxisme grandissant et déstructurant et sont saturés des excès de langage de ministres militants du gender et des LGBT quand ils affirment de façon consternante, comme l’a fait Mme Bertinotti, le ministre délégué à la famille : « Il ne suffit pas d’accoucher pour être mère ». On peut se demander si nos dirigeants actuels ont encore le sens de la réalité ou s’ils sont dans un monde d’asexués ? La maternité commence bien avec la grossesse et se poursuit par l’accouchement puisque la filiation et l’éducation commencent bien par l’engendrement entre un homme et une femme. Derrière ces malversations langagières avec ce type de slogan, se révèle la volonté d’ouvrir la voie à l’interdétermination sexuelle pour favoriser une pluriparenté à géométrie variable et justifier ainsi des pseudos filiations homosexuelles. 

La plupart des gens qui réfléchissent mesurent les enjeux de cette loi et n’en veulent pas. Il ne faut pas oublier que plus 22.000 maires sur 36.000 s’y opposent et que certains d’entre-eux annoncent déjà qu’ils refuseront de célébrer ce type de « mariage ». Il faut ajouter que le débat n’a pas eu lieu ! Certes les objections ont été entendues, mais elles n’ont pas été prises en compte et encore moins pensées. Pire, elles ont été méprisées et la loi, ainsi imposée, est brouillonne et va donner lieu à de nombreuses confusions psychologiques, sociales et juridiques. Comment maintenant s’étonner que les gens soient dans la rue après avoir assisté à toutes ces manipulations politiques et surtout à une telle répression policière ? La moindre manifestation syndicaliste n’est pas aussi maltraitée que le sont ces jeunes et ces adultes pourtant paisibles et festifs.

Une limite a été franchie et la population en a assez de toutes ces injustices et tous ces manquements à la vérité. Dans ces conditions cette loi n’a rien de respectable. Elle est même illégitime puisqu’elle vole et détourne l’institution du mariage qui procède de la différence sexuelle pour l’attribuer à l’unisexualité. Le Pacs, le mariage et pas davantage une union civile ne peuvent concerner des personnes homosexuelles sauf à être dans le simulacre d’un pseudo couple qui n’existe pas. Seul un contrat de biens ouvert à tous serait le plus adapté plutôt que de vouloir jouer au papa et à la maman sans en avoir les moyens adéquats.

Les pouvoirs publics en appellent à l’apaisement: est-ce possible, dans ces conditions ?

C’est difficile. Des responsables politiques veulent jouer la carte de l’apaisement en affirmant que la loi étant votée, il faut maintenant songer à l’unité de la Nation et s’occuper des vrais problèmes du pays. Mais pourquoi ne pas y avoir pensé avant alors qu’elle est sur le devant de la scène depuis un an comme s’il s’agissait d’une urgence et d’une nécessité avant même de traiter de la question du chômage et de la crise financière et économique, voire de l’enseignement ? Nous sommes en pleine irresponsabilité sociale de la part des dirigeants actuels.

Le Gouvernement a pris une grave décision qui a brisé l’unité de la France en transgressant un invariant humain. Des familles sont divisées et des gens ne se parlent plus à cause de cette maladresse politique. L’unité est très endommagée et ce n’est pas cette loi qui va rassembler et apaiser la population. La preuve : les gens sont dans la rue et il est à parier que cela va continuer si les leaders ne se découragent pas. Il est vrai qu’une partie de la population, relativement conformiste avec l’aide des médias qui formatent les esprits, désinvestit cette question parce qu’elle a d’autres urgences qui ne sont pas prises en compte par le Gouvernement autrement que de la seule façon idéologique d’appréhender la société comme on peut l’observer avec ce que l’on appelle la « refondation » de l’école afin de placer les enfants sous l’emprise du pouvoir politique, d’une conception discutable de la laïcité et des concepts du gender. On se croirait revenus sous la IIIème République. La loi Taubira change la nature de l’organisation sociale de la famille et de la filiation au nom de mœurs délétères. Il s’agit d’une rupture dans la civilisation et après on s’étonne de façonner une société déprimante.

Que demandent les manifestants: quelle est la marge de manoeuvre?

Cette loi est injuste et les manifestants demandent à ce qu’elle soit retirée. Ce qui est tout à fait possible car elle n’est pas au-dessus des réelles nécessités et de la loi morale. Toutes les lois civiles sont réversibles et n’ont rien de sacré. Dans le contexte actuel où la loi civile n’est plus en rapport avec les réalités structurantes de la vie, elle devient une norme idéologique et ce type de norme peut être modifié si les responsables politiques en ont le courage. Le législateur peut très bien décider de ne plus marier à partir d’une certaine date, sans pour autant « démarier » les autres. De toute façon à long terme, cette organisation chaotique est vouée à l’échec et viendra s’écrouler sur le mur de la réalité comme ce fut le cas avec le Mur de Berlin. Lorsqu’une idéologie s’écarte des besoins et des nécessités humaines, elle secrète sa propre mort.

(À suivre)