France: la « Manif pour tous », un coup de jeune sur la politique (3)

Juristes, psychiatres et pédopsychiatres sont contre cette loi

Rome, (Zenit.org) Monseigneur Tony Anatrella | 1208 clics

« La Manif pour tous » a organisé une 7e manifestation - 3e au niveau nationa - , à Paris, ce dimanche 26 mai 2013. Le peuple était au rendez-vous et l’ampleur des réactions, demandant le retrait de la loi permettant le mariage entre personnes de même sexe, ne fait qu’augmenter.

Monseigneur Tony Anatrella continue de développer ses analyses pour les lecteurs de Zenit (voir aussi Zenit du 15 et 22 avril 2013). Il note en particulier que « La Manif pour tous donne un coup de vieux aux politiques » et que le « mariage » homosexuel est la décision la plus ringarde des idéaux de « Mai 68 » ! La Manif pour tous oblige à changer la politique.

Voici le deuxième volet de cette réfléxion: la première partie a été publiée lundi 27 mai, la deuxième, mardi, 28 mai. Mgr Anatrella fait observer que "la grande majorité des juristes, des psychiatres et des pédopsychiatres sont contre cette loi".

Zenit - Le combat des opposants au « mariage pour tous » n'est-il pas un combat d’arrière-garde ?

Monseigneur Tony Anatrella - Ils représentent surtout la modernité et l’avenir, et leur mouvement fait éclater les catégories dans lesquelles on veut les enfermer. Le recours à des classements politiques du passé témoigne d’une certaine paresse intellectuelle. Récemment un journal français du soir affirmait qu’il convient « d’effacer les archaïsmes, d’élargir le champ des droits et des libertés ». Et d’ajouter : « Le mariage lui-même n’obéit plus guère aux motifs traditionnels du lignage ou de la religion, mais bien davantage aux exigences et aux choix de la vie affective, similaires entre personnes de même sexe ou de sexe différent ». Puis d’ajouter que « la famille est le dernier rempart de l’ordre naturel auquel devrait obéir la société ». Et enfin les opposants au projet ont « fait remonter à la surface une homophobie et une intolérance que l’on croyait d’un autre âge. »

Dans ce résumé des critiques contre les manifestants on retrouve tous les clichés convenus que se plaisent à entretenir de nombreux médias. Reprenons-les :

1 « Effacer les archaïsmes » : en quoi est-ce archaïque de rappeler que le mariage a toujours été fondé autour d’un homme et d’une femme, et de leurs enfants ? 

2 «Le mariage n’obéit plus aux motifs du lignage ou de la religion ». Si les gens se marient moins parce que tout est fait pour minimiser le sens de l’engagement, il n’en reste pas moins vrai que le législateur porte une responsabilité importante en attribuant à des concubins (non engagés devant la loi) les mêmes avantages que les mariés. La dévalorisation de la dimension religieuse de l’existence, favorise le cynisme social et la perte de sens.

3 « Choix de vie similaire ». Il ne s’agit pas de « choix similaire » entre une vie psychique et sociale organisée soit autour de la différence sexuelle soit à partir des orientations sexuelles. Je l’ai souvent écrit, on veut remplacer la différence sexuelle par la différence des sexualités, ce qui est irréaliste.

4 « La famille et l’ordre naturel ». Des sociologues nous égarent en voulant briser le lien de la famille avec l’ordre naturel de l’homme et de la femme, en affirmant qu’il y a toujours diverses constitutions familiales pour laisser entendre que l’homosexualité en fait partie. Ce qui est inexact, car la famille a toujours dépendu du principe de la différence sexuelle. Il n’y a jamais eu de « reconnaissance juridique » de la « famille » homosexuelle puisque celle-ci n’existe pas et pas davantage de « conjugalité » entre personnes de même sexe. Répétons-le, la plupart des enfants qui se trouvent dans un contexte homosexuel sont nés d’un père et d’une mère. Selon l’INSEE (cf. Le Monde 15 mai 2013, in Cahier du Monde), il y a en France seulement 100.000 duos de personnes de même sexe pour 16.000 millions de couples (soit 0,6%). Faut-il transformer le code civil pour laisser croire que « la famille » pour tous est une réalité déterminante alors qu’elle n’est qu’une particularité non-décisive pour l’intérêt général ?

5 « L’homophobie ». Dans mon livre Le règne de Narcisse (Presses de la Renaissance), j’analyse ce slogan qui est une injonction prescriptive condamnant toute réflexion sur l’homosexualité et sur le mariage. Il n’y a aucune peur de l’homosexualité : cette peur est celle de certains agitateurs sociaux de ne pas être reconnus dans leur homosexualité. La société n’a pas à reconnaître nos diverses configurations affectives et sexuelles. Seule la différence sexuelle est une source d’institutions, le reste est une affaire privée et n’a aucun intérêt politique sauf à vouloir faire de nos névroses autant d’objectifs sociaux à atteindre. C’est ainsi qu’une société devient folle et encourage les suicides. En réalité ce qui est plus grave est de constater que nous sommes dans l’interprétation projective puisque ce sont les militants LGBT qui, en agressant la société par leurs revendications irréalistes, favorisent la réaction justifiée de la population qui fait œuvre de raison pour ne pas régresser aux représentations premières des identifications homosexuées de la sexualité humaine et qui ne sont pas à la source de la conjugalité et de la filiation.

Nous voyons bien que le monde politico-médiatique répercute des sophismes et des slogans pour considérer comme normale « la banalisation des orientations sexuelles » qui existent parfois en deçà des deux seules identités sexuelles (masculine et féminine) et nous proposent des simulacres de couples et de familles… Il est vrai que nous sommes dans l’ère des apparences !

Il semble que les responsables politiques n’aient pas conscience de tous ces enjeux ...

On peut effectivement s’interroger puisque la grande majorité des juristes, des psychiatres et des pédopsychiatres sont contre cette loi qui ne va pas arranger les affaires de la société. Il y a plusieurs raisons à cela :

1 La situation affective de bon nombre de responsables politiques est loin d’être claire. Certains sont mariés, d’autres sont divorcés, remariés, concubins, d’autres encore ont des doubles-vie, et d’autres sont concernés par l’homosexualité. Le climat affectif dans lequel ils sont ne les prédispose pas toujours à savoir aborder les questions relatives au mariage et à la famille avec le recul, la sérénité, l’intelligence  et la connaissance de la matière elle-même. Leur réflexion est conditionnée et déterminée par le contexte psychologique personnel dans lequel ils sont. Quand on les fréquente de près, on s’aperçoit que, très souvent, ils conçoivent la loi  à travers le besoin d’auto-justifier leurs propres comportements dans ce qu’ils ont de plus problématique. Comment peut-on avoir une saine vision du mariage quand en est encore coincé dans un Œdipe social en opposition avec la réalité conjugale ? L’étude de la psycho-histoire de ceux qui veulent ainsi faire la loi, révèle parfois leur cynisme. Peut-on légiférer quand on méconnaît l’histoire et les enjeux anthropologiques du mariage ? Peut-on légiférer quand on est soi-même allergique à l’idée du mariage et encore enfermé dans un complexe paternel ? Peut-on légiférer à partir de ses névroses affectives sans savoir prendre les distances nécessaires ? Dans ces diverses positions, la loi risque d’être abordée d’une façon purement technique et instrumentale en déshumanisant ce qui fait le mariage et la filiation. Le législateur devient un bricoleur juridique qui s’imagine que tout est techniquement possible dans une sorte d’immaturité sociale des décideurs. On se demande de quoi ils parlent ? Exemple : à l’Assemblée nationale nous étions confondus de surprises en constatant l’argumentaire quasi infantile de la part des membres de la Commission chargée de préparer cette loi. Ils apparaissaient comme des adolescents gonflés d’un sentiment de toute-puissance en se donnant le pouvoir de transgresser la différence sexuelle et les institutions qui en découlent. Certains parlementaires soutenaient que la loi civile doit corriger les inégalités de nature. Sous-entendu : puisque les homosexuels ne peuvent pas se marier, marions-les et donnons-leur des enfants. Un déni de réalité en forme de délire civilisé envahit ainsi les esprits où l’on prétend fabriquer un autre homme.

2 Les responsables politiques sont très liés avec le monde des médias dans lequel se croisent de nombreuses personnes qui sont dans des situations d’homosexualité. Pire même, certains animateurs et journalistes, par exemple, ont ainsi acheté un enfant par l’entremise d’une « mère » porteuse à l’étranger. L’un d’entre-eux est ainsi devenu « père » d’un enfant il y a quelques mois et son compagnon fait de même à son tour afin que chacun ait son enfant à raison de plusieurs milliers d’euros ! Personne ne dénonce cela et c’est ainsi que se crée une complicité entre les uns et les autres au point que ce microcosme décide de ce qui doit faire loi. Il faut observer avec quel acharnement des professionnels des médias et de la politique se font les promoteurs de ces situations qui sont très loin de la préoccupation des français. Toute cette implication affective autorise les manipulations législatives les plus injustes et encore davantage lorsque l’on fait pleurer la France avec des arguments prétendument fondés sur de « l’amour » ! D’une part, ce n’est pas cela l’amour et d’autre part, la loi civile ne se fait pas au nom de « l’amour », mais de l’intérêt général et des droits individuels authentiques.

3 Dans cette affaire comme dans bien d’autres domaines, le pouvoir politique ne maîtrise pas ses dossiers et se trouve complétement dépassé par ce qu’il crée. Il ne sait pas ce qu’il fait, si ce n’est de mettre en acte les projets soutenus tels quels par le mouvement LGTB avec la complicité des Organisations internationales (cf. les agences onusiennes) et le pouvoir des médias qui savent préparer et conditionner les mentalités. Intuitivement, la population pressent bien cet envahissement idéologique d’une définition irréaliste de la sexualité humaine à partir des orientations sexuelles et des thèses du gender qui vont servir de base pour l’éducation sexuelle dans les écoles et contre laquelle les parents auront à se mobiliser. Le peuple réel est oublié et méprisé. Par exemple : le mini-traité de Lisbonne (2007) imposé par le pouvoir exécutif reprenant le texte de La Constitution pour l’Europe (2005) refusé par les français lors du référendum dans laquelle figurait la reconnaissance des « orientations sexuelles », est à l’image de ce semblant de démocratie dans laquelle nous sommes. Ce que le peuple ne veut pas, on lui impose malgré tout; et, si besoin est, avec la force répressive de la police. Un régime devient oppressif et dictatorial lorsqu’il impose une loi inutile et mensongère malgré le refus de plusieurs centaines de milliers de personnes et des élites.

En mai 68 des mouvements d’idées voulaient s’émanciper du mariage et de la famille et à présent de nombreux jeunes les soutiennent ? Comment peut-on comprendre cet écart puisque dans la Manif pour tous les jeunes sont en nombre considérable ?

En effet, dans la révolte adolescente de Mai 68 qui s’est poursuivie dans les années soixante-dix et a pris une forme politique dans les années 1980, l’image du Père et de l’autorité était refusée. Les adolescents prenaient le pouvoir sur les représentations sociales de la vie adulte au bénéfice des représentations plus imaginaires. Toute une génération a abordé la réalité à travers ce prisme qui véhicule une part de dépressivité. On parlait de « l’imagination au pouvoir » ce qui a débouché sur une société infantile. Les enfants des soixante-huitards ont eu à souffrir de l’immaturité de certains parents et de leur incapacité à se situer en adultes et en éducateurs. La dévalorisation du Père a entraîné la dévalorisation de l’homme et de la différence sexuelle. Certains enfants de cette génération, une fois devenus adultes, ont cherché à se situer autrement vis-à-vis de leurs enfants. Et les petits enfants, qui sont à nouveau dans la rue, revendiquent le mariage et la famille fondés par un homme et une femme là où les grands parents commençaient à désinvestir le sens du mariage et de la famille fondé sur l’engagement légal.

Actuellement, les jeunes et les autres générations qui descendent dans la rue viennent revendiquer non pas pour leur retraite mais pour un enjeu de civilisation, celui de la valeur anthropologique du mariage et de la famille. Ils sont très inventifs et créatifs pour innover paisiblement à travers de nombreuses manifestations en petits groupes dans toute la France. Ils finissent par avoir un poids politique insoupçonné au point de donner un coup de vieux à la classe politique toutes tendances confondues. Et encore plus à certains leaders de droite et de gauche qui sont restés ambigus et ambivalents sur la question du « mariage » homosexuel. Au point maintenant de tout abandonner sous prétexte que la loi est votée. Une loi votée n’a jamais représenté une vérité et encore moins une exigence juridiquement fondée. Surtout quand elle se base sur des injustices et sur des principes iniques. C’est pourquoi d’ailleurs, on peut se demander si le « mariage » homosexuel n’est pas la décision la plus ringarde issue des idéaux de « Mai 68 » où l’on imaginait que tout était possible ?

(À suivre)