France: la « Manif pour tous », un coup de jeune sur la politique (4 et fin)

Conseil constitutionnel, les failles d'une décision

Paris, (Zenit.org) Monseigneur Tony Anatrella | 1264 clics

« La Manif pour tous » a organisé une 7e manifestation, à Paris, ce dimanche 26 mai 2013. Le peuple était au rendez-vous et l’ampleur des réactions, demandant le retrait de la loi permettant le mariage entre personnes de même sexe, ne fait qu’augmenter. Monseigneur Tony Anatrella continue de développer ses analyses pour les lecteurs de Zenit (voir aussi Zenit du 15 et 22 avril 2013). Il note en particulier que « La Manif pour tous donne un coup de vieux aux politiques » et que le « mariage » homosexuel est la décision la plus ringarde des idéaux de « Mai 68 » ! La Manif pour tous oblige à changer la politique.

Il analyse les failles de la décision du Cosneil constitutionnel dans ce quatrième et dernier volet (cf. Zenit des 27, 28 et 29 mai 2013 pour les premiers volets).

Zenit - Que penser de la décision du Conseil constitutionnel ?

Monseigneur Tony Anatrella - La décision du Conseil constitutionnel est, elle-même, surprenante et inquiétante, elle suscite de nombreuses interrogations. Elle apparaît davantage comme une décision « politicienne » d’évitement des problèmes majeurs que réellement juridique malgré quelques arguties spécieuses à ce sujet. Elle s’inscrit dans la même lignée que celle du Conseil économique et social qui, après avoir reçu 700.000 pétitions contre cette loi, n’a pas voulu traiter la question. Voilà qui est grave car ces institutions, elles-mêmes, ne sont plus en mesure de dire le droit et de protéger le cadre porteur de la société. Le Conseil constitutionnel a omis de se référer au Préambule de la Constitution de 1946, même si cela n’est pas dit explicitement dans celle de 1958,  qui affirme que « la famille résulte de l’union d’un homme et d’une femme ». Il aurait pu avoir l’intelligence de rappeler que la loi Taubira est en dysharmonie avec cette constance et cet invariant humain scellé juridiquement. Si la famille a pu varier au cours de l’histoire, elle a toujours été composée par un homme et une femme.

De ce fait, les citoyens se sentent abusés et méprisés. D’où leur réaction alors que le pouvoir politique sème le désordre anthropologique et crée des conflits sociaux qui vont se retourner contre la paix sociale. Comment peut-il soutenir que la loi Taubira est une loi d’apaisement alors qu’elle est fondée sur des incohérences et des injustices foncières ? On joue et on manipule le langage pour tromper la société. Cette forme de dictature, au nom d’une oligarchie des orientations sexuelles, est tout le contraire d’une réelle démocratie qui ne décide de rien allant contre l’intérêt général. Le « mariage » entre personnes de même sexe et « l’adoption », ne sont ni nécessaires, ni une réforme juste.

Qu’elles sont les principaux griefs contre cette décision ?

On peut en relever quelques-uns :

1 Le Conseil Constitutionnel nie le principe que le mariage, comme institution sociale, puisse reposer uniquement sur l’homme et la femme ; alors que c’est la différence sexuelle qui est à l’origine de l’institution du mariage dont l’enjeu n’est pas religieux mais anthropologique et social. La différence sexuelle comme le mariage préexistent avant tout pouvoir politique qui se doit de les servir. Dans le Préambule de la loi Taubira, il y a également de graves erreurs historiques puisque le mariage existait bien avant l’avènement de l’Église même si c’est Elle qui a inventé le mariage basé sur l’élection libre de l’homme et la femme (contre les mariages forcés), sur l’égalité des époux, sur le lien d’une fidélité responsable et sur la procréation partagée entre l’un et l’autre. Il n’a jamais existé d’union entre personnes de même sexe validée juridiquement par la société et par l’Église, et encore moins bénie par Celle-ci. 

2 Le Conseil reconnaît que le législateur peut, à lui seul, décider des règles du mariage et le Conseil se refuse à rappeler la réalité que le mariage résulte de l’engagement d’un homme et d’une femme qui exprime l’alliance des sexes. Est-ce à la loi civile de décider de la nature des réalités humaines à partir de laquelle elle se crée uniquement ? L’unisexualité n’est au fondement d’aucune institution. C’est une incohérence qui s’inscrit dans la loi malgré tous les raisonnements juridiques conduits par les plus grands spécialistes en la matière.

3 Le droit positif peut donc instaurer des institutions sans les inscrire dans les limites naturelles de la différence sexuelle. Autrement dit, n’importe quel type de relation pourrait-être à la source d’un mariage. D’où la formule quasi incestueuse et transgressive : « le mariage pour tous » puisqu’il y aurait différentes formes d’amour. Mais est-ce à l’État et à la loi civile de dire ce qu’est l’amour ? Ils n’ont pas compétence pour donner des brevets « amoureux » sous le couvert d’un « mariage » dénaturé dans sa finalité. Toutes les formes d’union ne sont pas nécessairement légitimes au nom des bons sentiments. Sauf à donner la priorité aux affects sur la réalité sociale, mais, dans ce cas, nous restons sur le registre de l’imaginaire comme c’est souvent le cas dans des duos de personnes de même sexe alors qu’ils ne sont ni dans les conditions du mariage, ni dans celles de la génération et encore moins dans celles de l’éducation pour transmettre ce dont un enfant a besoin dans ses processus d’identification à son père (un homme) et à sa mère (une femme).

4 Pour le Conseil, la définition du mariage ne dépend plus de ce qui le constituait naturellement (l’homme et la femme), mais simplement en prenant en compte subjectivement des personnes qui ne sont pourtant pas dans la même situation que celles qui peuvent se marier en vérité, pour leur donner l’apparence de ce qu’ils ne sont pas : deux personnes de même sexe ne sont ni époux, ni géniteurs entre-eux.

5 Le Conseil privatise le mariage puisqu’au nom de « l’amour », l’État se donne le droit de reconnaître et de marier tous les partenaires qui le souhaitent. Il fait régresser le mariage de la famille au couple alors que jusqu’à présent c’est la famille qui était sujet de droit dans la loi et non pas le couple. Le mariage devient un contrat privé signé devant un officier d’état civil. Il perd de son intérêt comme le Pacs l’a déjà altéré.

6 Le détournement du sens de la filiation est flagrant et injuste en devenant asexué. Le Conseil se refuse à accepter le principe de la filiation fondée sur la différence sexuelle, privant ainsi, en partie ou en totalité, l’enfant d’avoir accès à sa filiation maternelle et paternelle. Deux personnes de même sexe ne peuvent pas être « pères » ou « mères » entre-eux. En trafiquant les mots, la loi fait violence à la filiation et à la société.

7 Le plus grave est de constater que le Conseil s’égare en considérant des adultes qui adoptent des enfants comme « des éducateurs » et non plus comme des « parents », ce qui évite de poser des questions essentielles. Pire même, le modèle de la filiation est celui de « l’adoption » et non plus de la génération biologique. L’exception devient la règle alors que les enfants adoptés disent bien que cette situation singulière les fait souffrir puisqu’ils ont été privés de leurs parents. En disant cela, ils ne font pas systématiquement le procès de leurs parents adoptifs qu’ils apprécient et aiment, mais ils se demandent pourquoi ils ont été abandonnés et ils rappellent que cette situation n’est pas la plus bénéfique. Certains ont même pu me dire : « heureusement que dans notre malheur nous n’avons pas été adoptés par des personnes homosexuelles : c’est le contraire de l’amour conjugal et de la parenté ».

8 Enfin « l’intérêt de l’enfant » est, une fois de plus, rappelé par le Conseil mais derrière cette formule vague et confuse, laissée à l’appréciation subjective d’un juge, on découvre souvent qu’elle sert à mieux satisfaire le narcissisme suffisant de certains adultes. Une notion souvent soulignée sans qu’elle soit définie ou, si elle l’est, c’est davantage en termes affectifs qu’en termes structurels. Or l’intérêt de l’enfant est d’être non seulement conçu entre un homme et une femme mais aussi éduqué dans les mêmes conditions de sa conception. L’homme et la femme sont les mieux situés pour répondre à ses besoins que deux personnes de même sexe qui l’enferment dans une relation de miroir et dans l’autosuffisance sexuelle puisque l’alternative de l’autre sexe est exclue du vécu affectif et sexuel de ces personnes.

Cela veut-il dire que l’on change la nature et le sens même du droit ?

Sans aucun doute. Jusqu’à présent le droit s’élaborait au plus près des réalités tangibles de l’existence et les encadrait. Ainsi l’adoption des enfants se réalisait au plus près de ce qu’un enfant aurait pu vivre entre son père et sa mère, et ce n’est que par une fiction juridique qu’on lui attribuait des parents sur le même modèle. À présent le législateur crée des dispositions d’origines subjectives en laissant entendre que la filiation pourrait relever principalement de fictions juridiques. Nous aurions ainsi non plus une filiation bilinéaire entre un homme et une femme, mais au choix une filiation « biologique » ou une filiation « affective ». C’est une fois de plus l’affectif qui prend le pas sur le structurel et sur le social : une forme d’inceste social (l’endogamie des sexes) quand on franchit les frontières du déni de la différence sexuelle. Nous sommes loin d’un progrès quand on veut « instituer » l’homosexualité. Ce qui est en jeu ce ne sont pas les personnes qui sont dans cette attirance particulière et dont je ne parle pas ici, mais qu’on veuille en faire une structure sociale et nous faire croire que c’est du pareil au même entre homme et femme, et source de lien social. Bref, il s’agit plutôt d’une régression juridique puisque nous finissons par perdre le sens de la loi objective. Ce qui posera de graves problèmes juridiques donnant ainsi du travail aux juristes, aux avocats et aux psys qui, après les effets du divorce, auront à soigner ceux du déni de la différence sexuelle.

Au nom du droit positif on soutient l’idée que le législateur doit accompagner l’évolution des mœurs de la société et reconnaître sans aucun discernement les divers comportements qui peuvent se manifester.  C’est ainsi que l’on présente « le mariage pour tous » comme une réforme légitime et nécessaire alors qu’elle est inutile et inique. Elle ajoute de la confusion au brouillage des repères objectifs de ce qui fait couple et famille. 

La loi morcelle davantage le lien social de façon psychotique et le transforme en tribus et en oligarchies à partir de revendications subjectives et fantasmatiques. C’est ainsi que se perd le sens de l’intérêt général, de la solidarité et du respect de l’autre puisque la loi, dans ces conditions, devient de moins en moins respectable. Une loi qui dit le contraire de la réalité, à savoir la différence sexuelle qui fonde le couple, la famille et la filiation, n’a pas d’avenir. Il est absurde pour ne pas dire pervers de laisser supposer que l’on peut « marier » deux personnes de même sexe et avoir deux pères ou eux mères. Comment ne pas y voir un mensonge social d’État, comme je l’ai maintes fois souligné ? Et c’est ce mensonge que le ministre de l’éducation nationale entend faire enseigner dans les écoles. Sommes-nous en train de revenir aux archaïsmes des sociétés gouvernées par le marxisme et en plus fondées sur un athéisme militant d’État ?

Monseigneur Tony Anatrella, psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale, Consulteur du Conseil Pontifical pour la Famille et du Conseil Pontifical pour la Santé, a été parmi les premiers spécialistes au début des années 1990 à alerter l’opinion publique sur les revendications en faveur du «mariage » homosexuel et de l’adoption des enfants, et des dérives suscitées par l’idéologie du gender. À l’époque on croyait naïvement que cela n’arriverait jamais en France. Et pourtant, nous y sommes ! Il suffit de lire ou de relire les ouvrages de Mgr Anatrella pour y découvrir tous les arguments qui sont repris fort heureusement par ceux qui refusent cette loi du « mariage pour tous » : La différence interdite et Époux, heureux époux, chez Flammarion, La tentation de Capoue aux éditions Cujas et Le règne de Narcisse aux Presses de la Renaissance qui vient d’être réédité et qui est également édité en audiolivre aux éditions Saint-Léger-Production. Et enfin, rappelons le dossier Homosexualité et mariage, 9/2004, publié sous sa signature dans Documents Épiscopat et dans les mêmes Documents Le Pacte civil de solidarité 10/1998, et la publication récente du livre : Le Gender, la controverse, éditions Téqui.


Propos recueillis par Anita Bourdin