France : Les Etats Généraux réfléchissent à la manière d’être chrétiens

Débat sur la nécessité ou non d'un nouveau concile

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LILLE, Vendredi 24 septembre 2010 (ZENIT.org) - « Faut-il un nouveau concile ? » C'est l'un des débats qui a eu lieu ce vendredi matin lors des Etats Généraux du Christianisme, qui se déroulent en ce moment à Lille. Devant plus de 300 personnes, Mgr Bernard Podvin et Maître Jean-Pierre Mignard ont dialogué sur ce thème.

« Pourquoi un concile aujourd'hui alors que nous sortons d'un concile ? ». Voilà l'interrogation qui, selon Maître Mignard, émerge face aux questions que pose la société. Pour y répondre, selon lui, l'Eglise invoque régulièrement le concept de réception. Mais « que faut-il recevoir qui n'a pas été reçu », s'est interrogé l'avocat.

Il préfère quant à lui opter pour une démarche plus dynamique : il faudrait, a-t-il expliqué, que les chrétiens se mettent en marche, acceptent de se laisser mouvoir par l'Esprit-Saint. C'est en ce sens qu'il propose un concile, qui ne soit pas forcément un concile de remise à plat ou révolutionnaire, mais un concile de bilan, d'inventaire, d'approfondissement. Durant le débat, il a expliqué que dans une société qui avait beaucoup changé (sur le rapport à l'homosexualité ou la place de la femme), l'Eglise semblait vraiment dépassée. C'est en ce sens que la rencontre des chrétiens (et pas seulement des évêques) au sein d'un concile se justifie, selon lui. Ce dernier serait donc conçu avant tout comme une possibilité de dialogue. « Je crois qu'un chrétien, dans sa vie, devrait avoir l'occasion de vivre un concile », pour permettre une véritable transmission entre les générations, a-t-il ajouté.

A la fin du débat, il est revenu sur la méthode utilisée par l'Eglise pour se faire comprendre et connaître. Cette dernière lui paraît timide, et le « navire semble toujours immobilisé » a-t-il affirmé. Face à cette situation, il a appelé à l'audace, citant Jean Paul II qui invitait à « ne pas avoir peur » !

Durant le dialogue, Mgr Bernard Podvin a quant à lui montré, à travers son expérience concrète, comment les passions se cristallisent autour des choix de l'Eglise concernant ses positions sociales, parfois sans débat. Le porte-parole de la Conférence des évêques de France a invoqué la Parole de Dieu et l'héritage du premier concile (cf. Ac 15) pour rappeler comment ce texte rend compte des débats avant une décision. En outre, le texte biblique parle de la manière dont d'autres villes que Jérusalem ont reçu ce texte. Pour lui, la réception se situe à ce niveau. Et il a prolongé le parallèle : Vatican II ressemble aujourd'hui à l'expérience rapportée dans les actes des apôtres. Cette question de la réception du concile concerne en effet tous les chrétiens, car elle se rend présente à travers l'engagement de l'Eglise dans le cadre de son action caritative, missionnaire, vocationnelle...

Le porte-parole des évêques a également cité de nombreuses expressions d'Eglise (JMJ, mouvements,...) qui montrent qu'elle est vivante. Et il a insisté en disant que la réception du concile Vatican II, c'est cet engagement de l'Eglise dans l'actualité. Il a signalé ainsi que Vatican II n'est pas qu'une parenthèse pastorale, et qu'il ne faudrait pas abandonner ce concile pour passer à autre chose trop vite, car il existe encore de nombreux domaines du concile à redécouvrir et à ancrer dans la vie de l'Eglise. Mgr Podvin a terminé son intervention en donnant le sentiment qui animait tout son discours : « Vatican II vers Vatican III si nous y intégrons des questionnements, comme les thématiques de Benoît XVI ».

Lors de la séance de questions par l'assemblée, Mgr Podevin a continué sur sa lancée, indiquant qu'il fallait surtout, aujourd'hui, créer une culture ecclésiale de réception. Et il a donné l'exemple de la « synodalité » de l'Eglise, qui est déjà en actes. « Si Vatican II était déjà intégrée comme une dynamique spirituelle, ce ne serait déjà pas mal » a-t-il ajouté.

Une autre question a été celle de la gouvernance dans l'Eglise. Fortement sollicité par une assemblée plutôt favorable à l'idée d'un nouveau concile tel que le concevait Maître Mignard, Mgr Podvin a dit qu'aujourd'hui les gens ont faim de comprendre Vatican II, et que bien appliquer le concile aiderait à donner des réponses à cette question de la gouvernance de l'Eglise. Finalement, c'est une question de compréhension et de connaissance de l'Eglise qui permettrait de sortir de l'opposition entre la question de la réforme ou de la continuité du concile.

Une question portait sur l'Eglise et la définition qu'on en a. Comment les gens peuvent-ils y participer officiellement ? Mgr Podvin a rappelé qu'il ne faut pas s'arrêter à ce qu'on pense de l'Eglise, mais qu'il est important de se former pour mieux la comprendre.

Stéphane Lemessin