France: mémoire de la Shoah et sept nouveaux "Justes"

A Soissons, la famille Laplace honorée

Rome, (Zenit.org) Anita Bourdin | 754 clics

C'est aujourd'hui, 8 avril 2013, le "Jour de la Shoah": chaque année, un hommage est rendu lors de ce "Yom HaShoah" aux 6 millions de Juifs tués durant la Seconde Guerre mondiale, victimes des nazis et de leurs collaborateurs.

En France (cf. www.yomhashoah.fr), la cérémonie de la lecture des noms organisée au Mémorial de la Shoah de Paris marque l’un des temps forts de cette commémoration. D’autres cérémonies et manifestations sont organisées partout en France.

Et hier, 7 avril, des cérémonies ont rendu hommage aux Justes qui, en France, au péril de leur vie, ont opposé une limite à l'abomination: Georges et Jeanne MIGNOTET, dans le Vaucluse; Attilio et Marie GARAGNOLI, également dans le Vaucluse, et Robert et Annunciata LAPLACE et Giovanna Maria BIASION, dans l'Aisne.

« Lise Gal-El a fait le déplacement depuis Israël pour participer à la remise de la médaille des Justes, à la famille du Soissonnais qui a veillé sur elle pendant la guerre », rapporte, ce 8 avril, 2013, L’Union de Soissons en ligne.

« Le 16 juillet 1942, une commerçante de la rue des Cordeliers, de confession juive, confie sa fille Lise, 6 ans, à une famille soissonnaise. Le lendemain, elle sera arrêtée et ne reviendra jamais », raconte le quotidien au lendemain de la reconnaissance par le mémorial de Yad VaShem de deux nouveaux « Justes parmi les Nations » à titre posthume du département de l’Aisne, en France : Annunciata Laplace, son mari Robert, et sa mère Giovanna Biasion.

C’était la terrible rafle du Vel-d'Hiv comme l’a rappelé le maire de Soissons, Patrick Day, dimanche 7 avril, lors de la cérémonie en mairie : 13 000 personnes dont 4 000 enfants – dont aucun n’a survécu - furent arrêtés ces 16 et 17 juillet.

Annunciata et Robert Laplace ont veillé sur Lise, au péril de la vie de toute la famille, jusqu'au retour de son père engagé aux côtés des Alliés.

C'est leur fils aîné, Jean Laplace, qui a reçu la médaille des Justes parmi les Nations au nom de ses parents et sa grand-mère.

Lise Gal-El, née Ehrenkrantz, 77 ans, a fait le déplacement depuis Israël : « C'est la réalisation du plus cher de mes vœux, a-t-elle confié. Je peux partir en paix maintenant… Mais bien sûr pas tout de suite ! » Elle a rendu hommage à « Nono » (Robert), « Nana » (Giovanna, la grand-mère) et à « Néné », Annunciata, née Lavetti - « que j'adorais par-dessus tout », confie-t-elle, selon la même source.

Et d’ajouter : « Aujourd'hui encore, j'inculque les valeurs qu'elle m'a transmises à mes enfants et mes petits-enfants. Chez moi, leur portrait est accroché à côté de celui de mes parents. »

« Pendant ces années sans école, Nana lui a appris à lire, Jean lui achetait des livres, ce qui lui a permis de sauter une classe en 1945. Chacun rivalisait de petites attentions pour cette enfant privée de ses parents », rapporte encore L’Union.

Les quatre garçons de Robert et Annunciata sont toujours ses « frères » : « Mes frères me confiaient leur ration de sucre, les filles tricotaient des vêtements pour ma poupée. »

« Mes parents la considéraient comme leur fille », a témoigné Jean Laplace : « C'étaient des moments difficiles. Je suis content que tu sois là… »

"Je suis content que tu sois là!": cette déclaration aussi simple qu'irrésistible résume comment des Justes ont réussi, au péril de leur vie, à opposer une limite à l'extermination décidée à la conférence de Wannsee le 20 janvier 1942.