France : mise en garde contre la décadence

Par le card. Vingt-Trois

Rome, (Zenit.org) | 695 clics

La société française n’est « pas encore tout à fait décadente » mais « on s’en approche si on laisse filer les choses en disant que finalement l’égalité, c’est que tous les particularismes puissent s’exprimer, qu’ils sont tous aussi légitimes, qu’il n’y a plus de règle commune pour faire le tri », estime le cardinal Vingt-Trois.

Le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris et ancien président de la Conférence des évêques de France, évoque de nombreux sujets de société dans un entretien publié dans le quotidien français Le Parisien dimanche dernier, 21 juillet 2013.

Il déplore dans l’ensemble « une société de violence où les réflexes de sociabilité ne sont plus intégrés » et où il n’existe « plus d’objectif commun qui mobilise au-delà des intérêts particuliers ou corporatistes ». En résumé, estime-t-il, la société française n’est « pas encore tout à fait décadente » mais « on s’en approche si on laisse filer les choses en disant que finalement l’égalité, c’est que tous les particularismes puissent s’exprimer, qu’ils sont tous aussi légitimes, qu’il n’y a plus de règle commune pour faire le tri ».

Le cardinal aborde aussi la montée du fondamentalisme musulman : « Si l’école continue d’avoir des comportements laïcistes béotiens, ça ne peut que s’aggraver. Pour lutter contre le fondamentalisme, il faut apprendre aux gens à réfléchir sur les religions, et ne pas faire comme si elles n’existaient pas ».

L’écologie, d’abord au service de l’homme 

Il s’inquiète en particulier de la loi autorisant la recherche sur l’embryon adoptée la semaine dernière : « On est devant un stade élémentaire de l’existence humaine, qui n’a pas toutes les facultés accomplies d’une personne, mais qui mérite d’être traité comme une personne humaine, avec le même respect. »

« On inscrit le principe de précaution dans la Constitution, on l’applique pour les OGM, mais pas pour l’être humain. Pourquoi? L’écologie doit d’abord être au service de l’homme », ajoute-t-il.

Il met en garde contre « l’instrumentalisation de l’humain dans la recherche scientifique » : « on m’oppose que ce sont des embryons qui n’ont plus de « projet parental », donc qui n’auraient pas de valeur humaine. Mais si on pousse cette logique jusqu’au bout, qu’adviendra-t-il demain des grabataires que plus personne ne soutient et qui n’ont plus de projet de vie ? Seront-ils eux aussi disponibles pour la recherche ? »

L’Eglise n’est pas une organisation stalinienne

Evoquant la mobilisation contre le « mariage pour tous », il souligne la nécessité de l’engagement politique : « Il y a des moments où il faut entrer dans un débat institutionnel ». Cependant, précise-t-il, l’Eglise n’est pas « dans une problématique de prise de pouvoir » et n’est pas non plus la tenante « de l’idéologie politique de quelque groupe que ce soit ».

En effet, « ce n’est pas parce qu’on ne gagne pas politiquement que ce qu’on fait ne sert à rien ou que ce qu’on a dit est tombé dans le vide » : « Beaucoup n’avaient pas pressenti que l’enjeu dépassait leur petite histoire personnelle et touchait le bien commun. Si on a permis à des gens de progresser dans leur manière de comprendre la vie, de se poser des questions, alors c’est un résultat important, un bénéfice ».

Il y a eu aussi « beaucoup de débats dans les communautés chrétiennes », poursuit le cardinal : « L’Eglise n’est pas une organisation stalinienne ! Il y a des gens qui peuvent avoir une position différente et ils peuvent l’assumer ».

Pour le cardinal, la journée mondiale de la jeunesse qui s’ouvrira officiellement ce mardi soir, 23 juillet, à Rio de Janeiro est l’occasion de « mesurer la chance de vivre de la foi au Christ… cette richesse est une espérance » et elle doit « être partagée. On n’a pas reçu la foi pour la garder pour soi, mais pour la partager avec d’autres ».