France/Paris/exposition: De la Passion aux passions, un automne baroque

La notion de "passion" et la Passion du Christ

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CITE DU VATICAN, Mercredi 31 octobre 2001 (ZENIT.org) - "La notion de "passion" se place d´emblée dans la dépendance de la Passion du Christ et de ses figurations", explique Frédéric Dassas, directeur du musée de la musique, à Paris, à l´occasion de l´ouverture de l´exposition: "Figures de la Passion" (jusqu´au 20 janvier, Cité de la Musique, à la Porte de Pantin, (cf. cite-musique.fr).




"Un automne baroque" est en effet proposé aux visiteurs, depuis le 23 octobre, grâce à une exposition tout à fait originale, "passionnante", placée sous le signe du dialogue entre la musique et les arts figurés: peintures et dessins alternent en effet avec les petits salons de musique (grâce à des audio-guides individuels) où des morceaux choisis entraînent l´oreille à la suite de l´œil dans cette exploration des passions et cette connaissance intime du cœur humain.

L´exposition propose plusieurs étapes dont le rythme ne lasse ni l´œil ni l´oreille ni l´attention, pas même les "chers souffrants": "De la Passion aux passions", puis le "Cabinet de musique", "Sous l´empire de la passion", et elle s´achève par un "Cabinet du portrait" et un "Cabinet de dessin", passant ainsi de la "Passion" à la "compassion", par la "pénitence" et "l´extase", en lignes, en couleurs et en musique.

Car les musiciens eux aussi "montrent" les passions et même la mort: Charpentier, Lully, Marais, Rameau, Couperin, pour ne citer que les plus fameux. Mais non sans humour, car l´art baroque célèbre la vie: si l´on tremble sous l´orage de Marin Maris dans Alcyone, si l´on s´émeut lorsque Lully module "Alceste est morte", on ne s´amuse pas moins au "fumet de ces chapons" de Jean-Joseph Mouret.

Frédéric Dassas explique: "La notion de "passion" se place d´emblée dans la dépendance de la Passion du Christ et de ses figurations: passions mystiques, martyres, pénitences et extases définissent un premier ensemble de représentations dans lesquelles la douleur se fait joie et la passion compassion. La méditation sur la mort se nourrit de la crainte du péché, de l´espoir de la résurrection, et de la foi en la force rédemptrice de la Passion, garante de la possible communion de l´âme avec Dieu. Les somptueuses représentations religieuses d´un Le Brun, d´un Vouet, ou d´un Tournier, explorent un monde d´une intense ferveur qu´imprègne la douleur du sacrifice christique et auquel répond la grandeur des compositions chargées d´italianismes d´un Charpentier".

D´emblée en effet, comme pour souligner ce mystère de l´incarnation qui fascine les artistes baroques, une trentaine de toiles évoquent la Passion du Christ interprétée par Philippe de Champaigne, Charles Le Brun, Claude Mellan. La Passion éveille la compassion, comme l´exprime cette "Déploration" de Guy François, celle de Claude Mellan, le Christ en Croix pleuré par les anges de Noël Coypel, la Sainte Face, de Mellan aussi, et de Philippe de Champaigne.

Mais les femmes ont dans l´Evangile, et dans les toiles des maîtres du baroque, le privilège de cette compassion: c´est la Vierge des Douleurs de Thomas Blanchet ou celle d´un élève de Philippe de Champaigne. Marie, Véronique, et surtout Madeleine. L´amour se fait extase sous le pinceau de Louis Finson. Etroitement unis à la peine et à la joie des hommes, deux anges soutiennent la Madeleine de Simon Vouet et celle de Claude Mellan, qui la peint aussi surprise dans sa méditation, tandis que Nicolas Régnier et Jean-Baptiste Santerre, préfèrent le visage de Madeleine pénitente.

Le sculpteur Jacques Sarazin l´associe à saint Pierre: Pierre et Madeleine, deux marbres de l´artiste encadraient en effet la Crucifixion de Vouet, dans la chapelle du chancelier Séguier.

Face à la repentance de Madeleine, présente à l´heure de l´épreuve, au pied de la Croix, les artistes baroques ont ainsi aimé représenter Pierre, l´absent de la Crucifixion, pleurant son reniement. C´est le cas d´Hyacinthe Rigaud, et de Mellan encore, au visage saisissant. Isolé dans un désert aride, Pierre se repent de sa lâcheté. La culpabilité qui le tourmente est suggérée par la scène de la Crucifixion, à gauche de la composition, et, symboliquement par l´énorme masse du rocher. Mellan aimait ce Pierre qui lui ressemble: après avoir fréquenté, à Rome, le cercle des Libertins, il "se plaisait dans la solitude", témoigne un contemporain.

L´exploration des passions se poursuit dans un foisonnement ordonné, à travers l´histoire et les portraits. L´exposition s´achève sur une promesse: prolongée par une importante série de concerts et différentes rencontres, elle constitue le premier volet d´un diptyque dont le second, "L´invention du sentiment" (2 avril-3 juin 2002) sera consacré à la naissance du mouvement romantique.

A noter: ouvert de 12 h à 18 h, jusqu´à 20h les soirs de concerts (dimanche, 10 h-18 h, fermé le LUNDI).