France : Un épidémiologiste soutient le discours du pape sur le préservatif

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ROME, Vendredi 11 Septembre 2009 (ZENIT.org) - Pour René Ecochard, professeur de médecine, épidémiologiste, chef de service de biostatistique du CHU de Lyon, « le discours de Benoît XVI sur le préservatif est tout simplement réaliste ».

C'est d'ailleurs le titre d'un texte qu'il a co-signé en avril dernier, après le voyage de Benoît XVI en Afrique (17 au 23 mars) et la polémique lancée par les médias occidentaux sur les propos du pape sur le préservatif.

Récemment interviewé par l'hebdomadaire français La Manche Libre, le professeur Ecochard a regretté le « manque de réalisme » existant « sur cette question qui est prisonnière de l'idéologie ». C'est « comme si l'opinion perdait ses repères dès qu'elle aborde ces questions de la sexualité et la famille », a-t-il ajouté.

René Ecochard estime qu' « il y a eu une erreur de compréhension dans l'opinion ». « Les gens ont cru que le Pape parlait de l'efficacité du morceau de plastique qu'est le préservatif alors qu'il s'exprimait en réalité au sujet des campagnes de diffusion du préservatif. Cela est très différent ».

« Comme tout objet technologique de prévention, le préservatif a une efficacité quantifiée », a-t-il affirmé. Mais « la problématique est ailleurs : tous les épidémiologistes sont d'accord aujourd'hui pour dire que les campagnes de diffusion, dans les pays où la proportion de personnes touchées est très élevée, ne marchent pas ».

Ainsi, si « le préservatif fonctionne quatre fois sur cinq », cela peut suffire « quand le sida est rare ». « Mais dans un pays où 25% des jeunes de 25 ans sont touchés (Kenya, Malawi, Ouganda, Zambie), cela ne suffit pas ». « L'échec de cette forme de prévention est une réalité épidémiologique ».

« Entouré d'experts, bien informé par l'Académie des sciences à Rome, le Pape maîtrisait parfaitement cette question avant de se rendre en Afrique », a-t-il aussi ajouté.

Dans cette interview, René Ecochard s'est notamment arrêté sur le cas de l'Ouganda, le seul pays « où le nombre de malades a été divisé par trois à l'âge 25 ans ». « En plus de la campagne sur le préservatif, ce pays a mené une vaste campagne basée sur le triptyque ABC (Abstinence, Fidélité, Chasteté ou préservatif) ». « Couple présidentiel, groupes religieux, écoles, entreprises... tout le monde a soutenu cette campagne rappelant que le sida sera combattu si chacun retrouve des attitudes sexuelles conformes aux traditions familiales », a-t-il expliqué.

« Cela n'est peut-être pas facile à reproduire d'un pays à l'autre mais aujourd'hui, c'est le seul espoir », a ajouté l'épidémiologiste français.

Aujourd'hui, « plus de 60% des scientifiques sont en faveur des campagnes ABC », a-t-il ajouté, rappelant que c'est ce que « prône d'ailleurs l'ONUSIDA ».