Gitans : la visite de Paul VI à Pomezia, par le P. Bentoglio

Rencontre mondiale au Vatican

Rome, (Zenit.org) Rédaction | 317 clics

"L’Église encourage l’adoption de mesures adéquates (...) pour la protection des droits des Gitans, surtout dans les secteurs névralgiques du statut personnel, du droit au logement, à la santé, au travail et à la formation professionnelle, à la scolarisation, au libre accès aux services publics et au droit à la non-discrimination", demande le Vatican.

La Rencontre mondiale des promoteurs épiscopaux et des directeurs nationaux de la pastorale des Gitans s'est tenue au Vatican, ce 5-6 juin, sur le thème : « L’Église et les Gitans : annoncer l’Évangile dans les périphéries ».

En préparation du 50e anniversaire de la visite du pape Paul VI au camp de Pomezia, voici l'intervention du P. Gabriele F. Bentoglio, sous-secrétaire - "numéro 3" - du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement, dans notre traduction intégrale de l'italien.

A.B.

Intervention du P. Bentoglio

Je suis heureux de vous saluer au début des travaux de cette seconde journée. Il me revient d’introduire cette réflexion sur la célébration du cinquantième anniversaire de la visite du pape Paul VI au camp des Gitans à Pomezia, le 26 septembre 1965. Cet événement a été souvent évoqué au cours de votre rencontre. Et c’est juste, parce que nous sommes réunis ici pour en préparer la digne commémoration, ou plutôt le « jubilé » pour le peuple gitan.

1. La rencontre de Pomezia – Un peu d’histoire

L’histoire des Gitans est tristement marquée par le rejet et les persécutions, les préjugés et l’hostilité. Sur elle s’est greffé le germe fécond de la sollicitude particulière de Paul VI qui, déjà lorsqu’il était cardinal, avait rencontré divers groupes de Gitans dans leurs camps. Il avait l’intuition qu’il était nécessaire d’offrir à ce peuple le réconfort de l’Évangile et la joie de l’amour miséricordieux et salvifique de Dieu. Devenu pape, il n’a pas cessé de manifester son intérêt pour ces personnes, qu’il avait définies comme « toujours et partout étrangères, isolées, extérieures, repoussées en dehors de tout cercle social ». Le 26 septembre 1965, à l’occasion de leur pèlerinage international, il est allé leur rendre visite sur leur campement à Pomezia, accompagné de quelques pères conciliaires. Le pape y a célébré la messe et, dans son homélie, il a tracé un programme de foi et d’engagement pour le peuple gitan ; avec des mots pleins d’affection, il les a introduits dans le cœur même de l’Église en disant : « Ici [dans l’Église], vous êtes bien accueillis, ici, vous êtes attendus, salués, fêtés […] Aujourd’hui, peut-être comme jamais auparavant, vous découvrez l’Église. Dans l’Église, vous n’êtes pas en marge, mais, sous certains aspects, vous êtes au centre, vous êtes dans le cœur. Vous êtes dans le cœur de l’Église, [qui] aime les pauvres, ceux qui souffrent, les petits, ceux qui sont déshérités, ceux qui sont abandonnés ». Seul un amour authentique pour l’homme, et pour Dieu, et la reconnaissance de la dignité humaine pouvaient inspirer à Paul VI d’accomplir ce geste historique et unique à l’égard des Gitans, qui lui fit dire : « Ici, vous faites une expérience nouvelle : vous trouvez quelqu’un qui vous aime, vous estime, vous apprécie, vous assiste ». Cette visite a marqué une étape importante dans la pastorale de l’Église pour le peuple gitan à qui elle a manifesté la sollicitude de l’Église, au sein de laquelle il ne doit pas exister d’inégalités liées à l’origine, à la nation ou à la condition sociale.

Quasiment à la fin de son homélie, Paul VI exprime ce désir : « Nous voudrions que le résultat de cette rencontre exceptionnelle soit de vous faire penser à la sainte Église, à laquelle vous appartenez ; de vous la faire mieux connaître, mieux apprécier, mieux aimer ; et nous voudrions que le résultat soit en même temps de réveiller en vous la conscience de ce que vous êtes ; chacun de vous doit se dire à soi-même : je suis chrétien, je suis catholique. »

Un mois après cette rencontre, le décret conciliaire « Christus Dominus », daté du 28 octobre 1965, recommande « de s’intéresser particulièrement à ces fidèles qui, à cause de leurs conditions de vie, ne peuvent pas profiter du ministère ordinaire des curés ou sont privés de toute assistance : c’est le cas des très nombreux émigrants, des exilés, des réfugiés, des marins, des employés des transports aériens, des gens du voyage et d’autres catégories similaires ».

Le document conciliaire et l’œuvre de Paul VI ont été repris par le saint pape Jean-Paul II qui, le 12 mars 2000, dans un geste intensément évangélique de courage et d’humilité, a demandé pardon pour les fautes commises par les fils de l’Église dans le passé. Il lançait ainsi un nouvel itinéraire de dialogue et de réconciliation entre l’Église et le peuple gitan.

Trois ans plus tôt, le 7 mai 1997, le pape Wojtyla avait élevé à la gloire des autels un martyr gitan, l’Espagnol Ceferino Giménez Malla.

Enfin, Sa Sainteté Benoît XVI a reçu les représentants de différentes ethnies de Gitans et de Roms à l’audience du 11 juin 2011, réitérant des gestes et des paroles de proximité, d’encouragement et de fraternité.

2. Motifs et objectif du jubilé

En faisant revivre le souvenir de la rencontre de Pomezia et en gardant comme un trésor de l’histoire la sollicitude pastorale de l’Église pour les Gitans, nous désirons regarder l’avenir avec confiance, reprendre nos engagements pastoraux avec un nouvel élan missionnaire et, en particulier, projeter une nouvelle évangélisation, qui sache faire face aux nombreux défis et problèmes, en particulier au prosélytisme des sectes, aidant à former des communautés chrétiennes préparées et capables de rendre témoignage de leur foi.

Tout jubilé implique un renouvellement des promesses, invite à la conversion et encourage à prendre de bonnes résolutions. Benoît XVI, dans l’encyclique Deus Caritas est, rappelle que « À l’origine du fait d’être chrétien, il n’y a pas une décision éthique ou une grande idée, mais la rencontre avec un événement, avec une Personne, qui donne à la vie un nouvel horizon et par là son orientation décisive. » (n.1) La célébration de l’année prochaine, et en particulier le pèlerinage des Gitanss à Rome et la rencontre avec le Saint Père, seront donc des moments privilégiés pour approfondir leur relation avec le Christ, pour affermir leur foi et renforcer leur union avec l’Église. Le pèlerinage offrira ensuite des moments pour la célébration pénitentielle, pour mieux connaître l’histoire de l’Église en visitant les lieux saints et, enfin, pour réfléchir sur la valeur du témoignage chrétien.

La célébration d’un Congrès mondial à l’occasion du jubilé pourra être un moment de vérification du travail réalisé jusque là, capable de donner un nouvel élan à la pastorale des Gitans, une pastorale pour eux et avec eux.

Certes, aujourd’hui, les Gitans ne sont plus laissés seuls comme dans le passé. En effet, de nombreuses organisations internationales et nationales, gitans ou non, agissent pour leur promotion humaine, sociale, culturelle et religieuse. Il y a des institutions qui élaborent des dispositions en vue de protéger leurs droits fondamentaux et qui donnent vie à divers programmes pour offrir aux jeunes Roms, Sintis et gens du voyage de multiples opportunités de formation professionnelle et de développement intégral.  Il existe aussi de nombreuses propositions de collaboration culturelle internationale ainsi que des initiatives variées pour leur inclusion sociale.

La voie maîtresse à parcourir est celle qui privilégie la recherche de la communion, qui implique essentiellement le respect des droits humains, le respect du droit de l’homme à être un homme, la reconnaissance de sa dignité et de sa dimension sociale, dans des conditions d’égalité. Dignité et dimension sociale, parce que c’est sur ces deux attributs essentiels de la personne que sont fondés les droits humains et leurs limites, qui circonscrivent une notion correcte des processus d’intégration.

En synergie avec les institutions de la Communauté internationale et avec les organismes gouvernementaux, l’Église encourage l’adoption de mesures adéquates qui tiennent compte d’une contextualisation précise dans la protection des droits des Gitans, surtout dans les secteurs névralgiques du statut personnel, du droit au logement, à la santé, au travail et à la formation professionnelle, à la scolarisation, au libre accès aux services publics et au droit à la non-discrimination.

Traduction de Zenit, Constance Roques