Globalisation ne signifie pas fraternité, explique le cardinal Tauran

Interview du président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux

| 2094 clics


ROME, Lundi 3 mai 2010 (ZENIT.org) - De retour d'une rencontre organisée à Bakou (Azerbaïdjan) par le patriarche orthodoxe de Moscou Kirill et des responsables musulmans azerbaïdjanais, le cardinal Jean-Louis Tauran, président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, a affirmé que globalisation et fraternité n'allaient pas forcément de pair.  

Près de 300 représentants chrétiens, juifs, bouddhistes et musulmans se sont réunis pour réfléchir sur le thème « religions et valeurs traditionnelles, dans le contexte de la globalisation ». 

Le cardinal Tauran, qui représentait le Saint-Siège à cette rencontre, a affirmé à Radio Vatican, le 30 avril dernier, que « la globalisation » ne signifiait pas « automatiquement la fraternité, au contraire ». « Il faut se parler entre croyants pour se connaître, voir ce que l'on peut faire ensemble pour promouvoir un dialogue interreligieux qui soit au service de la société, en évitant deux écueils qui sont le relativisme et l'intolérance », a-t-il affirmé.  

Durant cette rencontre, le haut prélat a affirmé avoir essayé « d'exposer l'apport spécifique des croyants à l'édification de ce monde ». « Les croyants rappellent à tout homme qu'on ne vit pas seulement de pain. Que nous avons le devoir de mettre à la disposition de tous le savoir-faire qui nous vient de l'expérience de nos assemblées de prière où diversité et unité se conjuguent harmonieusement ».  

« Il faut toujours se souvenir que chaque fin de semaine, des millions de croyants se réunissent de par le monde pour prier Dieu dans les synagogues, les mosquées, les églises », a-t-il ajouté. « C'est quelque chose de très important pour les communautés mais aussi pour la société tout entière ».  

Le cardinal Tauran a ainsi rappelé la nécessité d'éduquer à l'attention à autrui en enseignant dans les familles, les écoles et les communautés la « pédagogie de la paix » : « c'est-à-dire que nous ne pouvons pas être heureux les uns sans les autres et certainement pas les uns contre les autres ».  

Evoquant les grands défis des chrétiens dans cette région, le cardinal français a rappelé qu'il s'agissait de communautés issues de la persécution. « Pour bâtir la première église au début du siècle dernier, les démarches ont duré 50 ans. Ça donne une idée de ce qu'a été l'héroïsme de ces chrétiens ».  

Aujourd'hui, « la situation est meilleure », a-t-il par ailleurs ajouté, affirmant avoir célébré la messe dans la cathédrale dont il avait bénie la première pierre il y a 10 ans.