Gouvernements avides et jeux de hasard

Le coût social dune mauvaise alliance

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P. John Flynn, LC

Traduction d’Océane Le Gall

ROME, mardi 24 avril 2012 (ZENIT.org) –  Face à une croissance économique encore anémique et un rendement fiscal à la baisse, les gouvernements espèrent pouvoir obtenir des fonds additionnels en facilitant l’accès aux jeux de hasard, par exemple aux Etats-Unis ou en Australie, mais pas seulement.

Dans l’Etat de New York, le gouverneur propose de changer la constitution du pays de manière à légaliser les casinos commerciaux, tandis que dans le Michigan, deux campagnes de mobilisation sont en cours pour persuader les électeurs à approuver la construction de nouveaux casinos de jeux sur le territoire.

Le premier casino de l’Ohio ouvrira ses portes en mai à Cleveland. Un autre sera inauguré quelques semaines plus tard à Toledo, et deux autres sont en chantier. En novembre prochain les électeurs seront appelés aux urnes pour approuver le cinquième casino de cette série.

Pendant ce temps-là au Maryland, toujours en novembre, on votera pour l’ouverture d’un sixième casino et l’ajout de tables de jeux dans les maisons déjà existantes.

Cette proposition a fait l’objet d’une critique du Washington Post,  le 4 avril dernier,  qui prend position contre les jeux de hasard et souligne l’excès d’optimisme  des dernières estimations sur somme que pourraient rapporter les impôts sur le jeu, pour financer l’éducation.

L’éditorial du Washington Post met l’accent sur les dégâts sociaux que  produisent ces jeux du fait de leur impact négatif sur les plus pauvres.

Il est mis en évidence dans un rapport publié en janvier dernier par le « Centre de conversation publique de l’Institut pour les valeurs américaines » (Center of Public Conversation dell’Institute for American Values).

Centré sur New York, le rapport, signé par Paul Davies, est intitulé « Le mauvais pari de l’Amérique : pourquoi le partenariat croissant entre gouvernements et casinos est un pacte avec le diable » (America’s Bad Bet: Why the Growing Government-Casino Partnership is a Deal with the Devil).

L’auteur fait observer que, par rapport aux décennies précédentes, quand le jeu était limité à Las Vegas et à Atlantic City, on assiste à boom des jeux de hasard, qui s’est intensifié ces dernières années, au point que le nombre de casinos présents dans les 27 Etats s’élève aujourd’hui à 500.

La course aux armements

« Beaucoup d’Etats favorisent l’invention de nouveaux jeux de hasard  pour attirer la clientèle et la fidéliser », écrit Paul Davies. «  On va rapidement vers une vraie course aux armements du jeu ». Rien qu’en 2010 la loi sur le jeu a été présentée dans 20 Etats, ajoute-t-il.

Les statistiques officielles les plus récentes datent de 2006 : cette année-là les Américains ont perdu 91 milliards de dollars à cause du jeu.

L’attrait pour le gain rapide et facile, se marrie bien avec la mentalité contemporaine de la gratification instantanée, commente Paul Davies. La plupart des joueurs  viennent de catégories moins capables de soutenir les frais de leurs inévitables pertes : personnes âgées, minorités et classe ouvrière.

D’après les statistiques de Paul Davies, les quatre casinos qui seront ouverts prochainement dans l’Ohio, produiront 110.000 joueurs à problèmes et pathologies.

Le jeu a aussi des liens avec le crime organisé, explique-t-il. En 2004,  en Pennsylvanie, deux des 11 licences initiales ont été accordées à des repris de justice.

Les défenseurs du jeu de hasard argumentent que cette activité est source d’emplois. Paul Davies, lui, fait observer que la plupart des employés reçoivent de bas salaires. A Atlantic City, par exemple, le personnel est payé 12 dollars de l’heure.

Le crime et coût social

Les liens entre le crime et le jeu de hasard fait également l’objet d’un rapport publié par la Stop Predatory Gambling Foundation. L’Étude, intitulée Casino et Floride: crimes et coûts pénitentiaires, a été publié au début de cette année.

Le document estime que l’introduction du jeu de hasard dans le Comté de Miami-Dade, en Floride, coûtera au système pénitentiaire 3 milliards de frais en plus pour les dix prochaines années.

Le rapport explique que jusqu’à aujourd’hui, l’étude la plus critique sur l’impact des casinos sur le crime est la Revue d’économie et de statistiques (Review of Economics and Statistics) qui, en 2006, a analysé ces liens entre les casinos et la criminalité pour chaque année comprise entre 1977 et 1996, se basant sur des statistiques du FBI et les recensements fédéraux.

En 1996, 8% des crimes étaient attribuables aux casinos, avec un coût pour chaque adulte, de 75 dollars par an. Cinq ans plus tard, à l’ouverture d’une nouvelle maison de jeux, l’enquête relève que les crimes économiques ont augmenté de 8,6% et les crimes violents de 12,6%.

L’étude examine aussi les taux de criminalité enregistrés dans les comtés limitrophes, et ne relève  aucune baisse de ces taux, amenant ses auteurs à en conclure que le crime n’a pas migré mais a vraiment augmenté.

Financement inefficace

Un des arguments utilisé en faveur du jeu de hasard est celui selon lequel les club et casinos distribuent une partie de leurs revenus à des groupes et des communautés locales. Or, un tout nouveau rapport publié en Australie montre que ce soutien ne tient pas compte des coûts associés au jeu.

Dimanche dernier, 22 avril, l’organisme de bienfaisance « UnitingCare Australia » a publié un rapport commandé par la Monash University, offrant une estimation de ce qui est dépensé aux machines à poker et des bénéfices que celles-ci produisent pour la communauté.

Dans l’Etat de Nouvelle Galles du sud, les utilisateurs de machines à poker ont perdu 5 milliards de dollars australiens en 2010-2011, pour un total de plus de 1.000 dollars par adulte. La somme totale donnée à la communauté par l’industrie du hasard fut de 63,5 millions, qui représentent l1,3% des pertes aux machines à poker. Dans les Etats de Victoria et Queensland, les proportions sont respectivement de 2,4% et 2,3%.

Les machines à poker, conclue le rapport, « représentent  une méthode extrêmement inefficace et coûteuse pour financer les activités sportives et les œuvres de bienfaisances des communautés ».

Un jeu de hasard plus répandu peut être attirant pour les gouvernements mais au détriment total des personnes, sur lesquelles ils doivent veiller socialement.