Gratitude du pape François envers la curie romaine

Et "objection de conscience aux bavardages"

Rome, (Zenit.org) Anita Bourdin | 639 clics

« Je ressens le besoin, en mon premier Noël d’Évêque de Rome, de vous dire un grand «merci» », a déclaré le pape François dans son premier discours pour l’échange des vœux de Noël avec la curie. Il a aussi invité à une forme d’« objection de conscience » utile dans cette communauté de travail:  l’ « objection de conscience aux bavardages ».

Chaque année, ce discours est très attendu, il fait habituellement le bilan de l’activité de l’Eglise et du pape pendant l’année écoulée et il ouvre des perspectives d’avenir. Il fait pendant avec le discours de janvier au Corps diplomatique, radiographie de l’Eglise et de la situation du monde. Déjà le pape Benoît XVI avait innové, centrant son discours sur l’interprétation de Vatican II (2005) ou sur un bilan de ses voyages au cours de l’année, par exemple, de la Journée mondiale de la jeunesse de Sydney (2008).

Le pape François, on s’y attendait, innove un nouveau style : pas de bilan, pas de passage en revue de l’année. Il a consacré son allocution à la figure idéale du collaborateur de la curie en prenant comme modèle saint Joseph. Un discours de pasteur à ceux qui lui sont confiés en tant « qu’évêque de Rome », et soucieux de leur sainteté.

« Je ressens le besoin, en mon premier Noël d’Évêque de Rome, de vous dire un grand « merci », aussi bien à tous en tant que communauté de travail, qu’à chacun personnellement. Je vous remercie pour votre service de chaque jour : pour le soin, l’application, la créativité ; pour l’engagement, pas toujours facile, à collaborer au bureau, à s’écouter, à se confronter, à valoriser les différentes personnalités et qualités dans le respect réciproque », déclare le pape, avant de poursuivre par un hommage appuyé à ses collaborateurs : « Des personnes qui travaillent avec compétence, avec précision, avec abnégation, accomplissant avec soin leur devoir quotidien ».

Au moment où le pape opère un discernement pour fuseler davantage les organismes romains au service de la nouvelle évangélisation, il a en quelque sorte brossé le portrait-robot du collaborateur idéal qui réunit « la professionnalisme et le service » et « la sainteté de la vie » (cf. ci-dessous, "Documents" pour le texte intégral).

Le pape affirme une nouvelle fois « qu’il y a eu et qu’il y a des saints » à la curie, et qu’il l’a déjà « dit publiquement ».

Ces qualités, fait observer le pape, évitent que le travail ne tombe dans la « médiocrité » ou que la curie ne devienne « une pesante douane bureaucratique, d’inspection et d’inquisition et qui ne permet pas l’action du Saint Esprit et la croissance du peuple de Dieu ».

Il invite à vivre « proche de saint Joseph » : « cela nous fera du bien à tous », dit-il en soulignant la discrétion de celui qui a eu la mission de veiller sur la Vierge et sur l'Enfant Jésus.

Car le pape débusque un autre danger qui menace toute communauté de travail: le bavardage, un travers qui est souvent l’objet de ses mises en garde dans ses homélies : « Sainteté dans la Curie signifie aussi objection de conscience aux bavardages ! Nous insistons beaucoup à juste titre sur la valeur de l’objection de conscience, mais peut-être devons-nous l’exercer aussi pour nous défendre d’une loi non écrite de notre environnement, qui est malheureusement celle des bavardages. Alors faisons tous objection de conscience ; mais attention je ne veux pas faire seulement un discours moral ! Les bavardages abîment la qualité des personnes, du travail et de l’environnement. »

Le pape a été accueilli par l'allocution du cardinal doyen du Collège cardinalice, le cardinal italien Angelo Sodano, qui a notamment rappelé les paroles du pape au soir de son élection: il invitait à vivre un chemin de "fraternité", de "confiance" et "d'amour".

Il a rendu hommage au pape émérite Benoît XVI, dont le renoncement à la charge de Successeur de Pierre a frappé le monde entier, le 11 février dernier.

Le pape a remercié le cardinal Sodano de ses paroles et il s'est tourné pour l'accueillir vers le nouveau secrétaire d'Etat, Mgr Pietro Parolin.

Au terme de son discours, le pape a salué un par un les cardinaux présents et ses autres collaborateurs.