Grave pollution en Côte d’Ivoire : « Les habitants d’Abidjan en colère »

Des déchets « européens »

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ROME, Jeudi 7 septembre 2006 (ZENIT.org) – A la suite d’une intoxication massive, « les habitants d’Abidjan sont en colère et attendent avec impatience que les responsables de ce désastre soient punis », a déclaré à l’agence missionnaire italienne Misna une source missionnaire contactée dans la principale ville de Côte d’Ivoire.



Un bilan officiel, remontant à hier, recense 1.500 personnes intoxiquées et 3 morts.

La capitale vit en effet, explique Misna, des « journées extrêmement tendues » depuis la découverte que des déchets hautement toxiques d’une compagnie européenne, dont le bureau principal se trouve en Suisse, la « Trafigura Ltd », ont été déchargés dans la nuit du 19 au 20 août.

Indignée face à ce que l’ONU a qualifié de véritable « catastrophe », la population a protesté hier par une opération « ville morte », accompagnée de quelques altercations entre jeunes manifestants et policiers.

Les barrages érigés hier sur plusieurs rues de la ville ont été enlevés aujourd’hui, après l’appel des autorités à la population pour qu’elle collabore dans la gestion de l’urgence.

Les Ivoiriens attendent maintenant la nomination du nouvel exécutif après la démission du gouvernement annoncée hier soir ; il devrait être dessiné à l’issue de la réunion de 16 h 00 (heure locale) entre le président Laurent Gbagbo et le premier ministre Charles Konan Banny.

Selon la presse locale, les responsabilités seraient attribuées à des fonctionnaires ivoiriens (travaillant au Port et à la douane) et à des ministres.

Des rumeurs – non confirmées - recueillies par des sources de Misna, à Abidjan, indiquent que la police aurait déjà procédé à des arrestations.

Sur le versant de la lutte contre l’intoxication massive des habitants et des conséquences environnementales, cinq experts envoyés par Paris devraient arriver demain pour épauler la cellule de crise mise sur pied par la Mission onusienne dans le pays (ONUCI) en collaboration avec le ministère de l’Environnement et l’Organisation mondiale de la santé (OMS), précise Misna.

L’équipe d’experts doit identifier les substances déversées et les sites sur lesquels se trouvent les déchets toxiques. Des dispensaires improvisés ont été placés dans les quartiers de Cocody et de Treichville, proches du port d’Abidjan.

Misna fait état de « nouvelles confuses » circulant à propos du « Probo Koala », un navire grec battant pavillon panaméen, conduit par un équipage russe, qui a transporté jusqu’à Abidjan le chargement incriminé.

Selon l’organisation Greenpeace, le bateau aurait pris son chargement en Espagne et il aurait navigué pendant des mois à la recherche d’un endroit où se délester de son chargement, se heurtant au refus de 5 pays, notamment du Nigeria.

Selon d’autres sources, le navire serait resté des semaines dans le port d’Abidjan avant de décharger.

Selon la compagnie propriétaire du navire, la « Prime Marine management », contactée par l’Agence France presse, le contenu du chargement n’était pas toxique au départ mais le serait devenu à la suite de réactions chimiques.

La « Prime Marine » a décliné toute responsabilité, ajoutant qu’une fois arrivés dans le port abidjanais, les déchets ont été remis à une société ivoirienne, Tommy, appartenant à la compagnie locale « Puma Energy ». Cette dernière est une partenaire de la « Trafigura Ltd », géant des marchés de l’énergie et des métaux de base, possédant 55 bureaux dans 36 pays (et un chiffre d’affaires qui a effleuré les 30 milliards de dollars l’an passé).

Dans un communiqué, la « Trafigura » affirme avoir informé les autorités ivoiriennes de la nature des déchets, et estime que leur gestion à Abidjan a été « inappropriée ».