Homélie de Benoît XVI à Pompéi (19 octobre)

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ROME, Lundi 20 octobre 2008 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous le texte intégral de l'homélie que le pape Benoît XVI a prononcée dimanche 19 octobre dans le cadre de sa visite au sanctuaire de Notre-Dame du Rosaire, à Pompéi, dans le sud de l'Italie.

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Chers frères et sœurs,

En suivant les traces du serviteur de Dieu Jean-Paul II, je suis venu en pèlerinage aujourd'hui à Pompéi pour vénérer, avec vous, la Vierge Marie, Reine du Rosaire. Je suis en particulier venu pour confier à la Mère de Dieu, dans le sein de laquelle le Verbe s'est fait chair, l'assemblée du synode des évêques en cours au Vatican sur le thème de la Parole de Dieu dans la vie et dans la mission de l'Eglise. Ma visite coïncide également avec la Journée mondiale des missions : en contemplant en Marie celle qui a accueilli en elle le Verbe de Dieu et l'a donné au monde, nous prierons au cours de cette messe pour ceux qui, dans l'Eglise, prodiguent leurs énergies au service de l'annonce de l'Evangile à toutes les nations. Chers frères et sœurs, je vous remercie de votre accueil ! Je vous embrasse tous avec une affection paternelle, et je vous suis reconnaissant des prières que, d'ici, vous élevez sans cesse au Ciel pour le successeur de Pierre et pour les besoins de l'Eglise universelle.

J'adresse en premier lieu un salut cordial à Mgr Carlo Liberati, prélat de Pompéi et délégué pontifical pour le sanctuaire, et je le remercie des paroles avec lesquelles il s'est fait l'interprète de vos sentiments. Mon salut s'étend aux autorités civiles et militaires présentes, de manière particulière au représentant du gouvernement, le ministre pour les Biens culturels, et au maire de Pompéi, qui a mon arrivée a voulu m'adresser des paroles déférentes de bienvenue au nom de toute la population. Je salue les prêtres de la prélature, les religieux et les religieuses qui offrent leur service quotidien au sanctuaire, parmi lesquels j'ai plaisir à mentionner les sœurs dominicaines filles du Saint Rosaire de Pompéi et les frères des Ecoles chrétiennes ; je salue les bénévoles engagés dans divers services et les apôtres zélés de Notre-Dame du Rosaire de Pompéi. Et comment oublier, en ce moment, les personnes qui souffrent, les malades, les personnes âgées seules, les jeunes en difficulté, les détenus, ceux dont les conditions de pauvreté et de difficultés sociale et économique s'aggravent ? Je voudrais assurer chacun de ma proximité spirituelle et faire parvenir à tous le témoignage de mon affection. Chacun de vous, chers fidèles et habitants de cette terre, et vous aussi, qui êtes spirituellement unis à cette célébration à travers la radio et la télévision, je vous confie tous à Marie et je vous invite à être toujours assurés de son soutien maternel.

Laissons-la à présent, Elle qui est notre Mère et notre Maîtresse, nous guider dans la réflexion sur la Parole de Dieu que nous avons écoutée. La première lecture et le Psaume responsorial expriment la joie du peuple d'Isarël pour le salut donné par Dieu, un salut qui est libération du mal et espérance d'une vie nouvelle. L'oracle de Sophonie s'adresse à Israël, qui est désignée par les appellations de « fille de Sion » et « fille de Jérusalem » et elle est invitée à la joie : « Pousse des cris de joie... une clameur d'allégresse... réjouis-toi ! » (So 3, 14). C'est le même appel que l'ange Gabriel adresse à Marie, à Nazareth : « Réjouis-toi, comblée de grâce » (Lc 1, 28). « Sois sans crainte, Sion ! » (So 3, 16), dit le prophète ; « Sois sans crainte, Marie » (Lc 1, 30), dit l'Ange. Et le motif de la confiance est le même : « Yahvé ton Dieu est au milieu de toi / héros sauveur ! » (So 3, 17), dit le prophète ; « le Seigneur est avec toi » (Lc 1, 28), assure l'Ange à la Vierge. Le cantique d'Isaïe se conclut lui aussi ainsi : « Pousse des cris de joie, des clameurs, habitante de Sion / car il est grand, au milieu de toi, le Saint d'Israël » (Is 12, 6). La présence du Seigneur est source de joie, car, là où Il se trouve, le mal est vaincu et la vie et la paix triomphent. Je voudrais souligner, en particulier, la merveilleuse expression de Sophonie qui, s'adressant à Jérusalem, dit : le Seigneur « te renouvellera par son amour » (3, 17). Oui, l'amour de Dieu a ce pouvoir : de renouveler chaque chose, à partir du cœur humain, qui est son chef-d'œuvre et où l'Esprit Saint accomplit au mieux son action transformatrice. Avec sa grâce, Dieu renouvelle le cœur de l'homme en pardonnant son péché, il le réconcilie et lui communique l'élan pour le bien. Tout cela se manifeste dans la vie des saints, et nous le voyons ici de manière particulière dans l'œuvre apostolique du bienheureux Bartolo Longo, fondateur de la nouvelle Pompéi. Et nous ouvrons ainsi en cet instant également notre cœur à cet amour rénovateur de l'homme et de toutes choses.

Dès ses débuts, la communauté chrétienne a vu dans la personnification d'Israël et de Jérusalem en une figure féminine un rapprochement significatif et prophétique avec la Vierge Marie, qui est précisément reconnue comme « fille de Sion » et archétype du peuple qui « a trouvé grâce » aux yeux du Seigneur. C'est une interprétation que nous retrouvons dans le récit évangélique des noces de Cana (Jn 2, 1-11). L'évangéliste Jean met symboliquement en lumière que Jésus est l'époux d'Israël, du nouvel Israël que nous représentons tous dans la foi, l'époux venue apporter la grâce de la nouvelle Alliance, représentée par le « bon vin ». Dans le même temps, l'Evangile souligne également le rôle de Marie, qui est appelée au début « la mère de Jésus », mais que son Fils lui-même appelle ensuite « femme » - et cela a un sens très profond : cela implique en effet que Jésus, à notre grande joie place avant le lien de parenté le lien spirituel, selon lequel Marie personnifie précisément l'épouse aimée du Seigneur, c'est-à-dire le peuple qu'il a choisi pour faire rayonner sa bénédiction sur toute la famille humaine. Le symbole du vin, uni à celui du banquet, repropose le thème de la joie et de la fête. En outre, le vin, comme d'autres images bibliques de la vigne et du sarment, fait métaphoriquement allusion à l'amour : Dieu est le vigneron, Israël est la vigne, une vigne qui trouvera sa réalisation parfaite dans le Christ, dont nous sommes les sarments ; et le vin est le fruit, c'est-à-dire l'amour, car l'amour est précisément ce que Dieu attend de ses enfants. Prions le Seigneur qui a donné à Bartolo Longo la grâce d'apporter l'amour sur cette terre, afin que notre vie et notre cœur aussi portent ce fruit de l'amour et renouvellent ainsi la terre.

L'apôtre Paul exhorte lui aussi à l'amour, dans la deuxième Lecture, tirée de la Lettre aux Romains. Nous trouvons défini dans cette page le programme de vie d'une communauté chrétienne, dont les membres ont été renouvelés par l'amour et qui s'efforcent de se renouveler sans cesse, pour discerner toujours la volonté de Dieu et ne pas retomber dans le conformisme de la mentalité du monde (cf. 12, 1-2). La nouvelle Pompéi, malgré les limites propres à chaque réalité humaine, est un exemple de cette nouvelle civilisation, qui est née et s'est développée sous le regard maternel de Marie. Et la caractéristique de la civilisation chrétienne est précisément la charité : l'amour de Dieu qui se traduit en amour pour le prochain. Or, quand saint Paul écrit aux chrétiens de Rome : « Ne brisez pas l'élan de votre générosité, mais laissez jaillir l'Esprit ; soyez les serviteurs du Seigneur » (12, 11), la pensée se tourne vers Bartolo Longo et les nombreuses initiatives de charité qu'il mit en œuvre pour ses frères les plus indigents. Poussé par l'amour, il fut en mesure de projeter une ville nouvelle, qui s'éleva ensuite autour du sanctuaire marial, comme une sorte de rayonnement de sa lumière de foi et d'espérance. Une citadelle de Marie et de la charité, qui n'était cependant pas isolée du monde, qui n'était pas une « cathédrale dans le désert », mais insérée dans le territoire de cette vallée pour le racheter et le promouvoir. Grâce à Dieu, l'histoire de l'Eglise est riche d'expériences de ce genre, et aujourd'hui aussi on en compte beaucoup dans toutes les parties de la terre. Ce sont des expériences de fraternité, qui montrent le visage d'une société différente, placée comme un ferment au sein du contexte civil. La force de la charité est irrésistible : c'est l'amour qui fait vraiment avancer le monde !

Qui aurait pu penser qu'ici, à côté des vestiges de l'antique Pompéi, serait né un sanctuaire marial de rayonnement mondial ? Et tant d'œuvres sociales ayant pour but de traduire l'Evangile en service concret pour les personnes le plus en difficulté ? Là où Dieu arrive, le désert fleurit ! Le bienheureux Bartolo Longo, à travers sa conversion personnelle, donna lui aussi un témoignage de cette force spirituelle qui transforme l'homme intérieurement et le rend capable d'accomplir de grandes choses selon le dessein de Dieu. L'histoire de sa crise spirituelle et de sa conversion apparaît aujourd'hui de grande actualité. En effet, pendant la période de ses études universitaires à Naples, influencé par les philosophies immanentistes et positivistes, il s'était éloigné de la foi chrétienne devenant un militant anticlérical et s'adonnant également à l'invocation des esprits et aux pratiques superstitieuses. Sa conversion, avec la découverte du vrai visage de Dieu, contient un message très éloquent pour nous, car malheureusement, de telles tendances ne manquent pas de nos jours. En cette Année Saint-Paul, j'ai plaisir à souligner que Bartolo Longo, comme saint Paul, fut lui aussi transformé de persécuteur en apôtre : apôtre de la foi chrétienne, du culte marial et, en particulier, du Rosaire, où il trouva une synthèse de tout l'Evangile.

Cette ville, qu'il refonda, est donc une démonstration historique de la façon dont Dieu transforme le monde : en comblant de charité le cœur d'un homme et en le transformant en « moteur » de renouveau religieux et social. Pompéi est un exemple de la façon dont la foi peut agir dans la cité de l'homme, en suscitant des apôtres de charité qui se mettent au service des petits et des pauvres, et qui agissent afin que les derniers aussi soient respectés dans leur dignité et trouvent accueil et promotion. Ici, à Pompéi, on comprend que l'amour pour Dieu et l'amour pour le prochain sont inséparables. Ici le peuple chrétien authentique, les personnes qui affrontent la vie avec des sacrifices quotidiens, trouvent la force de persévérer dans le bien sans accepter de compromis. Ici, aux pieds de Marie, les familles retrouvent ou renforcent la joie de l'amour qui les garde unies. En préparation à ma visite d'aujourd'hui, un « pèlerinage des familles pour la famille » spécial a donc opportunément été accompli, il y a exactement un mois, pour confier cette cellule fondamentale de la société à la Vierge. Que la Sainte Vierge veille sur chaque famille et sur tout le peuple italien !

Que ce Sanctuaire et cette ville continuent en particulier à être toujours liés à un don singulier de Marie : la prière du Rosaire. Quand, dans la célèbre peinture de Notre-Dame de Pompéi, nous voyons la Vierge Mère et l'Enfant Jésus qui remettent leur chapelet respectivement à sainte Catherine de Sienne et à saint Dominique, nous comprenons immédiatement que cette prière nous conduit, à travers Marie, à Jésus, comme nous l'a également enseigné le pape Jean-Paul II dans la Lettre Rosarium Virginis Mariae, dans laquelle il fait explicitement référence au bienheureux Bartolo Longo et au charisme de Pompéi. Le Rosaire est une prière contemplative accessible à tous : grands et petits, laïcs et clercs, personnes cultivées ou peu instruites. C'est un lien spirituel avec Marie pour rester unis à Jésus, pour se conformer à Lui, faire nôtres ses sentiments et se comporter comme Il s'est comporté. Le Rosaire est une « arme » spirituelle dans la lutte contre le mal, contre toute violence, pour la paix dans les cœurs, dans les familles, dans la société et dans le monde.

Chers frères et sœurs, dans cette Eucharistie, source intarissable de vie et d'espérance, de renouveau personnel et social, nous remercions Dieu car en Bartolo Longo il nous a donné un témoin lumineux de cette vérité évangélique. Et nous tournons encore une fois notre cœur vers Marie avec les paroles de la Supplique, que nous réciterons tout à l'heure : « Toi, notre Mère, tu es notre avocate, notre espérance, aie pitié de nous... Miséricorde pour tous, ô Mère de Miséricorde ! ». Amen.  

© Copyright du texte original : Librairie Editrice du Vatican
Traduction : Zenit