Hommage à ces héros qui sauvèrent les persécutés

Anniversaire de la rafle nazie dans le ghetto juif de Rome

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ROME, mercredi 19 octobre 2011 (ZENIT.org) – Une commémoration des victimes de la rafle nazie perpétrée dans le ghetto juif de Rome, à 5h30 du matin le 16 octobre 1943, a eu lieu dimanche dernier, 16 octobre 2011.

« Une action barbare et inhumaine » qui a conduit à la déportation de plus de 1 000 personnes, hommes, femmes, enfants et vieillards, destinés à être éliminés avec tant d’autres en Europe.

Mais juste au moment où les nazis, aveuglés par la haine raciale, s’apprêtaient à appliquer leur « solution finale », juste au moment où le destin des juifs semblait désormais marqué, des milliers de héros inconnus ont mis leur vie en danger, celle de leurs conjoints, des leurs confrères et consœurs, pour sauver les persécutés.

Malgré les divisions marquées par les lois raciales et le risque de perdre la vie, églises, couvents, collèges et universités pontificales, ont ouvert leurs portes aux juifs pour les accueillir et les protéger. Des histoires émouvantes, poignantes, dont beaucoup n’apparaissent pas encore sur les pages des livres d’Histoire.

Le courage et la charité de milliers de personnes ont continué de nourrir l’arbre de la vie, si durement touché par les offenses de la guerre, de la division politique et de l’intolérance raciale. Grâce aux indications précises données par le pape Pie XII, l’aide apportée par des institutions ecclésiales fut immense.

Selon l’historien Emilio Pinchas Lapide, ancien consul général d’Israël à Milan, « le Saint-Siège, les nonces et l’Église catholique ont sauvé d’une mort certaine entre 700 000 et 850 000 juifs ».

Et Luciano Tas, un haut représentant de la communauté juive à Rome, a écrit dans L’histoire des juifs italiens qu’ « une centaine de couvents, après en avoir reçu l’ordre du Vatican, ont accueilli les juifs », que « des milliers de prêtres les aidèrent », que « des prélats éminents organisèrent un réseau clandestin pour la distribution de faux papiers… ».

De plus, le grand nombre de catholiques ayant reçu la médaille des « Justes parmi les nations » témoigne largement des actions entreprises par l’Église pour protéger les juifs.

Le mémorial de Yad Vashem fondé en 1953 pour perpétuer le souvenir des victimes de la Shoah, et rassemblant les histoires des « Justes parmi les nations » qui ont risqué leur vie pour aider les juifs durant cette période, comptait à la fin de l’année 2010 près de 23 788 personnes.

La très grande majorité de ces Justes sont catholiques. Parmi eux, un fort pourcentage de membres du clergé, des cardinaux, évêques, prêtres, religieuses et religieux, dont beaucoup ont perdu la vie pour avoir sauvé des juifs.

Liana Millu, une rescapée du camp d’extermination d’Auschwitz, rappelle qu’au cours de la guerre « des hommes et des femmes ont pu montrer le meilleur ou le pire d’eux-mêmes ».

Le mal commis a été si grand que beaucoup ont douté de la présence de Dieu.

Mais, comme l’a expliqué saint Paul, « Dieu n’a jamais été absent, même lorsque les gens ont adoré les idoles ». « Nous savons en effet que face à tant de mal il y eut tant de bien. Le sang et les souffrances de chacun de ces héros inconnus a sauvé l’humanité ».

On découvre ainsi que la charité, l’amour du prochain, surtout des plus faibles et des persécutés réussit à vaincre la mort. Raison pour laquelle la souffrance peut aussi prendre du sens.

À ce propos, l’histoire d’Odoardo Focherini et celle de Mafalda Pavia sont significatives :

Odoardo Focherini, mort à 37 ans, n’était pas un super héros. Père de sept enfants, directeur de l’Action catholique et administrateur de L’Avvenire d’Italia, il sauva 105 juifs de la déportation, mais fut capturé par les Allemands et déporté dans le camp d’Hersbruck où il mourut le 27 décembre 1944.

Voici ce qu’il écrivait dans sa dernière lettre: « Mes sept enfants … je voudrais les revoir avant de mourir. Toutefois, Seigneur, accepte ce sacrifice et veille sur eux, ainsi que sur mon épouse, sur mes parents et tous ceux qui me sont chers. Je déclare mourir dans la plus pure foi catholique apostolique romaine, et en pleine soumission à la volonté de Dieu, offrant ma vie en holocauste pour mon diocèse, pour l’Action catholique, pour le Pape et pour le retour de la paix dans le monde. Je vous prie de transmettre à mon épouse que je lui suis toujours fidèle, que j’ai toujours pensé à elle et l’ai toujours intensément aimée ».

Mafalda Pavia, une femme médecin de religion juive, professeur universitaire indépendante à la Clinique pédiatrique, a été sauvée par saint Jean Calabria, qui la cacha dans le noviciat des Pauvres servantes de la Divine Providence de Roncà, dans la province de Vérone.

L’histoire de chacune de ces deux personnes est un exemple qui montre que, même dans un combat inégal, le bien peut l’emporter sur le mal et que, là où le péché abonde, la grâce surabonde.

Antonio Gaspari