Hommage du card. Caffarra à Benoît XVI

« Jésus-Christ se manifeste à travers le successeur de Pierre »

Rome, (Zenit.org) Cardinal Carlo Caffarra | 1356 clics

« Jésus-Christ se manifeste à travers le successeur de Pierre »  le cardinal Carlo Caffara, archevêque de Boglone, dans son homélie prononcée le 2 mars dernier en la basilique de Bienheureuse-Vierge-de-Saint-Luc, au cours d’une messe « Pro eligendo Pontifice », avant son départ pour Rome. Cette homélie est un grand hommage à Benoît XVI qui a « appelé les ténèbres par leur nom ».

Homélie du card. Carlo Caffara

1. « Fais paître ton peuple, Seigneur... le troupeau de ton héritage ». C’est le prophète lui-même (Michée) qui met sur nos lèvres la prière avec laquelle nous mendions de « Celui qui jette au fond de la mer tous nos péchés », d’être guidés par lui et de nous faire paître.

Le Seigneur guide et fait paître son Eglise à travers les hommes qu’il choisit comme sacrements vivants de sa présence active. Le Christ est visible, présent, à travers le successeur de Pierre. A Pierre – et en lui à chacun de ses successeurs – le Seigneur ressuscité a dit: « fais paître mes agneaux ; fais paître mes brebis ».

Le Christ connaît déjà celui qui « fera paître son peuple...le troupeau de son héritage »; il l’a déjà choisi. Nous célébrons cette Eucharistie avec Marie, pour que chacun de nous, les Cardinaux, soit pure transparence à la lumière de l’Esprit; soit pure obéissance à sa motion; soit libéré de toute raison trouble en indiquant le nom de l’élu.

2. Mais une autre raison, non des moindres, nous a conduit en ce lieu, à cette célébration eucharistique. Nous désirons remercier le Seigneur de nous avoir donné un homme comme Benoît XVI. En marchant avec lui durant ces huit années, n’avons-nous pas revécu l’expérience des deux disciples d’Emmaüs? Notre cœur brûlait quand il parlait du mystère de Jésus et de l’Eglise: pour la profondeur, la simple humanité de ses paroles. La lumière éclaire, c’est tout simple; il suffit de ne pas fermer les yeux. Et les simples l’ont compris et vécu.

Mais notre gratitude au Seigneur ne saurait être sincère sans un engagement de notre part à faire nôtre,  de manière plus profonde, le Magistère de Benoît XVI.

Chers frères et sœurs, ce n’est pas le moment de faire une synthèse, même succincte, du magistère de Benoît XVI.  Je me limiterais donc à une réflexion.

Toute source lumineuse, allumée dans un grand espace, éclaire et montre en même temps l’espace obscur.

Benoît XVI a continuellement rendu témoignage à la lumière d’une Présence : la présence du Christ, le Seigneur Ressuscité, dans son Eglise. Dieu n’est pas étranger à ce monde; nous ne sommes pas « sans espérance et sans Dieu dans ce monde ». Tout le Magistère de Benoît XVI, toute sa vie – jusque dans son dernier geste radical – a montré merveilleusement que l’Église est l’Eglise du Seigneur Jésus et que c’est l’Esprit du Seigneur Ressuscité, vivant et actif, qui la guide.

Mais au moment où la lumière s’allume, apparaît la zone d’ombre: « Dieu est Lumière, en lui point de ténèbres » [Jn. 1,5]. Benoît a vu ce choc: à l’intérieur de l’Eglise et dans le monde. Et il a appelé les ténèbres par leur nom.

Dans l’Eglise: l’immoralité et l’ambition des clercs; dans le monde: le refus de Dieu, avoir décider de vivre « comme si Dieu n’était pas là », qui a fini par conduire à vivre « comme si l’homme n’était pas là ».

Chers frères et sœurs, j’ai trouvé une page d’un grand maître du Moyen Age, Guillaume de S. Thierry, qui est à mes yeux le portait spirituel de Benoît XVI.

« L’âme sage porteen elle-même comme l'éclat de la lumière éternelle … Ainsi quand elle se montre devant la créature, elle exprime et présente l’image de la bonté et de la justice de Dieu. Et de même qu’intérieurement elle est imprégnée de la vertu de Dieu, de même à l’extérieur elle répand l’émanation de la clarté et de la charité de Dieu ». [La nature et la dignité de l’amour, 50].

Maintenant le Saint-Père Benoît XVI s’est retiré dans le silence ; il s’est caché au monde. Nous sentons, dans une foi plus pure, que ce geste, descendre dans le silence, est encore plus « racine » pour nourrir l’arbre. Jésus est la vie du monde, et il est invisible, comme s’il ne l’était pas.

Traduction d'Océane Le Gall