« Il faut relancer les missions populaires »

Entretien avec l'évêque de Zrenjanin, en Serbie

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Propos recueillis par Jan Bentz

Traduction d’Océane Le Gall

ROME, mercredi 24 octobre 2012 (ZENIT.org) – « La mission populaire a beaucoup de succès en Serbie  (…) il faudrait que ce synode soit une occasion pour la relancer », estime l’évêque de Zrenjanin (Serbie).

Mgr Ladislav Nemet participe en effet au synode des évêques sur la nouvelle évangélisation.  Zenit l’a rencontré après sa présentation du rapport du groupe germanophone réuni en carrefour, à la suite du débat général.

Il est membre de la Société du Verbe Divin (S.V.D), communément appelles « verbites » ou « missionnaires de Steyl », et parle de son expérience personnelle dans ce pays des Balkans, la Serbie.

Zenit - Excellence, pouvez-vous nous raconter votre itinéraire personnel ?

Mgr Ladislav Nemet - J’ai intégré la Société du Verbe Divin en 1977. Mes supérieurs m’ont envoyé en Pologne, où j’ai complété mon noviciat et mes études. J’ai été ordonné prêtre en 1983, alors que je travaillais dans l’ancienne Yougoslavie. J’ai ensuite étudié à Rome, où j’ai eu un doctorat, puis un poste d’enseignant en théologie. Entre 2004-2007 j’ai été Père provincial en Hongrie et secrétaire provincial de la conférence épiscopale de Hongrie. En juillet 2008, le Saint-Père m’a nommé évêque. Je suis donc retourné, après 30 ans, en Yougoslavie, un pays qui a disparu dans l’histoire. Je suis yougoslave de naissance, mon diocèse se trouve dans le nord du pays et comprend 650.000 âmes, dont 11%  sont de religion catholique. Nous sommes donc une minorité à côté du grand groupe confessionnel des serbes orthodoxes. Nous avons 32 paroisses mais, hélas, aucune école.

Qu’est-ce qui empêche la fondation d’une école?

La raison principale c’est le manque de fonds. Les biens de l’Église, expropriés durant la seconde guerre mondiale, n’ont pas encore été rendus à l’Eglise. Récemment, une nouvelle plainte a été déposée. Pour fonder une école, il faut le bon esprit et de bonnes personnes, mais aussi des fonds. Nous sommes, de ce point de là, une église en diaspora.

L’Eglise souffre-t-elle encore des conséquences de la guerre des années 90 ?

Oui. Les guerres de 1994 et 1995 ont laissé une marque dans l’Eglise. En particulier les familles les plus jeunes ont quitté le pays et donc notre Eglise. Le taux de chômage est officiellement de 35% mais officieusement il est beaucoup plus haut. Le service de la Caritas est surement un des meilleurs offerts par le diocèse, en plus de sa pastorale pour les jeunes naturellement. Ces deux aspects sont ceux qui me plaisent le plus comme Père de Steyl.

Les Pères de Steyl sont un ordre missionnaire. Quelle est la caractéristique de leur travail?

Pour nous, la pastorale biblique, qui s’adresse en tout premier lieu aux jeunes, pour les faire revenir à l’Eglise, est très importante. Ici la sécularisation n’est pas si diffuse que ça, probablement parce que beaucoup de personnes sont encore attachées aux traditions. Les familles, en tant que réseau social, sont encore assez fortes, et la mobilité n’est pas très grande.

Qu’est-ce qui vous a poussé à entrer chez les pères verbites?

On pourrait parler d’un jeu du destin ! Je voulais devenir prêtre diocésain et j’avais déjà tout préparé. Le soir du dernier jour j’ai rencontré un Père de Steyl. Je lui ai raconté que je voulais devenir prêtre, et il m’a proposé de devenir missionnaire. Et j’ai alors changé ma demande. Une action de l’Esprit saint. J’aime la vie du religieux, je voyage beaucoup et j’ai pu visiter et connaître tant de pays.

Quels sont les thèmes du synode qui vous ont le plus attiré? Et quelles sont les taches qui, selon vous, sont les plus importantes à entreprendre?

Je pense qu’il y a deux secteurs dans lesquels ont peut développer les idées reçues durant le synode. D’un côté, la rencontre avec les nouveaux mouvements spirituels. Il y en a beaucoup dans notre diocèse et je voudrais renforcer le dialogue avec eux, les impliquer davantage. Chez nous, les charismatiques sont très répandus. D’un autre côté, la mission ad populares, la mission populaire. Nous avons développé un nouveau modèle que j’ai implémenté, comme Père de Steyl, avec grand succès dans mon travail en Hongrie.

Dans ce modèle, nous envoyons des prêtres, des laïcs et des religieux en groupe pour la paroisse. Les participants vivent dans les familles et cela est une bonne occasion pour inviter littéralement « à la maison » la foi. Puis nous avons aussi des missionnaires du Ghana, une magnifique expérience pour les gens! Les africains, en effet, proclament la Bonne Nouvelle vraiment comme une « bonne » nouvelle et pas seulement une « nouvelle ».

Y a t-il par contre beaucoup de contacts avec l’Eglise orthodoxe?

Je parlerais d’un « dialogue de vie », comme l’indiquent d’ailleurs nos documents. Il y a un dialogue de collaboration, pas un dialogue de hiérarchie, qui n’existe pas. Depuis la guerre de 1991, il est impossible de construire un œcuménisme au sommet. Il n’y a que des contacts personnels avec les représentants de l’Eglise orthodoxe.

Le pape n’a pas encore visité la Serbie ?

Non. La Serbie, comme la Biélorussie et la Moldavie, est un des rares pays en Europe où un pape n’est encore jamais allé. J’espère que cela arrivera bientôt.