Il y a 60 ans, les Juifs de Rome réfugiés dans les couvents

Une mobilisation méconnue

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CITE DU VATICAN, Vendredi 26 septembre 2003 (ZENIT.org) - Le « salut est venu des couvents » pour les juifs de Rome pendant la seconde guerre mondiale : c’est ce qui ressort des archives récemment ouvertes, indique le quotidien italien L’Avvenire.



« L’Eglise avait clairement choisi son camp » conclut un historien catholique, Pietro Scoppola. « On ne peut oublier l’accueil reçu », affirme une historienne d’origine juive, Anna Foa.

A travers les ordres religieux, l’Eglise catholique s’est donc mobilisée plus qu’on ne l’a dit jusqu’ici en faveur des juifs de Rome qui furent frappés dès le 16 octobre 1943 par la tragédie de la déportation dans les camps nazis, concluent les experts.

En effet, le nombre des maisons religieuses qui leurs furent ouvertes et des juifs ainsi sauvés de la mort ont été jusqu’ici « sous-estimés » disent-ils : non pas quelques centaines, mais des milliers échappèrent à la mort.

Sur 10.000 juifs inscrits à la communauté de Rome, on estime que 1.250 furent victimes des rafles, 252 furent relâchés, un millier furent déportés à Auschwitz, et au moins quatre mille trouvèrent refuge chez des religieux.

C’est ce qui ressort d’une enquête présentée à Rome le 24 septembre au cours d’un congrès intitulé : « Pauvreté et richesse d’une histoire cachée » organisé par la « Coordination des historiens religieux ».

Tragique anniversaire
Rome s’apprête en effet à célébrer le 60e anniversaire de ce tragique 16 octobre 1943 qui marqua le début des persécutions nazies dans la capitale. En quelque jours, révèlent les archives des couvents, les instituts furent débordés. Les juifs se réfugièrent d’abord dans les couvents les plus proches du ghetto, se déplaçant ensuite vers la périphérie où ils se pensaient davantage en sécurité, expliquait Sr Grazia Loparco, historienne de l’athénée pontifical « Auxilium ».

Défense d’entrer, zone vaticane !
On sait aussi le rôle de Pie XII qui accorda l’extraterritorialité aux couvents dont il savait et encourageait l’engagement, pour leur éviter les perquisitions. Sa secrétaire, Sr Pascalina Lenhert se trouvait même parfois dans la camionnette qui de la part du pape apportait la farine pour nourrir les bouches supplémentaires, comme ce fut le cas chez les Sœurs de Notre-Dame de Sion. Leur maison généralice, sur le Janicule, accueillait hommes (pourtant nous sommes avant le Concile ! ils étaient logés dans la serre), femmes (elles pouvaient se cacher sous un habit religieux) et enfants : en tout 187 personnes (cf. le témoignage de Sr Dora Rutor dans : Les juifs, Pie XII et la légende noire, d’Antonio Gaspari, 1998).

« La secrétairerie d’Etat de Sa Sainteté transmet l’affiche ci-jointe à placer à l’entrée du susdit édifice mais seulement une fois qu’aura été déclaré « l’état d’urgence ». » Le document est en date du 25 octobre 1943, soit moins de dix jours après les premières rafles, il porte le n. 72694. Il n’est pas signé, comme c’est la coutume dans les affaires trop délicates. L’affiche est rédigée en italien et en allemand. Il dit : « Cet édifice sert à des buts religieux et à des dépendances de l’Etat de la Cité du Vatican. Tout perquisition et toute réquisition sont interdites ». Il est signé: “Der deutsche Kommandant : General Stahel ».

Mais bien avant le fameux 16 octobre, en septembre pour certains, les supérieurs religieux allaient retirer de tels cartons à la Secrétairerie d’Etat au Vatican, ou au Vicariat, c’est-à-dire les bureaux de l’évêque de Rome, avec cette mention : « propriété du Saint-Siège », comme l’explique encore Grazia Loparco. Respectés dans la majeure partie des cas, ces affiches furent cependant ignorées dans quelques – rares – cas.

La rafle au Janicule
Les sœurs de Sion encore en vie ont le souvenir d’une rafle. Les femmes restèrent cachées dans le couvent. Certains hommes tentèrent – au lieu de se réfugier dans la cachette aménagée dans le sous-sol des sœurs, de fuir dans les ambassades environnantes. L’un d’eux fut pris. Les sœurs décidèrent alors de prier sans cesse jusqu’à sa libération qui advint effectivement dans les jours suivants. Des survivants juifs ont confié, lors de la remise de la médaille des « justes parmi les nations » (325 en Italie, cf. http://www.yadvashem.org) à deux sœurs de Sion à titre posthume par l’ambassade d’Israël en Italie, qu’ils avaient attribué cette libération à la prière des sœurs.

On évaluait précédemment le nombre de couvents refuges à une centaine d’instituts féminin, 45 instituts masculins, et dix paroisses. La récente « radiographie » à partir de documents de première main ajoute une liste de 7 couvents féminins et 3 masculins, et 9 autres maisons jamais prises en compte. L’Avvenire publie la liste et le nombre des personnes réfugiées.

La fausse infirmière sauve une famille juive
Le quotidien italien cite également le témoignage de Sr Agata Rossi, des Adoratrices du Très Précieux Sang, qui avait à l’époque 18 ans. Elle était novice. La mère générale lui fit donner des leçons de piano par une de leurs protégés. Elle se souvient de ses peurs : « Un jour, un camion s’arrêta sous nos fenêtres et la mère générale dit : « Ils vont venir les prendre ! » Mais il finit par partir ». La maison avait deux entrées, ce qui permettait de donner l’alarme et de se déplacer sans être vu. Il y avait aussi un verger très dense que l’on pouvait traverser en se cachant. Les réfugiés étaient employés à l’entretien des bâtiments et au jardin ou à autre chose. Il y avait un autre couvent, Via Nomentana, et une famille juive habitait dans une maison voisine. Une sœur apprit qu’ils étaient recherchés et elle se fit passer pour une infirmière devant rendre visite à un malade imaginaire. Elle put ainsi les avertir et leur faire passer le mur du couvent où ils furent à l’abri.