Inde : dynamisme de l'Eglise syro-malabare

Benoît XVI érige un nouveau diocèse

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ROME, mercredi 7 mars 2012 (ZENIT.org) – C’est par une annonce concomitante, au Vatican et à Kochi (Cochin), au Kerala, où se trouve le siège de l’Eglise syro-malabare en Inde, que, le 6 mars, a été annoncée l’érection du 29ème diocèse syro-malabar, explique aujourd’hui, 7 mars, « Eglises d’Asie », l’agence des Missions étrangères de Paris (cf. Zenit du 6 mars 2012).

Mgr Kuriakose Bharanikulangara prendra la tête du nouveau diocèse, établi à Faridabad, dans l’Etat de Haryana, dans le nord de l’Inde, lequel témoigne de l’extension de l’Eglise syro-malabare en dehors de ses frontières historiques du sud-ouest de l’Inde.

Contacté à Ernakulam (Kerala) par Eglises d’Asie, le cardinal Alencherry présente l’érection du diocèse de Faridabad comme « un processus » tout à fait « normal », conforme au droit canon qui veut que, dès lors que leur nombre est suffisamment important, les fidèles catholiques puissent vivre leur foi selon le rite qui est le leur. « C’est le cas à Delhi. Les syro-malabars sont nombreux à habiter dans la capitale fédérale et sa région. Ils doivent pouvoir y vivre selon leurs traditions, dans le respect de leur liturgie »,explique l’archevêque majeur de l’Eglise syro-malabare, en rappelant que l’érection de Faridabad dans la région de Delhi s’inscrit à la suite de celle de Kalyan pour la région de Bombay et que l’on peut penser qu’à l’avenir, Rome accordera pareillement à l’Eglise syro-malabare d’ériger des diocèses pour les régions des villes de Bangalore et de Chennai (Madras).

L’Eglise catholique en Inde comprend en effet trois rites, le rite latin, introduit dans le sous-continent indien au XVIèmesiècle, et deux rites orientaux, le rite syro-malabar et le rite syro-malankar. Pour l’Eglise syro-malabare, qui, selon la tradition, a été fondée au Iersiècle par l’apôtre Thomas, la latinisation forcée qu’elle a eu à subir à partir du XVIèmesiècle a laissé place, au XXèmesiècle, à une renaissance, qui est passée par une réappropriation progressive de son rite araméen oriental et le rétablissement, en 1923, de sa hiérarchie. A la suite du concile Vatican II, le processus a été parachevé lorsqu’en 1992 le pape Jean Paul II a élevé l’Eglise syro-malabare au rang d’Eglise archiépiscopale majeure puis en 2004 lorsque le même Jean Paul II l’a autorisée à élire ses propres évêques. Le 24 mai 2011 enfin, le Synode de l’Eglise syro-malabare élisait pour la première fois son archevêque majeur (1), en la personne de Mar George Alencherry, élection confirmée deux jours plus tard par le pape Benoît XVI. Mar Alencherry a été créé cardinal le 18 février dernier à Rome.

Dans ce processus de renaissance, la question de l’extension de la juridiction de l’Eglise syro-malabare aux communautés de fidèles sous administration latine continuait toutefois de faire difficulté. Principalement présents au Kerala, dans le sud-ouest du pays, les catholiques de rite syro-malabar se plaignaient en effet, dès lors qu’ils avaient émigré en dehors du Kerala, de ne pas trouver à vivre leur foi dans leur rite. Pour répondre à cette demande, des diocèses avaient été érigés dans les Etats voisins du Kerala, au Tamil Nadu et au Karnataka notamment, mais le problème continuait de se poser pour le nord de l’Inde. En 1988 toutefois, le diocèse de Kalyan était érigé pour les catholiques syro-malabars de la région de Bombay (Mumbai).

L’érection du diocèse de Faridabad vient donc – en partie – répondre à cette demande des fidèles syro-malabars (2). A une logique territoriale, à l’œuvre au sein de l’Eglise latine, l’Eglise syro-malabare propose en effet une conception de l’Eglise conçue comme une communion de croyants. Le nouvel archevêque de Faridabad aura ainsi la charge d’une communauté d’un peu moins de 100 000 fidèles répartis sur un très vaste territoire de 950 000 km², couvrant sur la circonscription administrative de Delhi, les Etats de Haryana, de l’Himachal Pradesh, de Jammu-et-Cachemire, du Pendjab et d’une partie de l’Uttar Pradesh. Quarante-quatre prêtres et deux cents religieuses serviront la communauté syro-malabare, notamment dans la région de Delhi où, pour des raisons professionnelles notamment, l’émigration de Keralais syro-malabars est importante.

Agé de 53 ans, né à Karippassery dans l’archidiocèse syro-malabar d’Ernakulam-Angamaly au Kerala, Mgr Kuriakose Bharanikulangara a quitté la nonciature de Berlin, en Allemagne, où il avait le titre de conseiller, pour prendre la charge du nouveau diocèse de Faridabad. Diplômé en journalisme et communication, spécialiste en droit canon (latin et oriental), le nouvel archevêque (dont le titre syro-malabar est celui d’éparque, Faridabad étant une éparchie) était entré au service de la diplomatie vaticane en 1995.

Interrogé sur le fait que le nouvel archevêque de Faridabad a été choisi au sein du personnel diplomatique, le cardinal Alencherry y voit la marque de l’importante présence du clergé syro-malabar dans les structures de l’Eglise catholique. « En Inde, 60 % du personnel religieux de l’Eglise latine est formé de prêtres venus du rite syro-malabar. On compte 29 évêques indiens d’origine syro-malabare à la tête de diocèses latins. Dans le monde, trois nonces indiens sont d’origine syro-malabare. Ces chiffres signifient tout simplement que les catholiques syro-malabars sont au service de l’Eglise catholique », explique le cardinal.

Au sein des structures latines de l’Eglise à Delhi, l’annonce de la création du nouveau diocèse a été officiellement accueillie avec la volonté de dépasser les rivalités et les tensions qui ont pu apparaître dans certaines paroisses où des communautés syro-malabares affirmaient se trouver en butte à des résistances de la part de latins peu désireux de voir la liturgie syro-malabare se développer. L’archevêque – latin – de Delhi, Mgr Vincent Concessao, a déclaré que le diocèse de Faridabad « permettra sans aucun doute de prêter une meilleure attention aux besoins spirituels et pastoraux des communautés syro-malabares présentes dans les grandes villes (du nord de l’Inde) ». Son porte-parole, le P. Dominic Emmanuel, a précisé que « les différences entre les rites (de l’Eglise catholique) ne faisaient que contribuer à la croissance de l’Eglise ».

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