Inde/Gujarat: Enquêtes policières nocturnes dans des établissements religieux

Irritation des chrétiens et émotion dans l'opinion publique

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CITE DU VATICAN, Lundi 16 juin 2003 (ZENIT.org) - Dans l'Etat indien du Gujarat, des enquêtes policières nocturnes dans des établissements religieux irritent les chrétiens et émeuvent l’opinion publique, indique "Eglises d'Asie", l'agence des missions étrangères de Paris (eglasie.mepasie.org).



Les chrétiens du Gujarat s’interrogent sur les intentions de la police locale qui a procédé, ces temps derniers, à des visites domiciliaires nocturnes dans certains établissements catholiques du district de Patan, dans l’Etat du Gujarat. Au moins deux communautés ont reçu, aux environs de minuit, d’étranges visites des agents des forces de l’ordre qui ont prétendu mener une enquête de routine sur les établissements en question.

« Nous ne sommes pas des criminelles ! Nous n’avons aucune intention de nous enfuir ! Pourquoi donc vous introduire chez nous à cette heure », a demandé la sœur Jyotti Emmanuel aux hommes en uniforme qui après s’être introduits dans le couvent, le 25 mai dernier, aux environs de minuit, et s’être présentés comme des policiers, ont commencé un interrogatoire des religieuses en bonne et due forme. Ces religieuses, de la congrégation des Filles de la Croix, qui tiennent un centre de service social dans le village de Dungripuri, ont rapporté le lendemain qu’elles ont été interrogées sur les jeunes garçons en pension dans leur couvent, sur les projets envisagés par leur congrégation dans un avenir proche. Irritées par cette descente policière en pleine nuit, les religieuses ont demandé aux policiers si une mission hindoue située tout près de là était aussi sur la liste des communautés religieuses qu’ils allaient interroger de nuit. Le policier a répondu positivement, mais vérification faite le lendemain, l’établissement hindou n’avait reçu aucune visite policière.

Une autre visite du même type a été effectuée, tout près de là, un peu plus tard dans la nuit chez le P. Anthony Moonnupeedikail, curé de la paroisse Mehsana, de l’archidiocèse de Gandhinagar. Le prêtre a été réveillé de son sommeil par des coups frappés à la porte. Aux policiers qui se sont présentés comme tels, il a demandé les raisons d’une intervention aussi intempestive. Les agents de police ont fait état d’ordres venus d’en haut, qu’ils auraient reçus par téléphone. Les questions posées étaient, selon le prêtre, totalement absurdes. Elles ont complètement effrayé les quelque cent élèves, pensionnaires de son foyer.

Le prêtre n’a toujours pas compris les raisons de cette irruption policière dans la paroisse de Mehsana qui, selon ses déclarations, ne comporte que sept familles chrétiennes, en outre non pratiquantes. De plus, aucun des élèves logeant dans le pensionnat n’est chrétien. Certains des confrères du P. Moonnupeedikail pensent cependant que les efforts de l’Eglise pour améliorer l’éducation et la situation matérielle de la population locale pourraient bien être à l’origine des interventions policières du 7 mai. Le district de Patan où se trouvent les deux établissements religieux visités par la police est, en effet, une des régions les moins développées du Gujarat, souvent frappée par de très graves sécheresses. Les femmes ne reçoivent aucune éducation et le taux d’analphabétisme chez les hommes est estimé à plus de 75 %. Il se pourrait que les enquêtes policières ne soient que des moyens de pression et de menace, destinés à dissuader les missionnaires de poursuivre leur œuvre sociale dans la région.

Malgré les dénégations de la police locale affirmant n’avoir mené aucune enquête de nuit dans des établissements religieux, les événements de la nuit du 27 mai ont eu un certain retentissement dans la presse locale (1) et internationale (2). Un communiqué de presse du gouvernement local, le 27 mai, a déclaré que, bien que quelques agents aient accompli des visites domiciliaires dans la région, aucune enquête n’a été menée. Les agents auraient eu pour mission de vérifier des rapports selon lesquels dix-huit personnes se seraient converties au catholicisme, affirmation rejetée avec virulence par le clergé local qui s’indigne de constater que le gouvernement ne se souvient des pauvres que lorsqu’il entend parler de conversions.

Des enquêtes de ce type avaient eu lieu dans ce même Etat du Gujarat peu avant la proposition par le gouvernement de la loi sur les conversions forcée (3). Plus de vingt établissements chrétiens avaient fait l’objet d’enquête au mois de février dernier.
(1) Express India, 27 mai 2003, The Times of India, 27 mai 2003
(2) Agence France-Presse, 27 mai 2003
(3) Voir EDA 371
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