Inde: Inquiétude après la mort de deux responsables protestants

Des meurtres attribués à des extrémistes hindous

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ROME, Jeudi 16 juin 2005 (ZENIT.org) – Dans l’Etat indien de l’Andhra Pradesh, les meurtres de deux responsables religieux protestants inquiètent les chrétiens qui les attribuent aux extrémistes hindous, indique « Eglises d’Asie » , l’agence des misisona étrangères de paris (eglasie.mepasie.org), N° 421 – 16 juin 2005).



L’ensemble des chrétiens de l’Andhra Pradesh éprouve une vive inquiétude depuis la découverte par la police des corps d’un pasteur et d’un prédicateur protestants dont la disparition avait été signalée quelques jours plus tôt. Le 2 juin dernier, la police retrouvait le corps décomposé du pasteur Isaac Raju. Enfoui dans un sac, il avait été jeté dans un canal traversant les faubourgs d’Hyderabad, capitale de l’Etat. Le pasteur appartenant à l’agence biblique « Hosanna Ministries » avait disparu depuis le 25 mai. Quelques jours avant cette macabre découverte, le 21 mai, un autre corps avait été trouvé dans des circonstances semblables. C’était celui de Daniel, un jeune prédicateur indépendant âgé de 28 ans et n’appartenant à aucune dénomination précise. Lui aussi avait disparu quelques jours plus tôt, le 19 mai précédent.

A la suite de ces faits, le ministre de l’Intérieur de l’Etat a ordonné une enquête. Le 2 juin, la police retenait en garde à vue environ deux cents membres de groupes de l’extrême droite hindoue. Après avoir été interrogés, ils ont été relâchés dans la matinée du lendemain. Une descente de police a été également effectuée dans les locaux du siège régional du Rashtriya Swayamsevak Sang (Corps national des volontaires, RSS), qui se trouve au centre d’une nébuleuse de plusieurs groupes nationalistes hindous, dont certains sont accusés de violences anti-chrétiennes. Quatre militants ont été amenés au siège de la police pour interrogatoire. Cependant, dans un communiqué de presse, Trivikrama Rai, porte-parole du Hindu Vahini (Armée hindoue) a affirmé qu’aucun groupe hindou n’était impliqué dans les meurtres des deux prédicateurs protestants et a offert sa collaboration aux enquêteurs.

Pourtant, les familles des deux victimes attribuent aux groupes extrémistes la responsabilité des crimes. L’épouse du prédicateur Daniel affirme que celui-ci a souvent été menacé à cause de ses activités religieuses. Le fils du pasteur Raju, Satya Prasad, persiste à accuser du meurtre de son père un certain « Forum anti-chrétien » dont le siège se trouve dans le district de Warangal. Le même groupe serait aussi responsable du meurtre de Daniel.

Selon le fils du pasteur, une personne s’étant présentée sous le nom de Vinod, aurait téléphoné à son père, le 24 mai, aux environs de 19 h. pour lui demander de venir chez elle prier auprès de sa mère qui était malade. Le pasteur n’ayant pas répondu immédiatement à l’invitation qui lui était faite, un second coup de téléphone est venu le relancer deux heures plus tard. Le pasteur a alors quitté la maison et n’y est jamais revenu.

La police met en doute les explications du fils du pasteur assassiné et affirme ne pas connaître l’existence d’un « Forum anti-chrétien ». Toutefois, elle envisage la haine religieuse comme un mobile possible du crime commis. Les enquêteurs examinent aussi l’affaire sous d’autres éclairages, personnel, familial, financier.

Du côté chrétien, bien que tous les regards soient tournés vers les milieux extrémistes hindous, on manifeste une certaine prudence. Le responsable de l’Association panindienne chrétienne a déclaré attendre les résultats de l’enquête gouvernementale : « Nous ne sommes pas encore sûrs de l’identité des meurtriers », a-t-il dit. Pour sa part, le président de l’Association catholique de Hyderabad souligne la nécessité de procéder à une identification précise du groupe criminel avant de rendre justice.

Certains autres chrétiens échafaudent des hypothèses sur les motivations qui ont conduit à ces meurtres. Le Conseil des Eglises en Andhra Pradesh envisage la possibilité d’une manœuvre montée par les groupes extrémistes pour ternir l’image des chrétiens dans cet Etat où le ministre-président est un chrétien, membre du Parti du Congrès. Une autre hypothèse a été émise par le Forum pour les droits des dalits chrétiens. Pour ses responsables, les meurtres auraient pour but de mettre en difficulté le directeur général de la police Swaranjit Sen, également chrétien, auquel s’oppose un certain nombre d’officiers de police. Il serait accusé de partialité s’il soutenait le parti chrétien. Dans le cas contraire, il serait critiqué pour son inefficacité. Dans les milieux chrétiens, on évoque encore la récente visite à Hyderabad du président du Vishwa Hindu Parishad (Conseil mondial hindou, VHP), Ashok Sunghal. Celui-ci aurait encouragé les groupes fondamentalistes locaux à ces entreprises criminelles.

Les extrémistes hindous ont très souvent accusé les chrétiens d’utiliser leurs œuvres sociales comme un paravent pour camoufler leur volonté de conversion. Ils ont également l’habitude de rejeter la responsabilité qui leur est attribuée dans les violences anti-chrétiennes en affirmant qu’il s’agit là, selon eux, de réactions naturelles de la population excédée par les appels à la conversion.