Inde: La nécessité de poursuivre le dialogue interreligieux

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CITE DU VATICAN, Lundi 14 juillet 2003 (ZENIT.org) - La nécessité de poursuivre le dialogue interreligieux a été soulignée par Jean-Paul II, qui recevait le troisième groupe d'évêques indiens de rite latin en visite "ad limina Apostolorum" .



L'Eglise en Inde défend la dignité inaliénable de la personne humaine à travers ses nombreuses institutions sociales, constatait le pape.

Dans la matinée du jeudi 26 juin 2003, le pape Jean-Paul II a reçu en audience, dans la Bibliothèque privée, le troisième groupe d'évêques d'Inde de rite latin des provinces ecclésiastiques de Cuttack-Bhubaneswar, Patna et Ranchi. Au cours de la rencontre, le Saint-Père leur a adressé le discours suivant, dans la traduction de L'Osservatore Romano en langue française:

Chers frères évêques,

1. C'est avec joie que je vous accueille, évêques des provinces ecclésiastiques de Cuttack-Bhubaneswar, Patna et Ranchi. Vous êtes venus à Rome à l'occasion de votre visite ad limina: un moment privilégié dans votre vie de pasteurs, alors que vous vous approchez des tombes des Apôtres pour manifester et renforcer vos liens de communion avec le Successeur de Pierre. Je vous suis reconnaissant, Mgr Toppo, des paroles courtoises que vous m'avez adressées au nom de vos frères évêques. Votre présence ici aujourd'hui, me rapproche davantage encore de votre pays bien-aimé et du clergé, des religieux, des religieuses et des fidèles laïcs de vos diocèses. Au cours de mes rencontres avec les deux premiers groupes d'évêques de rite latin de votre pays, j'ai rappelé les succès et les défis que doivent affronter ceux qui proclament l'Evangile en Inde. En observant l'abondante moisson de grâce que vous avez continué à recueillir à la suite du grand Jubilé de l'An 2000, j'ai également noté les difficultés qui demeurent. Le Jubilé a offert à l'Eglise qui est en Inde, en communion avec l'Eglise universelle, une opportunité pour réfléchir sur le besoin de renouvellement de la vie chrétienne. Vous vous rappelez du passé avec gratitude; vous vivez le présent avec enthousiasme et vous envisagez l'avenir avec confiance (cf. Novo millennio ineunte, n. 1).

2. "Allez dans le monde entier, proclamez l'Evangile à toute la création" (Mc 16, 15). Les paroles de congé que le Christ a adressées à ses disciples sont à la fois une invitation et un défi à aller prêcher la Bonne Nouvelle. Ainsi comprise, l'évangélisation est une tâche que tous les membres de l'Eglise partagent en vertu de leur Baptême. C'est pourquoi tous les baptisés doivent "porter témoignage du Christ sur toute la surface de la terre, et rendre raison, sur toute requête, de l'espérance qui est en eux d'une vie éternelle" (Lumen gentium, n. 10).

Il est donc déplorable qu'aujourd'hui encore, dans de nombreux lieux de l'Inde, existent des obstacles qui n'ont pas de raison d'être et qui empêchent toujours d'annoncer l'Evangile. Les citoyens d'une démocratie moderne ne devraient pas souffrir à cause de leurs convictions religieuses. Ils ne devraient pas non plus se sentir obligés de cacher leur foi pour pouvoir jouir des droits humains fondamentaux, tels que l'instruction et le travail.

Malgré ces difficultés, l'Eglise qui est en Inde prêche avec courage le message de salut de Jésus à la population du sous-continent. Chers évêques, je prie afin que vous continuiez à être des phares d'espérance et de courage, en inspirant le clergé, les religieux et les fidèles laïcs à prendre courage et à prêcher le Christ qui nous aime jusqu'à la mort, et à la mort sur la croix (cf. Ph 2, 8). Comme saint Paul nous le rappelle, la puissance extraordinaire de Dieu est également notre force, nous pouvons être "pressés de toute part, mais non pas écrasés; ne sachant qu'espérer, mais non désespérés; persécutés, mais non abandonnés; terrassés, mais non annihilés. Nous portons partout et toujours en notre corps les souffrances de mort de Jésus, pour que la vie de Jésus soit, elle aussi, manifestée dans notre corps" (2 Co 4, 7-10).

3. Les épreuves et les problèmes qui accompagnent une vie dans le Christ demandent à l'Eglise un engagement particulier en ce qui concerne le ministère de la "première évangélisation". Le contact initial avec le message salvifique du Christ de ceux qui n'ont pas encore entendu la Bonne Nouvelle exige de nous tous de transmettre la foi de manière intelligente et crédible. La mission d'éduquer les fidèles au respect et à la proclamation de l'Evangile revient aux parents, aux enseignants et aux catéchistes d'aujourd'hui. C'est pourquoi, une des tâches fondamentales de tout évêque est d'assurer la présence de laïcs formés de façon adaptée, préparés et prêts pour être des enseignants de la foi. Les catholiques doivent être encouragés à participer à l'apostolat fondamental de la parole qui "prend un caractère spécifique et une particulière efficacité du fait qu'elle s'accomplit dans les conditions communes du siècle" (Lumen gentium n. 35).

Jouer le rôle de catéchiste exige un rapport de confiance et de collaboration entre le clergé et les fidèles laïcs. Les évêques doivent donc constamment chercher à assurer que rien ne nuise à ce rapport. Ils doivent toujours reconnaître que "tous les fidèles ont le devoir et le droit de travailler à ce que le message divin du salut atteigne sans cesse davantage tous les hommes de tous les temps et de tout l'univers" (Code de Droit canonique, can. 211). Dans le même temps, on ne doit jamais permettre à des points de vue personnels, fondés sur des affinités de caste ou de tribu, de voiler l'enseignement authentique de l'Eglise.

4. Le respect authentique et profond de la culture est intimement lié aux efforts de l'Eglise en faveur de l'évangélisation. La culture est l'espace vital "dans lequel la personne humaine se trouve face à face avec l'Evangile" (Ecclesia in Asia, n. 21). Toujours respectueuses des différentes cultures, l'Eglise cherche à interpeller les frères et soeurs des autres religions, dans le but de promouvoir "un rapport d'ouverture et de dialogue" (Novo millennio ineunte, n. 55). Considéré de ce point de vue, le dialogue interreligieux accroîtra non seulement la compréhension réciproque et le respect mutuel, mais il aidera également à développer une société en harmonie avec les droits et la dignité de tous.

L'Eglise qui est en Inde a sans cesse démontré son engagement à défendre le principe de la dignité inaliénable de la personne humaine à travers ses nombreuses institutions sociales, en offrant un amour sans condition aux chrétiens, ainsi qu'aux non-chrétiens. Ses écoles, les dispensaires, les hôpitaux et les instituts visant au développement intégral de la personne humaine offrent une assistance inestimable aux membres les plus pauvres de la société, quelle que soit leur religion. Malheureusement, certaines des tentatives honnêtes accomplies par l'Eglise pour développer un dialogue interreligieux au niveau le plus élémentaire, ont parfois été entravées par le manque de coopération de la part du gouvernement et par les problèmes créés par certains groupes fondamentalistes. L'Inde possède une longue tradition de respect des diversités religieuses. Je souhaite que, pour le bien de la nation, on ne permette pas le développement de tendances contraires (cf. Discours au nouvel Ambassadeur de l'Inde, 13 décembre 2002). En tant qu'évêques, votre devoir est d'assurer que le dialogue interreligieux se poursuivre. Toutefois, alors que vous vous engagez dans cet échange réciproque, vous ne devez jamais permettre qu'il soit conditionné par l'indifférence religieuse. Il est très important que l'appel du Christ à le suivre soit prêché et vécu avec conviction de la part de chaque chrétien.

5. Chers frères évêques, je suis certain que vous persévérerez dans vos efforts visant à garantir une solide formation théologique dans vos séminaires et une solide formation permanente pour vos prêtres, en repoussant ainsi la tentation de "réduire le christianisme à une sagesse purement humaine, en quelque sorte une science pour bien vivre" (Redemptoris missio, n. 11). Une préparation théologique adaptée exige une instruction qui, tout en respectant la part de vérité rencontrée dans les autres traditions religieuses, continue toutefois infailliblement à proclamer que Jésus est "le chemin, la vérité et la vie" (Jn 14, 6; cf. Ecclesia in Asia, n. 31). Dans ce but, les instituts d'éducation catholiques doivent offrir une solide formation philosophique, nécessaire à l'étude de la théologie. La vérité transcende les limites de la pensée, qu'elle soit orientale ou occidentale, et unit toutes les cultures et les sociétés (cf. Fides et ratio, nn. 76-77). En tant que participants à la mission prophétique du Christ, nous avons la responsabilité solennelle de rapprocher toujours davantage cette vérité de nous-mêmes et des autres. Ce saint devoir revient en particulier à ceux à qui est confiée la formation des prêtres et des religieux. Les éducateurs et les professeurs sont obligés d'enseigner le message du Christ dans son ensemble comme l'unique voie, et non comme une voie parmi tant d'autres. En agissant ainsi, "les théologiens, en tant que serviteurs de la vérité divine, consacrent leurs études et leurs travaux à une compréhension toujours plus profonde de celle-ci, et ne peuvent jamais perdre de vue la signification de leur service dans l'Eglise" (cf. Redemptor hominis, n. 19).

6. En considérant les nombreuses responsabilités que requiert votre sollicitude pour le Peuple de Dieu, je suis vivement conscient des épreuves que vous affrontez alors que vous cherchez à développer une vie ecclésiale adaptée dans vos diocèses. Il est décourageant de constater que le travail de l'Eglise est souvent compromis par un tribalisme persistant dans certaines parties de l'Inde. Parfois, le tribalisme a été tellement fort que certains groupes se sont même refusés de recevoir des évêques et des prêtres qui n'appartenaient pas à leur clan, compromettant ainsi le fonctionnement correct des structures ecclésiastiques et obscurcissant la nature fondamentale de la communion de l'Eglise. Les différences tribales ou ethniques ne doivent jamais être utilisées comme un motif pour repousser celui qui apporte la Parole de Dieu. Tous les chrétiens ont la responsabilité d'effectuer un examen de conscience pour être certains d'aimer toujours et partout tous les fils de Dieu, y compris ceux qui sont différents: "A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples: si vous avez de l'amour les uns pour les autres" (Jn 13, 35).

Je rends grâce à Dieu pour les nombreux prêtres et religieux qui vivent dans votre pays une vie exemplaire de pauvreté, de charité et de sainteté. Face aux nombreuses difficultés, ils pourraient être tentés de perdre le zèle et la créativité indispensables pour un ministère efficace. Je prie vivement afin que le Seigneur continue à les affermir dans leur travail. Dans ce but, j'invite toute l'Eglise qui est en Inde à renouveler son engagement missionnaire (cf. Redemptoris missio, n. 2).

Les hommes et les femmes consacrés apportent une contribution particulièrement précieuse à vos Eglises locales. Je souhaite que vous continuiez tous à collaborer étroitement. Dans les circonstances actuelles, il existe un besoin toujours plus grand de bonnes relations réciproques. Certains conflits difficiles et douloureux concernant la gestion d'instituts et la possession de propriétés sont apparus dans votre région. Toutefois, ces questions ne sont pas insurmontables pour ceux qui vivent l'Evangile dans un esprit d'amour fraternel et de service. La planification pastorale et les accords clairs entre les évêques et les supérieurs religieux peuvent souvent offrir une solution à cette sorte de problèmes. Je suis certain que "les personnes consacrées ne manqueront pas d'offrir généreusement leur collaboration à l'Eglise particulière selon leurs forces et dans le respect de leur charisme, œuvrant en pleine communion avec l'évêque dans le domaine de l'évangélisation, de la catéchèse, de la vie des paroisses. (Vita consecrata, n. 49).

7. Chers frères, je forme des vœux fervents afin que votre pèlerinage à Rome constitue une opportunité pour réfléchir à nouveau sur la grâce de l'Esprit Saint que vous avez reçue par l'imposition des mains. L'un des signes caractéristiques du service apostolique à l'Eglise est la proclamation courageuse de l'Evangile (cf. Ac 2, 28, 30-31). Je vous exprime mon soutien dans la prière, ainsi qu'à ceux qui, en Inde, à travers leur témoignage, continuent à proclamer le Christ hier, aujourd'hui et à jamais (cf. He 13, 8). En priant afin que cette rencontre renforce votre foi dans le Christ, source de notre zèle missionnaire et apostolique, je vous confie, ainsi que tous ceux que vous servez, à l'intercession pleine d'amour de Marie, Reine du Rosaire, et je vous donne avec affection ma Bénédiction apostolique.

(© L'Osservatore Romano - 8 juillet 2003)