Inde : Les chrétiens du Karnataka menacés par des Hindouistes

Un « recensement » fait par la police ne cible que les chrétiens

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ROME, Mercredi 24 août 2011 (ZENIT.org) – En Inde, au Karnataka, la menace d’attaques imminentes des hindouistes répand la panique parmi les chrétiens, déplore Eglises d’Asie

(EDA) , l’agence des Missions étrangères de Paris dans cette dépêche. Un « recensement » fait par la police ne cible que les chrétiens.

« La panique s’est emparée des chrétiens du Karnataka depuis le lancement d’un recensement par le gouvernement de l'Etat dirigé par le Bharatiya Janata Party (BJP, Parti du peuple indien), vitrine politique du mouvement hindouiste. Ils craignent une entreprise camouflée de « fichage » des fidèles, préparatoire à une opération de « nettoyage de masse » des minorités religieuses par les extrémistes hindous, qui pourrait être d’une plus grande ampleur encore que les violences antichrétiennes de 2008.

« Des tentatives d'enregistrement des chrétiens sous couvert de recensement ont déjà eu lieu dans d’autres Etats à forte dominante hindouiste, comme au Gujarat ou plus récemment au Madhya Pradesh (1). Dans ce dernier, également gouverné par le BJP, le recensement devait être réalisé par la police locale, chargée de déterminer le nombre de chrétiens dans l’Etat ainsi que leur identité, les zones "sensibles" (à forte population chrétienne), les lieux de culte existants ou en construction, les établissements d’enseignement et autres centres dirigés par l’Eglise, leurs sources financières, ou encore la présence « d’éléments criminels » (vérification des casiers judiciaires) au sein des communautés chrétiennes. Cette circulaire diffusée dans tous les commissariats en mars dernier avait déclanché une forte réaction des Eglises et des ONG de défense des droits de l’homme qui avaient protesté vigoureusement. L'Etat avait fait marche arrière et stoppé l’enquête, arguant d’« une mauvaise interprétation due à un dysfonctionnement des services de communication ».

« Au Karnataka, le « recensement », qui ne cible que les chrétiens, a été comme au Madhya Pradesh confié à la police locale. Le Global Council of Indian Christians (GCIC), une ONG d’obédience protestante qui lutte contre les violences antichrétiennes, a dénoncé une « tentative claire pour appliquer le programme officieux du Sangh Parivar » [mouvance réunissant les organisations extrémistes hindoues]. « Il s'agit d'une violation des droits fondamentaux des personnes à pratiquer et prêcher librement leur religion comme le garantit la Constitution » a affirmé Sajaan George, président de l’organisation.

« L'opération est déjà en cours dans le district de Chikmagalur où les responsables des paroisses et les organisations chrétiennes (catholiques comme protestantes) doivent déclarer tous les lieux de culte et les biens qui en dépendent, et ont l’obligation de fournir les coordonnées des responsables, les comptes bancaires, les horaires des offices et leur fréquentation par les fidèles.

« Les craintes des communautés chrétiennes ont été renforcées par la récente recrudescence des attaques hindouistes : ces dernières semaines, des actes de violences antichrétiennes ont été perpétrés par des extrémistes hindous lors des offices dominicaux, et plusieurs églises ont été saccagées et profanées. Dimanche dernier, un pasteur pentecôtiste, le Rév. Sangappa Hosamani Shadrak, a été sérieusement blessé par une vingtaine d’hindouistes alors qu’il célébrait un office au domicile de l'un de ses fidèles.

« Les extrémistes hindous ont motivé leurs attaques par des accusations de conversions forcées, un thème récurrent bien que constamment réfuté par les différentes Eglises qui soulignent que ce type de conversion est un acte « fondamentalement non-chrétien ».

« Lors des violences antichrétiennes de 2008, le Karnataka a figuré parmi les Etats les plus touchés, avec plus d’une centaine d’attaques dont certaines particulièrement meurtrières. En février dernier, les chrétiens menés par Mgr Moras, archevêque de Bangalore, ont réfuté fermement le rapport « partial et légitimant le parti au pouvoir, dont la politique est résolument hostile aux minorités » émanant de la commission mandatée par le gouvernement du Karnataka pour enquêter sur les violences de 2008, et ont demandé la réalisation d'une nouvelle enquête par des organisations indépendantes ainsi que la poursuite des responsables des actes de violence(2).

« La peur d’attaques imminentes de la part des hindouistes a commencé à se répandre parmi les chrétiens du Karnataka en début de semaine, après que les services de police aient contacté par téléphone de nombreux pasteurs, leur enjoignant de se faire enregistrer au commissariat le plus proche. Il leur a également été demandé de fournir le nombre de leurs fidèles à chaque office et de s'adresser au commissaire de district pour demander son autorisation avant tout rassemblement.

« La plupart de ces pasteurs appartiennent à la Karnataka Mission Network (KMN) une association de 27 Eglises pentecôtistes. Le président de la KMN, le Rév. Walter Mab a rapporté que plus de 70 pasteurs avaient été contactés et qu’il leur avait été spécifié que s’ils ne se faisaient pas enregistrer, la police serait dans l’incapacité de les protéger, que ce soit dans leurs lieux de culte ou lors des rassemblements.

« Les menaces ont été très clairement formulées, a estimé ce mercredi 24 août auprès de l’agence Ucanews, le P. Ronnie Prabhu, Secrétaire général du Karnataka United Christians Forum for Human Rights (KUCFHR) (3). « Les pasteurs devront suivre les instructions à la lettre, ou ils seront en danger », a poursuivit le prêtre jésuite, qui signale néanmoins que lorsqu’un pasteur appartenant à une « Eglise non agréée » se rend au commissariat, il lui est répondu qu’il ne peut remplir de formulaire, les services de police n'ayant pas reçu de consigne à son sujet.

« Citant des sources policières, le P. Prabhu a confirmé que des groupes hindous planifiaient effectivement des attaques contre les chrétiens afin de marquer l’anniversaire des violences de 2008. Selon lui, la police qui n’ignore pas les desseins des extrémistes, « est en train de mettre en place les conditions qui lui permettra se dégager de toute responsabilité en cas d’incidents » (4). »

(1) En 1999 le Gujarat a mené une enquête semblable auprès de la minorité chrétienne. Précédée d’une flambée de violence antichrétienne meurtrière, ce « sondage » avait été suivi de nouvelles attaques, avant d’être condamné par la Haute Cour pour violation de la Constitution. Voir EDA 278, 279, 283. Au sujet du fichage des chrétiens par la police du Madhya Pradesh, voir la dépêche EDA du 30 juin 2011.

(2) Voir EDA 546, 537, 529, 528, 522, 517, 502, 453.

(3) Suite aux violences antichrétiennes de 2008 et à l’initiative de Mgr Moras , des évêques catholiques et des représentants de différentes confessions chrétiennes ont lancé en juin 2009 le Karnataka United Christians Forum for Human Rights, KUCFHR) .Voir EDA 510.

(4) Ucanews, 24 août 2011 ; Fides, 23 août 2011 ; AsiaNews , 22 août 2011

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