Inde : Les évêques mettent en garde contre le « fondamentalisme biblique »

Session annuelle des évêques

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ROME, Mardi 24 février 2009 (ZENIT.org) - En Inde, dans le Karnataka, les évêques mettent en garde les catholiques contre le « fondamentalisme biblique », indique « Eglises d'Asie » (EDA), l'agence des Missions étrangères de Paris (MEP).

Le 19 février dernier, dans leur déclaration commune à l'issue de leur session annuelle de six jours à Mysore, dans le sud de l'Inde, les évêques catholiques ont voulu mettre l'accent sur la nécessité pour tout chrétien de fonder sa vie sur la Parole de Dieu mais aussi mettre en garde les fidèles contre les dangers d'une interprétation trop littérale de la Bible (1).

Après avoir fait le constat du « manque de culture biblique » des catholiques dans leur ensemble, la Conférence des évêques catholiques de l'Inde (CCBI) de rite latin, qui se réunissait pour sa XXIe assemblée plénière, sur le thème « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Eglise », a conclu qu'« un grand nombre de fidèles n'accor[dait] pas une place suffisante à la Bible dans la vie quotidienne ».

Selon eux, la « situation est aggravée » par le niveau accablant de certaines homélies qui ne réussissent pas à faire comprendre comment la Parole de Dieu concerne la vie de tous les jours du chrétien. Les prélats ont conseillé aux catholiques de mieux connaître la Bible et pour cela, d'en posséder un exemplaire par foyer et de la lire régulièrement. Ils ont également mis en garde les fidèles contre les dérives du « fondamentalisme biblique », qui s'appuie sur l'interprétation littérale de la Parole de Dieu. Une inquiétude qui est sans doute à mettre en lien avec les tragiques événements de l'automne dernier.

L'Etat du Karnataka, qui accueillait à Mysore les 116 membres du CCBI, fait en effet partie des régions qui ont été les plus touchées, après l'Orissa, par les violences antichrétiennes perpétrées par les militants hindouistes entre août et octobre 2008.

Les militants hindouistes, et en particulier ceux du Bajrang Dal (2) qui avaient alors brûlé et saccagé une quarantaine de lieux de culte, avaient justifié leurs violences en accusant les chrétiens d'avoir pratiqué des conversions forcées et insulté leurs dieux. Le Bajrang Dal avait fait circuler des brochures qu'il disait avoir été distribuées par l'Eglise pentecôtiste The New Life Fellowship Trust, et intitulées « N'adorez pas les dieux hindous » (3).

Mangalore, importante ville portuaire, et fief de nombreux mouvements évangéliques, avait subi les plus violentes et les plus nombreuses attaques, jusqu'à 12 agressions simultanées le 14 septembre 2008.  L'évêque de Mangalore, Mgr D' Souza, avait alors vivement critiqué les Eglises évangéliques d'être à l'origine de ce déchaînement anti-chrétien, soulignant leurs méthodes prosélytes agressives et l'amalgame qui pouvait avoir été fait par les hindouistes, ne voyant pas de différences entre les différentes Eglises (4).

 Le ministre-président du Karnataka, B. S. Yeddyurappa, s'exprimant sur CNN-IBN (5) le 18 septembre dernier, avait lui-même reconnu l'absence de collusion entre les catholiques et les évangéliques: « J'incline à croire que la New Life Church cherche à convertir les gens. J'ai demandé à l'évêque catholique de nous aider mais, tout comme nous, il n'a pas de possibilité d'action sur eux ».

Selon The Times of India, du 17 septembre 2008, la New Life Fellowship Trust (NLFT)  dirige deux centres à Mangalore depuis plus de vingt ans. Donald P. Menezes, pasteur, et membre du comité exécutif des missions du Karnataka de la NLFT, y déclare que son Eglise ne pratique aucune conversion forcée mais que leur mouvement connaît une forte progression. Selon lui, quelque 500 personnes assistent aux différents offices en anglais et langues vernaculaires, dont « beaucoup de croyants de différentes religions qui viennent à nos cessions de guérison. Ils sont guéris de maladies très graves comme le cancer »

Le pasteur évangélique nie également toute paternité de la NLFT concernant la brochure incriminée. En décembre dernier, le All India Christian Council (AICC) a laissé entendre que le document était un faux, soulignant que seuls deux bâtiments de la New Life Fellowship Trust avaient été attaqués sur 39 églises saccagées, ce qui rendait peu crédible les accusations d'hindouistes dirigées contre une Eglise en particulier.