Inde: Les massacres antichrétiens, « crimes contre l'humanité »

Un tribunal populaire de l'Orissa demande justice

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ROME, lundi 12 décembre 2011 (ZENIT.org).- Les violences perpétrées contre les chrétiens dans l'Etat indien de l'Orissa en 2008 violent les droits de l’homme et la Constitution. Elles ont été ostensiblement planifiées et se configurent comme “crimes contre l’humanité”.

C’est ce qu’affirme le tribunal national populaire de Kandhamal, district de l’Etat de l’Orissa. Ce tribunal réunit leaders et représentants de la société civile, sur l’initiative du Forum de la solidarité nationale. Il a publié, le 2 décembre 2011, un rapport de 197 pages, intitulé: “En attente de justice”


En 2008, les pogroms qui avaient eu lieu dans l’Etat de l’Orissa (Est de l’Inde) avaient causé plus d’une centaine de morts, déplacé près de 50 000 personnes et détruit des milliers de maisons, lieux de culte et institutions.

Le rapport se base sur les témoignages de 45 survivants des massacres de 2008, et sur les investigations menées par 15 experts. Radio Vatican s’en fait l’écho.

Les 12 jurés qui ont signé le rapport demandent la protection de la liberté religieuse. Ils invitent les autorités de l’Etat et du pays à prendre des mesures adéquates pour faire justice et pacifier l’Orissa.

La violence perpétrée en 2008, affirme le rapport, « inclut tous les éléments des ‘crimes contre l'humanité’, tels qu’ils sont définis dans le droit international ».

Le texte parle notamment de violence « visant les aborigènes et les dalits de la communauté chrétienne » et « violant le droit fondamental à la vie, à la liberté et à l’égalité, garanti par la Constitution ».

Le rapport fait observer avec préoccupation « la connivence des fonctionnaires publics avec les acteurs des violences » et « le soutien délibéré de la violence ». Il affirme en ce sens que « les institutions de l’Etat ont clairement failli » pour protéger la population.

Au cours de ces violences, selon le tribunal, la religion a été utilisée comme « arme pour la mobilisation politique » : « Les chrétiens qui refusaient de se convertir à l’hindouisme ont été brutalement tués » et leurs biens détruits.

Le tribunal précise que de nombreuses femmes ont été victimes de violence sexuelle. Les enfants, quant à eux, sont traumatisés par les tortures dont ils ont été témoins sur les membres de leur famille.

Aujourd’hui, fait remarquer le rapport, la communauté chrétienne vit dans “un sentiment de déracinement”, causé par l’absence de maisons, de terres, d’églises. Il souligne également que “le boycottage contre les chrétiens se poursuit”.

Trois ans après les massacres, la majeure partie des crimes restent impunis, étant donné "la complicité de la police et son entente avec les coupables, durant les enquêtes". En outre, les témoins sont menacés et intimidés. “Les maigres indemnisations affectées aux victimes, note le texte, montrent clairement l’indifférence du gouvernement d’Etat”.

Le rapport demande aux institutions de prendre des mesures adéquates : punir les coupables, indemniser les victimes et envoyer des aides sociales – fournir des emplois publics, accorder des prêts pour commencer des petites entreprises, et pourvoir à l’instruction des enfants.

Il invite par ailleurs les autorités à étudier le problème de la confiscation des terres des dalits et des aborigènes chrétiens. Il demande d’arrêter ceux qui violent encore les articles 153a et 153b du code pénal indien - “promotion de l’inimitié entre les groupes divers”-, à savoir ceux qui propagent la haine et incitent à la violence contre les minorités religieuses.

Ce « Tribunal populaire » non officiel s’était déjà tenu en août 2010 à New Delhi, dénonçant « le parti pris des institutions de l’Etat ». Ce tribunal est présidé par le juge A. P. Shah, ancien premier magistrat de la Cour suprême. Les jurés sont des personnalités du monde indien, de toutes obédiences et appartenances religieuses.

Les victimes de l’Orissa demandent justice depuis trois ans. Le 31 août 2011, la Cour suprême a demandé officiellement à la Commission nationale des droits de l’homme (NHRC) de réaliser une étude à ce sujet. Le rapport devrait être remis dans les premiers mois de 2012.


Anne Kurian