Indonésie : A Java-Ouest, un tribunal tranche en faveur de l’Eglise

Dans une affaire de construction de lieu de culte

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ROME, Mercredi 17 février 2010 (ZENIT.org) - A Java-Ouest, un tribunal administratif a statué en faveur de l'Eglise dans une affaire de construction de lieu de culte, rapporte « Eglises d'Asie » (EDA), l'agence des Missions étrangères de Paris (MEP).

Le 15 février dernier, un tribunal administratif de Java-Ouest a statué en faveur de l'Eglise catholique dans une affaire relative à la contestation par des islamistes d'un permis de construction d'un lieu de culte chrétien.

En Indonésie, les constructions de lieux de culte sont très précisément encadrées par la loi, au point que, très souvent, les communautés religieuses minoritaires éprouvent les plus grandes peines à satisfaire à toutes les conditions légales nécessaires à l'obtention d'un permis de construire. Située dans le district de Purwakarta, à quelque 80 km à l'est de Djakarta, la paroisse du Christ-Roi avait pourtant réussi à monter un dossier complet. Souhaitant construire une chapelle secondaire dans un village où l'extension de la communauté catholique nécessitait l'édification d'un lieu de culte, le curé de la paroisse, le P. Agustinus Made, avait obtenu, comme le stipule la loi, l'accord à la fois du chef du village et du Forum de communication pour l'harmonie religieuse (FKUB), instance composée de représentants de toutes les religions dont la fonction est d'évaluer les demandes de construction de lieux de culte. L'administration locale des Affaires religieuses avait elle aussi donné son accord et, au final, le permis de construire avait été délivré en bonne et due forme. A ce stade de la procédure, l'Eglise locale avait toutefois rencontré un obstacle : sous la pression de groupes radicaux musulmans, les Affaires religieuses et le FKUB étaient revenus sur les avis favorables précédemment émis et avaient obtenu l'organisation d'une votation dans le sous-district de Bungursari dont l'objet était de se prononcer sur le bien-fondé du projet de chapelle. Seulement 53 votants s'étaient présentés le jour du scrutin et son résultat avait été défavorable à la construction envisagée. Dans la foulée, le permis de construire précédemment accordé avait été annulé par l'administration.

Face à ce nouveau développement, le P. Agustinus Made avait estimé que la justice indonésienne devait être saisie. Le 5 novembre 2009, il déposait donc un recours devant le tribunal administratif local. Le temps que le dossier soit étudié et jugé, ce n'est que le 15 février 2010 que le juge a statué, faisant droit à la demande de l'Eglise, au motif que le permis de construire avait été accordé selon les procédures et les formes prévues par la loi et ne pouvait donc être révoqué.

Entre temps, le village où doit être construit la chapelle a quitté le territoire de la paroisse du Christ-Roi pour passer à celui de la Sainte-Croix. Le curé de cette paroisse, le P. Yustinus Hilman Pujiatmoko, s'est déclaré ravi de la décision du juge. « Dès le début de cette affaire, nous avons toujours pensé que nous finirions par gagner », s'est-il réjoui, ajoutant que les 700 fidèles pour qui la paroisse sera édifiée pourront enfin disposer d'un lieu de culte digne de ce nom. Actuellement, pour les célébrations eucharistiques, ils se réunissent dans un entrepôt de la zone industrielle de Bukit Indah. « Ils ont besoin d'un vrai lieu de culte, et toute cette affaire leur a appris qu'ils ne peuvent pas toujours obtenir facilement ce qui leur est pourtant nécessaire », a conclu le prêtre. La chapelle sera dédiée à la Vierge Marie.

L'avocat de la partie adverse a toutefois déclaré que ses clients souhaitaient faire appel de la décision rendue le 15 février.

Par ailleurs, à Djakarta, le 12 février, un forum réunissant des responsables des communautés catholique et protestantes a dénoncé l'inaction de la police dans nombre d'attaques récentes de lieux de culte chrétiens par des militants islamistes. « En janvier, vingt cas de violences antireligieuses ont été dénombrés. Il semble que les autorités gouvernementales et les forces de l'ordre laissent les assaillants agir comme bon leur semble », a déclaré Siti Musdah Mulia, directrice de la Conférence indonésienne sur la religion et la paix. Auparavant, des responsables chrétiens avaient mis en cause le président de la République, lui reprochant son inaction face à la multiplication des attaques visant des églises catholiques et des temples protestants (1).

(1)           Voir EDA 523

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