Indonésie: Engagement du gouvernement contre le terrorisme

Et remous dans certains groupes islamiques

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ROME, Jeudi 4 octobre 2001 (ZENIT.org) - L´engagement de l´Indonésie aux côtés des Etats-Unis dans leur combat contre le terrorisme provoque de forts remous au sein des milieux musulmans du pays , explique Eglises d´Asie (eglasie.org) , dans son édition du 1er octobre.



La position adoptée par la présidente Megawati Sukarnoputri dans la crise internationale provoquée par les attentats du 11 septembre dernier aux Etats-Unis provoque des remous dans les milieux musulmans du pays. Lors de son passage à Washington quelques jours après ces attentats, la présidente a affirmé que l´Indonésie se tenait aux côtés des Américains dans leur lutte contre le terrorisme, rappelle la revue des Missions étrangères de Paris.

Quelques jours après cet engagement, le Majelis Ulama Indonesia (MUI, Conseil indonésien des oulémas), l´instance suprême de l´islam en Indonésie, a publié un communiqué appelant " le gouvernement de la République indonésienne à ne pas succomber aux pressions américaines visant à soutenir l´agression [des Etats-Unis et de ses alliés contre l´Afghanistan et le monde musulman] sous toutes ses formes, morales ou politiques, y compris en ne permettant pas l´utilisation du sol [et de l´espace aérien] indonésien par l´armada américaine ou par ses avions de combat. "

Dans ce même communiqué, rendu public le 25 septembre dernier, le MUI " appelle tous les musulmans du monde à s´unir et à mobiliser leurs forces pour combattre sur le chemin qui mène à Allah (jihad fi sabilillah) en cas d´agression des Etats-Unis et de leurs alliés contre l´Afghanistan et le monde musulman ". Quelques jours auparavant, le dimanche 23 septembre, des groupes musulmans extrémistes avaient mené des raids dans plusieurs hôtels de Solo, ville de Java-Centre, à la recherche de citoyens américains ­ en vain, indique la même source.

Tout en précisant que ces groupes d´activistes ne représentaient qu´un nombre "insignifiant" de personnes, le ministre de la Défense, Abdul Jalil, a déclaré que de telles actions ne seraient pas tolérées en Indonésie. EDA cite: "Nous avons l´obligation de protéger les étrangers, les biens des étrangers en Indonésie ainsi que les intérêts diplomatiques des pays étrangers. Nous prendrons les mesures nécessaires dans le respect des lois existantes", a-t-il ajouté. Le vice-président du pays, Hamzah Haz, qui est également le chef du plus important parti musulman du pays et qui est réputé représenter un islam conservateur, s´est aussi prononcé contre les actions anti-américaines.

L´Indonésie est le plus grand pays musulman du monde par l´importance de sa population se réclamant de l´islam (86 % des 210 millions d´Indonésiens). Elle présente toutes les facettes de la religion musulmane. EDA explique en effet qu´au nord de Sumatra, à Aceh, les forces armées gouvernementales mènent une guerre sans merci contre un mouvement séparatiste qui se réclame d´un islam rigoriste. A Java, il est couramment admis que la pratique de l´islam se teinte d´éléments empruntés au bouddhisme, à l´hindouisme et à l´islam. Une fraction de ces musulmans milite pourtant pour l´introduction de la loi islamique, la "charia", dans la Constitution. Or, dans le contexte politique très troublé de l´après-Suharto, précise EDA, des " combattants de la guerre sainte " (laskar jihad) ont su trouver les soutiens nécessaires pour mener des actions meurtrières aux Moluques, actions dirigées contre les chrétiens de cette partie de l´Indonésie.

(1) Le Majelis Ulama Indonesia (MUI, Conseil indonésien des oulémas) est l´instance suprême de l´islam en Indonésie. Financé par l´Etat, il est influent et, même s´il est réputé modéré, il est le gardien de l´islam en Indonésie. Cependant sa capacité de mobilisation est bien moindre que les deux grandes ligues musulmanes du pays qui, à elles deux, rassemblent de 75 à 80 millions d´Indonésiens musulmans (la Nadhlatul Ulama, fief de l´ancien président Abdurrahman Wahid, et la Muhammadiyah, proche d´Amien Rais, le président du MPR (Assemblée consultative du peuple).