Internet est une « double chance » pour l’Eglise

Rencontre avec le père Eric de Beukelaer, porte parole des évêques de Belgique

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ROME, Vendredi 22 janvier 2010 (ZENIT.org) - Le message du pape Benoît XVI pour la 44ème Journée Mondiale des Communications Sociales, qui aura lieu le 16 mai prochain, sera publié ce dimanche 24 janvier, en la fête de Saint François de Salles, le saint patron des journalistes. Il portera sur le thème "Le prêtre et la pastorale dans le monde numérique : les nouveaux médias au service de la Parole". Le Père Eric de Beukelaer, porte parole des évêques de Belgique, revient pour Zenit sur cette présence de l'Eglise et de ses ministres dans ce nouveau continent numérique

Zenit - A quel point la présence de l'Eglise sur internet est-elle aujourd'hui importante ?

P. Eric de Beukelaer - Je pense que cela va de soi : Internet est devenu un moyen de communication très important. Les études montrent que la plupart des moins de 25 ans passent plus de temps sur internet que devant la télévision. Donc, de part le principe de l'incarnation, là où sont les hommes, là doit être annoncé l'Evangile, et à cet endroit, l'Eglise doit être présente, les chrétiens doivent être présents. Evidemment, il ne faut pas y être de manière benoîte, candide : internet, comme toute réalité humaine, a ses qualités et ses défauts. Ce réseau peut être un danger, mais il reste aussi une chance et de toute façon nous n'avons pas le choix. Puisque les hommes sont là, il faut y être présent.

J'ajoute que c'est une double chance, parce que voilà bien un mode de communication où la jeunesse peut enseigner les aînés. Si les aînés peuvent aider les jeunes à mieux connaître l'Evangile par leur expérience et les études, les jeunes, eux, sont natifs dans le monde numérique. J'ai 45 ans et je ne pense pas être un ancêtre, mais internet c'est déjà un monde d'après ma période, donc parfois je suis dépassé et je dois apprendre. En face, je vois des jeunes de 18 ans qui ont toute facilité et qui peuvent nous aider.

Zenit - Quelle est la place que prend aujourd'hui internet dans la communication de l'Eglise ? Est-ce qu'il faudrait investir plus en ressources matérielles et humaines ?

P. Eric de Beukelaer - On n'en fait jamais assez... mais n'est ce pas toujours le cas ? Alors de quoi manquons-nous ? Sans doute parfois de créativité. Sans doute aussi de moyens humains et de compétences. Mais je nuancerais quand même en signalant que l'Eglise a été une des premières grandes institutions à s'intéresser à Internet. Sans vouloir être chauvin, l'Eglise de Belgique a été l'une des premières institutions à avoir un site web. Par conséquent, on ne peut pas nous faire le reproche de nous désintéresser d'internet, mais ça bouge tellement vite qu'il faut faire plus.

Maintenant, internet étant justement quelque chose de très décentralisé, quelque chose qui fonctionne en réseau, si l'institution c'est une chose, c'est surtout vers les chrétiens qu'il faut se tourner. Je cite l'exemple d'une paroisse où le curé s'interrogeait : "que puis-je faire pour mieux faire connaître la vie de la paroisse". Un jeune qui s'intéressait à internet lui a dit : "monsieur le curé, moi je peux vous aider". Et ce jeune est devenu webmaster, il a pu aider sa paroisse et se sentir en même temps utile, et le curé l'aidait évidemment à mettre des contenus.

Zenit - C'est la seconde fois que vous parlez des échanges intergénérationnels que les nouvelles technologies permettent. Sont-elles une occasion d'insérer les jeunes plus activement encore dans l'Eglise ?

P. Eric de Beukelaer - Je crois que c'est une formidable occasion pour lancer les jeunes sur ce nouveau champ, ce nouveau continent comme on dit. J'ai appris récemment qu'une communauté nouvelle lançait une école d'évangélisation par internet et sur internet. Je trouve ça formidable, il faut pousser les propositions de ce genre... En plus de mes fonctions, je suis recteur de séminaire en Belgique, et je vois les séminaristes dont j'ai la charge qui jonglent avec internet cent fois mieux que moi, alors que pourtant je m'occupe de communication. C'est donc vers eux qu'on se tourne aussi, nous avons besoin d'eux, nous avons besoin des jeunes pour nous aider à mieux communiquer sur internet. Et eux ont sans doute un peu besoin des aînés quand même, pour savoir ce qu'il faut communiquer sur internet. Voilà une vraie complémentarité...

Zenit - Sur internet, on parle de communauté. L'Eglise aussi est une communauté. Quels sont les points communs ou les divergences entre ces deux communautés ?

P. Eric de Beukelaer - De fait, il y a sur internet des communautés, des gens qui se rassemblent selon un centre d'intérêt. Qu'est ce qui rassemble les chrétiens ? Jésus Christ. En cela donc, on peut se dire qu'on se retrouve, même si on est différents. Et en même temps, je pense que la plus grande différence se trouve dans le fait que l'Eglise n'est pas d'abord virtuelle, mais elle est incarnée et réelle, et il ne faut jamais oublier cela. Même si internet peut nous aider à faire beaucoup de choses, chaque homme a besoin d'un enracinement, et le pôle local, le pôle paroissial ou autre, le pôle de la communauté locale, sera toujours indépassable. Il ne faut jamais oublier cela. Quand le Christ parle du prochain, c'est celui qui est le plus proche, celui qui est très concret. L'un des risques d'internet, c'est qu'on se retrouve avec des gens qui nous ressemblent, mais virtuellement, et qui sont très loin. Or le premier que le Christ me demande de retrouver, c'est celui qui est tout proche de moi et qui parfois est très différent. Et alors, à ce moment là, c'est le Christ qui nous rassemble.

C'est donc vrai qu'il y a des points communs : l'Esprit Saint n'a pas de frontières, et internet non plus, mais il y a des différences aussi. Je pense que le monde virtuel est important mais il ne remplacera jamais le monde réel. Quand Dieu a voulu sauver les hommes, il est réellement devenu un homme, il s'est incarné, dans une chair, il ne faut jamais l'oublier. Et ça, internet ne peut pas l'apporter, il ne peut pas tout apporter non plus.

Propos recueillis par Stéphane Lemessin