Interview du Père Sébastien, des Missionnaires de la Charité Contemplatifs

Il est le co-fondateur du Mouvement, avec Mère Teresa

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ROME, lundi 15 juillet 2002 (ZENIT.org) – Nous publions ci-dessous un entretien accordé par le père Sébastien à Radio Vatican.



Le Père Sébastien est le Co-fondateur avec Mère Teresa de Calcutta, des « Missionnaires de la Charité Contemplatifs », une communauté de Frères et de prêtres – une des 5 branches de la grande famille des Missionnaires de la Charité. En 1967 il fut l’un des premiers novices parmi les 12 qui constitueront la branche des Frères Missionnaires de la Charité; et il devint le premier prêtre de la congrégation des MC. Dès 1967 il travailla toujours aux côtés de Mère Teresa, d’abord à Calcutta puis en d’autres pays du monde. En 1984 il fonda le mouvement des laïcs Missionnaires de la Charité, composé de fidèles laïcs qui se consacrent à Dieu tout en restant dans le monde.

« L’Eglise, l’Epouse du Christ, l’Eglise notre Mère ». Nous devons rendre gloire à Dieu à travers l’Eglise et dans l’Eglise, avec la fidélité au don que l’Eglise nous a confié : le don de nous avoir acceptés, d’avoir accepté nos mains pour servir et notre cœur pour aimer.
Nous devons nous efforcer de ne pas offenser l’Eglise avec nos péchés et nos égoïsmes, sinon nous offensons le corps même du Christ qui s’identifie avec l’Eglise, formée par la réunion de tous ses fidèles. Vraiment nous accueillerons le Pape comme notre Père si chacun de nous s’efforcera de rester fidèle à la vocation dans laquelle il est appelé à vivre sa propre foi.
Que la force du témoignage avec laquelle le Saint Père cherche à nous convaincre de vivre avec cohérence nous aide à aimer et à servir l’Eglise avec un cœur sincère. (Mère Teresa)

RV: Comment vous sentez-vous lorsque vous lisez les paroles de Mère Teresa ?

Je me sens à l’aise, parce que j’ai l’occasion de revivre tant de joyeux événements du passé et de sentir toujours plus proche la maternité que la Mère exerce à notre égard. De ses paroles ressort la conviction qui lui vient directement du cœur et de son expérience de la vie. Lorsque Mère Teresa rencontrait une personne dans le besoin, elle ne se demandait pas ce que pouvaient faire ou ne pas faire les autres, mais elle s’impliquait personnellement, faisant simplement ce qu’elle pouvait ; quand elle n’était pas en mesure d’intervenir, elle cherchait quelqu’un qui pouvait y arriver à sa place. Elle voulait que personne ne se sente non désiré, non aimé ou seul ; immédiatement elle s’occupait de tous ceux qui étaient dans le besoin, sans renvoyer au lendemain ou penser au passé.

RV: Vous avez été le Co-fondateur avec Mère Teresa de la Congrégation des Missionnaires de la Charité Contemplatifs. Pouvez-vous nous parler de la congrégation ?

Jésus, notre Divin Maître, a voulu que la branche des Missionnaires de la Charité Contemplatifs L’aime et Le serve sous les traits des plus pauvres des pauvres, dans une joyeuse louange, en remerciement et en réparation, à travers la prière, la pénitence et les œuvres de miséricorde corporelles et spirituelles, et qu’elle puisse ainsi chercher à apaiser la soif de Jésus sur la croix par amour des âmes. Parce que « notre Père céleste ne veut qu’aucun de ses petits ne se perde »(Mt. 18,14), Jésus nous envoie à la recherche de ses brebis égarées pour les inviter à se repentir. Jésus désire que nous allions instruire les ignorants et conseiller ceux qui sont dans le doute. Tant de personnes sont affligées et ont besoin d’être consolées, elles attendent notre aide. C’est surprenant que supporter patiemment les personnes ennuyeuses et pardonner les offenses soient aussi des œuvres de miséricorde comme prier pour les vivants et pour les morts.
Le soir de notre vie, lorsque nous comparaîtrons devant Dieu, nous serons jugés justement sur les œuvres de miséricorde ; et nous écouterons Jésus qui nous dira : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume préparé pour vous dès la commencement du monde. Parce que j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ; j’étais étranger et vous m’avez hébergé, nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir…En vérité je vous le dis : chaque fois que vous ferez ces choses à l’un seul de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous le ferez » (Mt.25,31-46). Donc, chaque fois que nous donnerons à manger aux affamés, que nous habillerons ceux qui sont nus, abriterons les sans logis,
soignerons les malades, ou que nous irons visiter les prisonniers, c’est toujours à Jésus que nous le ferons. En effet, ce Jésus que nous contemplons, aimons et adorons dans le Pain de Vie est le même Jésus que nous devons aimer et servir, avec égal respect et dévotion, sous les traits des plus pauvres des pauvres. « Comment pourrait-il en être autrement, étant donné que le Christ que nous rencontrons dans la contemplation est le même Jésus qui vit et souffre dans les pauvres ? » (V.C.82). Et nos constitutions aussi nous l’enseignent : « De la présence de Jésus dans le Très Saint Sacrement nous allons à la présence de Jésus dans le plus pauvre des pauvres et vice et versa » (N.5)

Le mot « contemplation » revêt plusieurs significations ; certaines, différentes du sens traditionnel, nous aident à préciser la manière de vivre notre vocation à la contemplation. Si la prière est le moyen de rester en contact avec Dieu, chaque action, si elle est accomplie avec amour, devient, elle aussi, un instrument pour atteindre une union intime avec Dieu. Il y a la pure contemplation mentale, comme il y a une contemplation active qui elle aussi est une vraie contemplation. En effet, un vrai contemplatif est toujours un vrai missionnaire. Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, patronne des missions avec Saint François Xavier, était une contemplative missionnaire comme Saint François-Xavier était un missionnaire contemplatif. Ainsi donc les formes de la contemplation peuvent être variées, mais les éléments essentiels demeurent toujours les mêmes.

Les contemplatifs ne peuvent pas se limiter à connaître les techniques de contemplation, mais ils doivent être en mesure de porter un regard de contemplation dans toutes les situations, même dans celles que l’on appelle profanes et mondaines.
Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus disait : « J’accepte toutes les distractions par amour pour Dieu, même les idées les plus étranges qui me passent par la tête ».

Un vrai contemplatif devrait savoir transformer en sacré, avec sérénité et humilité, tout ce qui est profane, non seulement par un effort de purification mais aussi en y ajoutant le parfum de l’exercice des vertus de foi, d’espérance et de charité, obtenant ainsi grande joie et paix intérieure.
Notre Eglise catholique et apostolique vit avec la prière, la pénitence et les œuvres de miséricorde qui, réunies, en forment la structure. Si la prière est la respiration de l’Eglise, la pénitence en est le squelette et les œuvres de miséricorde en sont la chair, toutes en un équilibre harmonieux.
« Dès lors que la prière, le jeûne et la miséricorde soient pour nous une unique force médiatrice près de Dieu, que ce soit pour nous une unique défense une unique prière sous cette triple forme ». (du discours 43 de St.Pierre Chrysologue office des lectures, 3ème semaine de Carême, mardi).

Notre mission est donc de faire les choses ordinaires avec un amour extraordinaire.
Il y a beaucoup de personnes qui prétendent faire de grandes choses mais peu d’entre elles choisissent de faire de petites choses avec grand amour, avec le sourire, dans la paix et dans la joie ; c’est une exigence qui peut nous coûter beaucoup, mais pour cette raison nous trouverons la joie, parce que, en aidant celui qui est dans le besoin, nous donnons l’amour de Dieu. Ce que nous faisons est toujours l’œuvre de Dieu. Mère Teresa a toujours été convaincue que nos œuvres étaient le travail de Dieu ; et c’est pourquoi, Lui-même, le Tout-Puissant, s’en serait occupé. Nous sommes les instruments de Dieu comme de petits crayons dans ses mains avec lesquels il écrit son message d’amour au monde : nous sommes les lettres d’amour de Dieu.

RV: Est-ce difficile de suivre Mère Teresa dans le monde d’aujourd’hui ?
Mère Teresa fut une grande dame, une femme très forte : tous ne peuvent pas la suivre.

En effet, nous ne suivons pas Mère Teresa mais Jésus. Mère Teresa suit Jésus de près. Elle l’aime de tout son cœur, elle cherche à le connaître toujours plus profondément, à l’aimer toujours plus ardemment et à le servir avec un amour toujours plus grand dans les plus pauvres des pauvres.
A propos de cette dernière œuvre, Mère Teresa avait coutume de dire : vous devez partager avec les pauvres jusqu’à en souffrir. Aimer vraiment peut faire souffrir parce que parfois, pour aider une personne, nous devons faire des choses différentes de celles que nous voudrions ou qu’il nous plairait de faire.

Un jour, tandis que je travaillais dans la maison des moribonds à Calcutta arriva un homme que nous avions déjà reçu plusieurs fois. Je dis à la Mère qu’il n’y avait aucune raison de l’aider parce que, à peine l’aurions nous accueilli qu’il serait parti de nouveau ; ça s’était déjà produit 10 ou 15 fois. Mère Teresa me regarda et dit : « Père Sébastien, ce qui compte n’est pas ce que tu as fait hier ou ce qui était nécessaire de faire hier. L’important est de savoir s’il a besoin de ton aide maintenant. » Je lui répondis : «Oui, Mère». Elle répliqua: « Alors. Fais-le ! » C’est pourquoi nous ne devons pas nous arrêter à penser à l’aide que nous avons déjà apportée à cette personne-ci ou à cette personne-là, mais nous devons nous demander si elle a besoin de nous maintenant.

Mère Teresa était animée de la conviction profonde et du grand désir d’aimer et d’aider le prochain, et elle était en conséquence très exigeante vis à vis des personnes qui partageaient sa mission. C’était une femme forte et en même temps pleine d’amour ; son énergie se dispersait et se répandait en un immense amour pour les plus pauvres des pauvres.
Je l’ai rencontrée pour la première fois en 1966 ; j’étudiais alors la philosophie au séminaire.
Après quoi, attiré par ce qu’elle faisait et par la vie qu’elle menait, - ce qui reflétait les paroles de l’Evangile :
• j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger
• j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire ;
• j’étais étranger et vous m’avez accueilli,
• J’étais nu et vous m’avez vêtu.
• et aussi chaque fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.
• vous avez donné à quelqu’un verre d’eau froide ? c’est à moi que vous l’avez fait !
Suite à ces réflexions, j’ai décidé d’aller à Calcutta pour la rencontrer à nouveau.
Même sa vie était très simple : elle ne se limitait pas à travailler pour les pauvres pour ensuite, après avoir terminé sa mission, retourner à une vie confortable, mais elle cherchait à vivre comme les pauvres, à s’identifier avec ces pauvres qu’elle servait.

De notre côté, nous aussi, à sa suite, nous cherchons à vivre une vie de stricte pauvreté, même si en vivant en communauté il est plus difficile de demeurer fidèle au dessein de l’Esprit. Nous devons être intérieurement convaincus de l’action de l’Esprit sur ce qui nous est suggéré par la contemplation et la prière ; pour cette raison nous passons 4 à 5 heures en adoration devant le Saint Sacrement ; nous l’aimons et nous l’adorons dans le Pain de Vie pour le servir ensuite dans les plus pauvres des pauvres. C’est là notre 4ème vœu de service gratuit (et accompli de tout cœur) : il nous aide à maintenir vivant l’Esprit. A côté des heures communes de partage, de révision et de discussion qui nous aident à retrouver le bon chemin, nous avons un temps où chacun marche individuellement vers Jésus, comme et quand il le peut. Nous vous demandons de prier pour ne pas ruiner l’œuvre de Dieu.