Irak : après Mossoul, les miliciens islamistes prennent Tikrit

Appel à la prière pour la paix

Rome, (Zenit.org) Anita Bourdin | 635 clics

En Irak, après la prise de Mossoul, lundi, 9 juin, les miliciens sunnites dits de l’« Etat islamique de l’Irak et du Levant », une faction djihadiste proche d’Al-Qaïda active dans le conflit syrien, poursuivent leur avance vers Kirkouk, indique l’agence vaticane Fides au moment où nous écrivons.

Et les agences internationales annoncent la prise, ce 11 juin, de la ville de Tikrit, à 150 km au nord de Bagdad.

L’archevêque chaldéen et les prêtres ont dû fuir la zone urbaine de Kirkouk, tandis que le patriarche Sako appelle de ses vœux « la création d’un gouvernement d’unité nationale ».

Le 10 juin, des zones du gouvernorat de Kirkouk sont en effet tombées entre les mains des miliciens qui seraient aux portes de la ville, à 240 Km au nord de Bagdad, et 115 km au nord-est de Tikrit.

A Mossoul, indique une source de Zenit, la situation est décrite comme "apocalyptique", notamment pour les centaines de milliers de civils en fuite.

Pour un gouvernement d’unité nationale

Le patriarche d’Antioche des Chaldéens, Louis Raphael Ier Sako, en visite dans les communautés chaldéennes du Canada et des Etats-Unis, invite ses compatriotes à « ne pas céder à la panique » et à « s’unir face aux convulsions sectaires qui mettent en danger la survie même du pays ».

« Nous croyons, déclare-t-il, que la meilleure solution à tous ces problèmes est la création d’un gouvernement d’unité nationale, afin de renforcer le contrôle de l’Etat et l’Etat de droit pour protéger le pays, les citoyens et leurs propriétés et conserver l’unité nationale. »

Le patriarche invoque l’aide de « Dieu, source de toute paix » afin que tous les irakiens puissent vivre ces épreuves « avec courage » et faire l’expérience « du don de la paix dans leur vie ».

Les villages autour de Kirkouk échappent au contrôle du gouvernement irakien, indique la même source, tandis que les peshmergas kurdes sont arrivés pour protéger Kirkouk à la demande du gouverneur de la ville.

Une source de Fides témoigne : « L’avancée des miliciens (…) est favorisée par des tribus et de grands clans sunnites. Ce qui s’est passé à Mossoul est significatif : une ville aussi grande ne peut pas tomber en quelques heures sans appui de l’intérieur. Le chaos et la division politique du pays, due aux oppositions sectaires, favorisent l’avancée de miliciens venus de l’étranger. L’Armée irakienne a tout abandonné entre leurs mains et ceci ne peut que susciter des interrogations. »

Les quatre paroisses chaldéennes de Kirkouk se mobilisent dans la prière chaque jour pour que de nouvelles souffrances soient épargnées à la population, comme le rapporte Fides : « Nous avons suspendu le catéchisme et les activités avec les jeunes pour des motifs de sécurité, mais les églises sont ouvertes. En ce mois dédié au Sacré-Cœur de Jésus, nous célébrons chaque jour la messe et nous prions en demandant au Seigneur que la situation n’empire pas et qu’Il nous sauve de nouvelles explosions de violence sectaire. »

Prière pour la paix dans les églises et les mosquées

Le siège du gouvernement provincial de Mossoul a été pris dans la soirée du 9 juin. Le gouverneur, Athel Nujafi, est parvenu à s’enfuir avant que l’édifice ne tombe entre les mains des assaillants armés de lance-grenades et de mitrailleuses montées sur des véhicules tout-terrain.

La partie ouest de la ville, où se trouve notamment la cathédrale chaldéenne, est tombée aux mains des islamistes qui ont libéré des milliers de détenus et ont avancé en direction de la base de l’armée pour contrôler l’aéroport militaire.

Dans un appel télévisé, le gouverneur avait exhorté les habitants de Mossoul et de la province, à s’organiser en groupes d’autodéfense afin de résister à l’attaque de « l’Etat islamique de l’Irak et du Levant ».

L’assaut a accéléré la fuite de dizaines de familles chrétiennes en direction des villages de la plaine de Ninive, à quelques dizaines de kilomètres de Mossoul, où ces jours derniers la présence des miliciens peshmergas kurdes s’est renforcée. Les autres familles sont bloquées chez elles, entre couvre-feu et interruptions continuelles de l’énergie électrique et de la fourniture en eau.

Une source de Zenit indique en effet que la plupart des habitants de Mossoul ont abandonné leurs maisons: ils ont fui dans les villages, et dorment dehors, sans rien à manger ni à boire. Des milliers d'hommes armés ont assassiné adultes et enfants, les corps sans vie sont restés abandonnés dans les rues et dans les maisons par centaines. Les forces régulières de l'armée ont aussi fui la ville.

L’évêque chaldéen, Mgr Nona, et les autres évêques de Mossoul avaient lancé un appel pour que les églises et les mosquées demeurent ouvertes pour prier pour la paix, demandant que l’accès au pain et aux denrées alimentaires de base soit garanti à la population.