Irak : le rapport du card. Filoni présenté à l'ONU

Session spéciale le 1er septembre, annonce Mgr Tomasi

Rome, (Zenit.org) Deborah Castellano Lubov | 729 clics

Le rapport du cardinal Fernando Filoni, envoyé personnel du pape en Irak, sera présenté à Genève, au cours d’une session spéciale du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, convoquée pour le 1er septembre, annonce Mgr Tomasi.

Mgr Silvano M. Tomasi, observateur permanent du Saint-Siège à l’ONU à Genève, évoque ce rapport et les positions du Saint-Siège, pour les lecteurs de Zenit, en marge du Meeting de Rimini.

Zenit – Le rapport du cardinal Fernando Filoni, envoyé personnel du pape en Irak, sera-t-il présenté aux Nations-Unies ?

Mgr Silvano Tomasi – Il semble que le rapport sera effectivement présenté à Genève, au cours d’une session spéciale du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, convoquée pour le 1er septembre. Il est possible que le cardinal Filoni puisse témoigner directement. L’envoyé du pape a récemment visité les communautés religieuses et ethniques du nord de l’Irak et dans les camps de réfugiés. La rencontre et son témoignage pourraient être très utiles pour la Communauté internationale afin de pouvoir défendre les droits humains fondamentaux des personnes dans le nord de l’Irak et de fournir les aides humanitaires dont elles ont besoins. Les réfugiés se trouvent dans une situation désespérée, ils ont presque tous dû fuir sans rien d’autre que les habits qu’ils portaient sur eux. Les chrétiens ont les mêmes droits humains que n’importe quel autre citoyen dans le monde et leur identité religieuse ne devrait pas être le motif qui justifie l’indifférence à leur égard.

Pouvez-vous nous dire ce que le cardinal a écrit dans son rapport ?

D’après les interviews qu’il a données d’autres commentaires publics, on sait que le cardinal a pu observer, écouter et évaluer la condition de tous les réfugiés, des personnes qui ont dû fuir le fameux califat. Des personnes innocentes, sans défense, ont été brutalement tuées. Il apparaît aussi la nécessité d’assister les réfugiés en leur fournissant de l’eau et de la nourriture, afin de garantir la survie de ces communautés désormais déracinées. Le cardinal Filoni a aussi demandé la protection de ces minorités et la possibilité pour elles de rentrer chez elles dans des conditions de sécurité. La communauté internationale ne peut pas accepter l’idée que les chrétiens, de même que les yézidis et d’autres groupes religieux, soient exilés parce qu’on les identifie comme groupes religieux. Nous devons fournir au moins deux garanties : des aides humanitaires d’urgence et une protection. En outre, les patriarches des Églises orientales, orthodoxes comme catholiques, ont demandé la présence des Casques bleus des Nations-Unies, qui devraient intervenir pour stabiliser la situation et garantir la protection des personnes qui retournent dans leurs villages.

Face à toutes ces situations de guerre, quelle est la réponse du Saint-Siège ?

Devant toutes les explosions de violence auxquelles nous assistons dans de nombreuses parties du monde, mais en particulier au Moyen-Orient, le Saint-Siège s’est activement engagé à travers la voix du Saint-Père. Le pape François n’a ménagé aucun effort en paroles et en prières pour expliquer que l’unique moyen raisonnable de garantir un avenir est la promotion du dialogue et de la négociation, de sorte que les personnes puissent vivre ensemble, dans le respect mutuel, en reconnaissant leurs différences, mais surtout en reconnaissant qu’elles partagent toutes la même humanité… Le Saint-Père a exhorté plus d’une fois sur l’urgence d’élever des prières à Dieu pour lui demander le don de la paix. Par ailleurs, nous avons besoin de motiver la communauté internationale pour qu’elle assume ses responsabilités parce que quand un État n’est plus capable de protéger ses citoyens, il est important que la communauté internationale fasse ce qui est de son devoir pour protéger ces personnes. En tant que membre de la communauté internationale, l’Union européenne devrait participer à la recherche d’une réponse adéquate à la crise.

Le pape François a dit dans l'avion qui le ramenait de Séoul à Rome, que le monde était en train de vivre une troisième guerre mondiale par morceaux. Quelle est votre opinion à ce sujet ?

Le pape a capté l’attention du monde avec cette expression. Cela nous pousse à réfléchir sur les nombreux conflits auxquels nous assistons dans tous les coins du monde : de la République de Centrafrique à la Libye et au Congo, de la Syrie à l’est de l’Irak, pour n’en citer que quelques-uns. Il s’agit de la mondialisation d’une culture dans laquelle ne prévalent que les intérêts personnels ou nationaux. Et cela facilite le recours aux armes pour résoudre les différences. Le pape François nous invite au contraire à embrasser une culture différente, une culture de la solidarité et du dialogue, comme l’unique voie pour construire un avenir commun de paix et de progrès.

Vous avez annoncé que le Vatican avait proposé une rencontre entre les évêques des territoires touchés en Irak et le président américain Barack Obama. Qu'en est-il ?

Je ne sais pas s’il y aura une rencontre avec le président Obama. J’ai entendu dire qu’il y aura à Washington une réunion des évêques des Églises du Moyen-Orient à laquelle seront présents les évêques des États-Unis, mais c’est une hypothèse. Je ne dispose pas d’un programme officiel. Nous devons attendre un peu pour voir ce qui se passera et comment les choses vont évoluer. La réunion est prévue pour la deuxième semaine de septembre.

Je pense qu’il serait utile pour chacun d’écouter les personnes qui vivent dans ces zones, parce qu’elles disposent de la connaissance et de l’expérience directe de ce qui est en train de se passer dans leurs communautés, en particulier les chrétiens et les autres groupes religieux présents dans la plaine de Ninive et dans la ville de Mossoul. La connaissance directe est toujours très utile pour prendre la mesure et arriver à des décisions concrètes et prudentes.

Traduction de Constance Roques