Irak : Nouveau coup dur pour les chrétiens

13 attentats en moins de 24 heures font de nouveaux morts et blessés

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ROME, Jeudi 11 novembre 2010 (ZENIT.org) - Dix jours après l'attaque de la cathédrale syro-catholique de Bagdad, ayant fait une soixante de morts et près de 80 blessés, de nombreuses maisons appartenant à des chrétiens ont été la cible, mercredi, d'une série d'attentats meurtriers. D'après un bilan, encore provisoire, du ministère de la défense irakien, ces attentats ont provoqué 6 morts et 33 blessés.

Il s'agit de treize attentats survenus en moins de 24 heures qui n'ont pas encore été revendiqués, mais les soupçons pèsent sur l'organisation terroriste al-Qaïda qui a prévenu la semaine dernière que les chrétiens constituaient désormais « une cible légitime » en Irak.

D'après l'organisation Aide à l'Eglise en détresse (AED), ces attentats étaient coordonnés et ont commencé mardi soir dans le quartier al-Mansour de la capitale irakienne, s'étendant dès le lendemain matin à Dora, le plus grand quartier chrétien dans la partie sud de Bagdad, ainsi qu'à Baladiyat et sur un marché très fréquenté par les chrétiens dans la zone de Kamp sara.

Ces attaques représentent un nouveau coup dur pour la communauté chrétienne, déjà très fortement touchée par l'attaque contre l'église Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours à Bagdad.

A Rome, le secrétaire d'Etat du Saint-Siège, le cardinal Tarcisio Bertone, a demandé au gouvernement irakien de « très au sérieux » le problème de la défense des chrétiens, tandis qu'à Bagdad, les églises ont déjà reçu la visite de dizaines de familles inquiètent pour leur sécurité et demandant de l'aide. Certaines se préparent déjà à quitter le pays.

« C'est un moment très difficile, une catastrophe », a dit l'archevêque chaldéen Mgr Warda d'Erbil, dans le nord de l'Irak. « Les gens ont très peur, sont en colère, angoissés, et ne savent pas où aller ».

Les déclarations de ce type se multiplient dans tout le pays. Elles appellent à une action plus efficace des autorités irakiennes et à une intervention rapide de la communauté internationale pour stopper cette vague de violences.

L'archevêque syro catholique Mgr Athanase Matti Shaba Matoka, jugeant « tragique » la situation des chrétiens dans le pays, a estimé mercredi qu'il « serait criminel de la part de la communauté internationale de ne pas s'occuper de leur sécurité ».

« Que pouvons-nous faire ? Ils ont lancé la chasse aux chrétiens dans tous les quartiers de la ville », a déploré pour sa part le patriarche chaldéen de Bagdad, le cardinal Emmanuel III Delly. « On ne peut rien faire pour les arrêter, si ce n'est prier Dieu ».

Mgr Philip Najim, procureur de l'église chaldéenne près le Saint-Siège à Rome, pense quant à lui que ces attentats et ces agressions sont le signe d'un mauvais encadrement sécuritaire.

Mais surtout, ajoute-t-il sur les ondes de Radio Vatican, « les terroristes veulent sûrement montrer au monde entier qu'il y a un vide politique en Irak et un manque d'unité au sein même du pays. Ils veulent montrer que l'Irak est aujourd'hui incapable de créer un gouvernement, un gouvernement qui se sente responsable de son peuple, qui sente la responsabilité d'éduquer et de garantir une vie normale au peuple ».

Mgr Najim s'est dit convaincu qu'il ne s'agit pas d'un conflit entre chrétiens et musulmans. « Chrétiens et musulmans ont toujours vécu ensemble, ils ont construit le pays ensemble, ils ont construit l'avenir de l'Irak ensemble », a-t-il souligné.

« En profitant aussi des médias, les terroristes cherchent à semer la peur et alimenter une situation instable, pour montrer la faiblesse d'un pays tombé désormais bien bas pour ce qui est de la sécurité de ses citoyens », a-t-il conclu.

La communauté chrétienne de Bagdad, qui comptait 450.000 fidèles en 2003 n'en compte plus que 150.000 en raison d'un exode massif vers les régions voisines, l'Europe, l'Amérique du nord et l'Australie.

Isabelle Cousturié