Iraq : Faire tout le possible pour éviter l’attaque qui se prépare

Un membre de la communauté internationale ne peut décider seul

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CITE DU VATICAN, Lundi 23 décembre 2002 (ZENIT.org) – Le Saint-Siège souhaite que l’attaque préparée par les Etats-Unis « n’ait pas lieu » et fait savoir à Washington son opposition à une « guerre préventive ».



Dans un entretien accordé au quotidien italien “La Repubblica”, le chef de la diplomatie du Saint-Siège, Mgr Jean-Louis Tauran, lance un appel aux Etats-Unis : les résolutions de l’ONU doivent être respectées par les USA, dit-il, il faut arrêter l’attaque qui se prépare.

Mgr Tauran a exprimé la préoccupation du Saint-Siège en disant : « Ce qui me trouble c’est qu’au moment où les inspecteurs sont encore en train d’étudier les dossiers, on exprime déjà des jugements. Il vaudrait mieux se taire et attendre les résultats finaux de l’enquête pour se prononcer ».

Aux manœuvres américaines, le Vatican répond donc que la guerre préventive n’est pas légitime: “elle n’est pas prévue par la Charte des Nations Unies”, rappelle Mgr Tauran.

“Il faut faire tout ce qui est possible, ajoute-t-il, pour que cette attaque n’ait pas lieu. L’usage des armes n’est pas une fatalité. Il est important que les responsables de l’Iraq sachent réguler leur action politique selon le code de conduite imposé par l’appartenance à la communauté de l’ONU. Mais rien ne doit être décidé indépendamment du concert des Nations et des institutions internationales d’ou le rôle irremplaçable de l’ONU”.

Mgr Tauran indique qu’il a communiqué à Washington la position du Saint-Siège il y a deux mois, faisant valoir “la nécessité du dialogue et de la convenance que ce soit la communauté internationale, en tant que communauté internationale, à assumer la responsabilité face à des éventuels manquements de l’Iraq”.

« Ce n’est pas, explique-t-il un membre de la communauté internationale qui peut décider : « Je fais ceci et vous m’aidez ou autrement, restez chez vous ». S’il en était ainsi, tout le système des règles internationales s’écroulerait. On risquerait la jungle. Il se pourrait aussi que demain un pays ayant un contentieux avec un autre Etat commence à dire : “Je vais mettre de l’ordre”. »

Pour ce qui est de la lutte conte le terrorisme, Mgr Tauran explique: “Combattre le terrorisme suppose de donner aux hommes le sens du caractère sacré de la vie et de la dignité de la personne humaine. Et en même temps savoir identifier, pour les éradiquer, les causes – pauvreté, conflits non-résolus, tensions sociales – qui sont à l’origine des frustrations et du désespoir des mouvements et des personnes, presque poussées à ce mode diabolique d’agir qu’est l’attentat terroriste”.

Pour ce qui est de l’activité diplomatique du Saint-Siège dans ses contacts avec différents Etats arabes, Mgr Tauran explique qu’ils demandent au Saint-Siège d’aider à “éviter la guerre”.

“Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe, explique-t-il, a utilisé une expression qui m’a beaucoup impressionné: “Si cette attaque américaine a lieu, les portes de l’enfer s’ouvriront”. A Porto, j’ai rencontré récemment de nombreux ministres des Affaires étrangères européens. Il y a eu une convergence de vues: “La guerre n’est pas la solution du problème”. Il faut penser aux conséquences pour la population civile et aux répercussions que cela aura dans le monde islamique. On pourrait déchaîner une forme de croisade anti-chrétienne, anti-occidentale, parce que certaines foules analphabètes mélangent tout”.

Or, le dossier de Saddam Hussein a été remis au Conseil de Sécurité. Les membres permanents l’ont en version intégrale, les autres sous une forme épurée. “Je trouve la chose très étrange”, commente Mgr Tauran.

A propos de la Terre Sainte, Mgr Tauran précise: “La position du Saint-Siège reste inchangée: respect de l’autre et de ses aspirations légitimes; application du droit international; retrait des territoires occupés; présence de la communauté internationale sur le territoire et un statut internationalement garanti pour les lieux les plus sacrés de Jérusalem (…). Ce qui me préoccupe c’est que d’aucuns ne veulent plus parler d’Etat palestinien, parce que le processus de paix – maintenant pratiquement mort – devait avoir pour objectif la coexistence d’un Etat palestinien et d’un Etat israélien, comme il est prévu par la résolution de 1948. Si tel n’est pas le but, à quoi sert un processus de paix?”.